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Accord nucléaire : les ripostes possibles de l'Iran en cas de retrait des États-Unis

Parade militaire lors de la fête de l'armée iranienne, célébrée en avril 2018 à Téhéran (archives).
Parade militaire lors de la fête de l'armée iranienne, célébrée en avril 2018 à Téhéran (archives). Atta Kenare, AFP

Donald Trump doit annoncer, mardi, sa décision concernant le sort de l'accord sur le nucléaire iranien. En cas de retrait de Washington, la puissance chiite pourrait s'en prendre aux intérêts américains dans la région.

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Alors que le président des États-Unis Donald Trump doit annoncer, mardi 8 mai, sa décision concernant l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, les spéculations vont bon train quant à la riposte de Téhéran en cas de retrait de Washington. Forte de son influence grandissante au Proche-Orient, et de la présence de nombreux alliés, la grande puissance régionale chiite dispose de plusieurs leviers pour s’en prendre aux intérêts américains.

En Irak notamment, où l'Iran a été prompt à apporter son soutien à Bagdad, lorsqu'en 2014, l'organisation État islamique (EI) s'est emparée d'une grande partie du pays. La République islamique, très influente chez son voisin, où la communauté chiite est majoritaire, a aidé à armer et former des milliers de combattants chiites en Irak. Ces Unités de mobilisation populaire sont également une force politique importante. Si l’accord nucléaire devait disparaître, l'Iran pourrait encourager des groupes issus de ces Unités favorables à un retrait total des États-Unis d'Irak à s’en prendre aux forces américaines, près de 5 000, présentes sur place.

>> À lire : Pourquoi Téhéran refusera de renégocier l’accord sur le nucléaire iranien

En Syrie, l'Iran et des groupes paramilitaires chiites tels que le Hezbollah libanais participent à la guerre qui fait rage dans le pays depuis 2012. Téhéran a armé et entraîné des milliers de combattants paramilitaires chiites, des Irakiens et des Afghans, pour soutenir le régime du président syrien Bachar al-Assad.

Le levier syrien

Cette présence iranienne en Syrie inquiète au plus haut point Israël, le principal allié des États-Unis dans la région. Les autorités israéliennes ont fait savoir qu'elles ne laisseraient jamais Téhéran ou le Hezbollah établir une présence militaire permanente en Syrie. Si l'accord nucléaire capote, l'Iran sera peu enclin à empêcher ses alliés chiites en Syrie à mener des attaques contre Israël. L'Iran pourrait aussi compliquer la tâche aux quelque 2 000 soldats américains déployés dans le nord et l'est de la Syrie pour soutenir les combattants kurdes.

Ali Akbar Velayati, principal conseiller du guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a d'ailleurs déclaré en avril qu'il espérait que la Syrie et ses alliés chasseraient les troupes américaines de l'est de la Syrie.

La carte du Hezbollah

Au Liban, le Hezbollah, qui a confirmé son influence sur la scène politique libanaise, grâce aux élections législatives du 6 mai, n’a jamais caché son inféodation au Guide suprême iranien Ali Khamenei. Selon des responsables israéliens et américains, l'Iran, qui soutient militairement et financièrement le parti chiite de Hassan Nasrallah, aurait construit au pays du Cèdre des ateliers de fabrication de missiles guidés de précision ou de modification de missiles à longue portée avec des systèmes à guidage de précision.

Les forces israéliennes ont attaqué à plusieurs reprises le Hezbollah en Syrie, où le groupe chapeaute de nombreuses milices chiites alliées de l'Iran. Les échanges acrimonieux se sont intensifiés ces dernières semaines entre Israël et l'Iran. Bien que le Hezbollah et Israël disent ne pas vouloir de conflit, la tension pourrait facilement dégénérer en une nouvelle guerre au Liban.

>> À lire : "Rien de neuf" dans les "preuves" d'Israël contre l'Iran, selon les experts

Le Hezbollah a déclaré l'année dernière que toute guerre menée par Israël contre la Syrie et le Liban pourrait attirer des milliers de combattants de pays comme l'Iran et l'Irak, ce qui veut dire que des milices chiites pourraient entrer au Liban pour aider le Hezbollah.

Enrichir ou pas

Enfin, l’Iran peut directement agir sur son programme nucléaire. Des responsables iraniens ont fait savoir qu’ils étudiaient un retrait total du Traité de non-prolifération (TNP), un accord conclu en 1968 et entré en vigueur en 1970 pour éviter que de nouveaux États ne se dotent de l'arme atomique.

Même en cas de maintien dans le TNP, l'Iran a indiqué qu'il augmenterait probablement l'enrichissement de l'uranium, strictement limité dans le cadre l'accord de Vienne, dans le but d'empêcher l'Iran de parvenir à la bombe atomique. Selon l'accord, les niveaux d'enrichissement de l'Iran doivent rester autour de 3,6 %. L'Iran a cessé de produire de l'uranium enrichi à 20 % et a abandonné la majeure partie de son stock dans le cadre de l'accord de 2015.

La semaine dernière, le directeur de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, a déclaré que l'Iran était en mesure d'enrichir l'uranium à un niveau supérieur à ce qu'il pouvait avant l'accord.

Selon les analystes, l'attitude de l'Iran risque d'être influencée par la façon dont les autres signataires de l'accord de Vienne répondront au retrait américain. Cela dépendra notamment de la façon dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni insisteront pour que leurs entreprises puissent continuer à faire des affaires avec l'Iran.

Cela dépendra aussi du niveau de soutien diplomatique de la Russie à l'Iran, son allié en Syrie, et du niveau d'intégration de l'Iran dans le projet chinois de Nouvelle route de la soie, destiné à développer le commerce et l'investissement international.

Si l'administration Trump rétablit les sanctions et menace les contrevenants d'être exclus du système bancaire américain, l'attitude des différentes capitales sera un test déterminant pour Téhéran. Parmi les signataires de l'accord de Vienne, seule la Chine, grand acheteur de pétrole iranien, est capable d'ignorer la menace.

Avec Reuters

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