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FRANCE

Bordeaux ravive sa mémoire sur l'esclavage

© Nicolas Tucat, AFP | Une cérémonie organisée le 5 mai 2018, à Bordeaux, près de la statue de Toussaint Louverture, un homme politique haïtien qui a participé à la révolte des esclaves.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 10/05/2018

Pendant des années, Bordeaux a été accusée d'ignorer son passé de port négrier. La ville rattrape aujourd'hui ce retard en annonçant plusieurs initiatives mémorielles à l'occasion de la commémoration nationale, jeudi, de l'abolition de l'esclavage.

Entre 120 00 à 150 000. C’est le nombre d’esclaves africains qui ont été déportés vers les Amériques sur des bateaux affrétés par des armateurs bordelais. Pendant longtemps, cette histoire a été tue. La ville girondine avait fait table rase de ce passé négrier. Alors que jeudi 10 mai, pour la 13e année consécutive, la Métropole commémore à Paris le 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, la ville continue de repenser son passé négrier.

L’aboutissement d’un long travail mémoriel

Bordeaux vient d’annoncer l’adoption de dix initiatives imaginées par une commission de réflexion sur la mémoire de l’esclavage et de la traite négrière lancée en 2016. Parmi elles : nommer des rues d’après des abolitionnistes ou esclaves ayant vécu à Bordeaux, apporter un éclairage historique sur les rues portant le nom de six négriers attestés ou encore créer un prix de la ville récompensant une thèse ou une publication scientifique sur la question de l’esclavage.

"C’est un aboutissement de notre travail depuis dix ans sur cette question", a salué auprès de l’AFP Karfa Diallo, le fondateur de Mémoires et Partages qui, avec d’autres associations, pousse depuis une vingtaine d’années les politiques locaux à regarder ce passé en face, tout en regrettant néanmoins que ne soient concernées par les panneaux explicatifs, que "les rues qui honorent des armateurs, et non les rues renvoyant à ceux, plus nombreux, qui possédaient des plantations et exploitaient les esclaves".

Alors que la ville de Nantes, le premier port négrier français, sous l’impulsion de Jean-Marc Ayrault, a inauguré en 2012 un mémorial sur l’esclavage, le maire de Bordeaux Alain Juppé s’est en revanche opposé à cette idée. La ville girondine devrait finalement suivre plus modestement cet exemple en érigeant une statue. La commission suggère de rendre hommage à Modeste Testas, une africaine déportée par des armateurs bordelais à Haïti.

Ce monument permettrait également de lancer l'idée d'un partenariat plus étroit avec l'île des Caraïbes, où 40 % des colons au XVIIIe siècle étaient aquitains, et à laquelle Bordeaux pourrait proposer un "Pacte d'amitié". Une initiative qui étofferait la mémoire de cette relation historique, à peine représentée dans l'urbanisme par un buste du libérateur haïtien Toussaint Louverture, offert par Haïti en 2005. À l'écart du centre touristique, le square qui accueille la statue devrait d'ailleurs être "aménagé" et "valorisé", avec une plaque biographique et la liste des bateaux négriers partis de Bordeaux.

"Une déflagration"

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? "Il y a sûrement eu un tabou et un déni pendant assez longtemps, mais comme dans toute la société française", a ainsi reconnu Marik Fetouh, l’adjoint à la mairie chargé de présider cette commission, interrogé par France Bleu. L’évocation de ce passé n’est pourtant pas nouvelle. Comme le rappelle France 3, la ville s’est réveillée d’une longue amnésie en 1995, lors de la publication par l’historien Éric Saugera de "Bordeaux, port négrier", un ouvrage qui "fait office de déflagration". "Les Bordelais n’étaient pas particulièrement contents qu’on évoque la question. Ils préféraient qu’on parle de vin, de prestige, plutôt que de la traite négrière. Depuis la parole s’est progressivement libérée", explique Éric Saugera.

En 2003, une première étape est franchie avec la pose d’une plaque commémorative sur l’immeuble du 44, rue Fondaudège qui fut la dernière résidence du fils de Toussaint Louverture, Isaac. Six ans plus tard, deux salles consacrées à la mémoire de l’esclavage sont inaugurées au musée d’Aquitaine. La mise en lumière de la traite négrière a aussi été facilitée par l’adoption il y a 17 ans, de la loi Taubira qui reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité. L’ancienne garde des Sceaux se réjouit aujourd’hui de la politique mémorielle de la ville, même si, comme elle l’a estimé auprès de France 3, "Bordeaux traîne des pieds". Pour Christiane Taubira, les villes ont tout à gagner en retrouvant la mémoire : "Toutes les collectivités qui l’ont fait se sont élevées, y compris dans le regard de l’autre".

Avec AFP

Première publication : 10/05/2018

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