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Economie

Iran : l’Europe peut-elle protéger ses entreprises contre le retour des sanctions américaines ?

© John MacDougall, AFP | L'Europe, France et Allemagne en tête ont vivement critiqué la décision de Donald Trump de quitter l'accord sur le nucléaire iranien

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 10/05/2018

Après la décision de Donald Trump de quitter l’accord sur le nucléaire iranien, l’Europe a promis de protéger ses entreprises qui s’étaient ruées à Teheran pour faire des affaires. Mais que pourra faire l’UE face aux sanctions américaines ?

L’Europe fera “tout ce qui est possible” pour protéger les intérêts économiques de ses entreprises qui avaient recommencé à faire des affaires en Iran. Parlant ainsi au nom de l’UE, l’Élysée s’est montré très combatif, mercredi 9 mai, au lendemain de la décision du président américain Donald Trump de se retirer de l’accord iranien sur le nucléaire, conclu en 2015.

Le retrait américain sera, en effet, lourd de conséquences économiques pour les Airbus, Renault, Total et autres qui avaient, depuis 2015, investi en Iran. Ces entreprises européennes ayant des activités aux États-Unis, Donald Trump leur a donné 90 jours pour se retirer de la République islamique, sans quoi elles auraient à subir les foudres de Washington.

Des milliards de dollars en jeu

Le soutien affiché par Paris, au nom de l’Europe, risque difficilement de redonner le sourire aux entreprises européennes. Début mai, elles avaient prévenu, peu avant la décision américaine, qu’elles “ne voyaient pas comment elles pourraient continuer à faire des affaires avec Téhéran en cas de retour des sanctions”, rappelle l’International Crisis Group, une ONG qui œuvre pour la stabilité politique internationale, dans un rapport sur l’avenir de l’accord iranien.

>> À lire : Nucléaire iranien : Airbus, Boeing, Total... les grands perdants du retrait américain

Parades à la décision américaine

Pourtant, des solutions existent. En premier lieu, les Européens “devraient essayer de négocier des exemptions avec les États-Unis pour pouvoir continuer à commercer avec l’Iran dans des secteurs stratégiques comme l’énergie [pétrole, gaz] ou l’aéronautique”, assure Ellie Geranmayeh, spécialiste des relations irano-européennes au Conseil européen pour les relations internationales.

Pour cette experte, les Européens doivent “penser en dehors des sentiers battus” pour trouver des parades à la décision américaine. Ainsi, pour convaincre les sociétés qui hésiteraient à froisser le géant américain, les “États européens pourraient ouvrir des lignes de crédits pour les entreprises engagées en Iran”, suggère Azadeh Zamirirad, experte de l’Iran au SWP, l’Institut allemand de politique et de sécurité internationale. Ces fonds serviraient de garantie si un contrat tombait à l’eau à cause des sanctions américaines.

Une autre arme à disposition des Européens serait de ressortir de leur chapeau un règlement de 1996 qui interdisait aux entreprises européennes de se plier aux lois américaines extraterritoriales, qui affectent des sociétés nonaméricaines pour des activités en dehors du territoire américain. Ce texte concernait aussi bien les sanctions contre l’Iran que l’embargo cubain, mais au fur et à mesure que l’Europe a collaboré avec les États-Unis dans le dossier iranien, il n’a plus servi que dans le cas cubain.

Enfin, l’Europe pourrait aussi contourner le dollar. Les Américains ne peuvent frapper que si de l’argent circule par leur système financier. “Les Européens pourraient mettre en place une banque spéciale [chargée de financer les investissements en Iran, NDLR] qui ne serait pas exposée au dollar”, propose Ellie Geranmayeh. Une idée intéressante, mais qui se heurte au calendrier des négociations : “Mettre en place une telle banque prendrait du temps, alors que l’Iran n’a donné que quelques semaines aux Européens, Chinois et Russes pour avancer leurs propositions pour sauver l’accord sur le nucléaire malgré le départ des États-Unis”, explique Azadeh Zamirirad.

Trump va-t-il jouer les gros bras ?

Si l’Europe ne manque pas de munitions pour “protéger” ses entreprises, encore faut-il que les États-Unis les prennent au sérieux. Si Washington “opte pour une ligne dure, et cherche activement à saboter les relations commerciales entre l’Europe et l’Iran [pour tuer l’accord définitivement], les négociations vont être très difficiles”, reconnaît Azadeh Zamirirad.

En effet, l’arme la plus efficace pour forcer les Américains à trouver un compromis serait “de menacer d’imposer des sanctions aux entreprises américaines qui opèrent en Europe”, note Ellie Geranmayeh. Pour elle, une telle démarche serait justifiée car les sanctions américaines “interfèrent avec la politique extérieure européenne”, puisqu’elles mettent à mal l’accord sur le nucléaire iranien, auquel tient l’UE. Bruxelles avait déjà utilisé, avec un certain succès, cette menace lorsque Washington avait décidé, en mars, une hausse des tarifs douaniers sur l’aluminium et le fer. Mais Azadeh Zamirirad ne pense pas qu’il y aura un consensus en Europe pour risquer ainsi une “guerre commerciale avec les États-Unis” à cause de l’accord sur le nucléaire iranien.

Mais Washington n’a pas forcément intérêt à se montrer jusqu’au-boutiste, estime Azadeh Zamirirad. Les États-Unis pourraient, à l’avenir, avoir besoin du soutien européen dans le dossier iranien. En acceptant un compromis, ils seraient gagnants sur plusieurs tableaux : Donald Trump pourrait continuer à affirmer qu’il a tenu parole en dénonçant l’accord iranien, il se serait ménagé une certaine bienveillance européenne et les concessions américaines pourraient permettre de sauver un accord qui oblige l’Iran à arrêter son programme nucléaire.

Première publication : 09/05/2018

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