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Gouvernement colombien et ELN réunis à Cuba pour négocier une trêve

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La Havane (AFP)

Le gouvernement colombien et la guérilla de l'ELN reprennent jeudi leurs négociations de paix à La Havane, en quête d'un nouveau cessez-le-feu bilatéral qui permette d'envisager la fin du plus vieux conflit armé du continent américain.

Entamées en février 2017 à Quito, la capitale équatorienne, les discussions ont changé de pays d'accueil après la décision de l'Equateur de se mettre en retrait, en raison d'un regain des violences à sa frontière avec la Colombie.

"Pourvu que nous puissions négocier un cessez-le-feu, pourvu que nous puissions négocier un accord-cadre que nous puissions laisser au prochain gouvernement", a déclaré le président colombien Juan Manuel Santos, qui quittera le pouvoir en août.

"Ce serait l'idéal et nous allons faire tous les efforts en vue d'y parvenir", a-t-il ajouté de Berlin où il effectue une visite officielle.

Le chef de l'Etat, récompensé d'un Nobel de la Paix en 2016 après avoir négocié un accord de paix historique avec la principale guérilla de son pays, les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), espère un accord similaire avec l'ELN (Armée de libération nationale) "le plus tôt possible".

Mais il admet lui-même que ce ne sera pas possible avant la fin de son mandat.

"Je ne pourrai pas signer cet accord, mais j'espère laisser au prochain président la voie pavée dans la bonne direction", a dit M. Santos.

L'ELN, le dernière guérilla active en Colombie, en est à son cinquième cycle de discussions avec le gouvernement.

"Sans aucun doute, cela va-t-il être une négociation sur le long terme en raison de la complexité des sujets (...), il ne faut pas appuyer sur l'accélérateur", prévient le professeur de l'Université nationale de Colombie Victor de Currea-Lugo, un spécialiste des conflits armés.

Pour Pablo Beltran, le chef de la délégation de l'ELN, "il est très important que nous puissions mener à bien un nouveau cessez-le-feu bien meilleur que le précédent, même s'il ne signifie pas la fin du conflit".

- Vers la "paix complète" ? -

Les deux parties étaient déjà parvenues en octobre 2017 à un cessez-le-feu historique, qui a duré 101 jours, mais les critiques ont fusé des deux bords pour dénoncer le non-respect de la trêve.

Finalement, quand elle s'est terminée en janvier 2018, elle n'a pas été reconduite, le gouvernement colombien ayant accusé l'ELN - qui compte quelque 1.500 combattants - de plusieurs attaques.

Désormais, gouvernement et guérilla veulent retenter l'expérience et négocieront à Cuba, là où l'accord avec les Farc avait été discuté pendant quatre ans.

L'objectif du président Santos est de parvenir à une "paix complète" en Colombie, un pays déchiré par un demi-siècle de conflit armé entre guérillas, paramilitaires, trafiquants de drogue et agents de l'Etat, avec un bilan dramatique : huit millions de victimes entre ceux qui ont été tués, déplacés et sont portés disparus.

Mais les efforts du chef de l'Etat pourraient être vains si la droite, opposée à ces négociations, remportait l'élection présidentielle du 27 mai. Le sénateur Ivan Duque, du Centre démocratique (droite, dirigé par l'ex-président Alvaro Uribe), est le favori des sondages.

Face à ce danger, Pablo Beltran a appelé toutes les tendances politiques dans son pays à "respecter le contenu des accords et poursuivre l'effort pour la paix".

Guérilla d'inspiration chrétienne, l'ELN est née en 1964 d'une révolte paysanne, se voulant une émulation de la révolution cubaine et d'un de ses leaders, Ernesto Che Guevara.

Et Cuba, qui a déjà accueilli de précédentes discussions entre la Colombie et l'ELN entre décembre 2005 et août 2007, pourrait être le bon endroit pour y négocier la paix.

"Ces dernières décennies, Cuba s'est illustré en tant que médiateur dans la promotion de solutions et la gestion de nombreux conflits, compte tenu de son histoire et de ses contacts au-delà de ses frontières idéologiques", souligne Arturo Lopez-Levy, un professeur cubain de l'Université de Texas-Rio Grande Valley.

"L'ELN, comme avant les Farc, et le gouvernement colombien savent que Cuba sera un interlocuteur sérieux et que son principal intérêt sera de mener la négociation à bon port, sans céder aux pressions pour piéger une des parties", ajoute-t-il.

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