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Proche-Orient : "Le processus de paix est mort"

© Archive AFP | Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le président Donald Trump, le 15 février 2017 à la Maison Blanche.

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 16/05/2018

Après le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et la mort de 60 Palestiniens à Gaza, la relance des négociations de paix au Proche-Orient relèverait du miracle, selon Jean-Paul Chagnollaud, spécialiste de la question palestinienne.

S’il y a quelques mois, l'espoir de paix au Proche-Orient était encore un doux rêve à un horizon plus ou moins lointain, il relève désormais de la chimère. L’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, lundi 14 mai, et la sanglante "Marche du retour" qui a fait 60 morts et plus de 2 400 blessés dans la bande de Gaza, semblent marquer un tournant dans la tumultueuse histoire israélo-palestinienne. À la violence de la répression, des images filmées par les médias du monde entier, s’est ajoutée celle de la sémantique israélienne, qualifiant les manifestants tués à Gaza de "terroristes du Hamas". Si quelques voix se sont élevées, de-ci de-là, pour condamner l’usage disproportionné de la force face à des manifestants désarmés, les pays arabes sont restés plutôt discrets. Car les temps changent. "L'ennemi commun" n’est plus Israël pour nombre de pays du Golfe mais bel et bien l’Iran.

Un "plan de paix" est annoncé par Donald Trump depuis plusieurs mois mais il tarde à voir le jour. Si des propositions ont fuité dans la presse depuis quelques semaines, d’aucuns ironisent en le comparant à l’arlésienne ou au monstre du Loch Ness. "Des millions de personnes en parlent, une dizaine assure l’avoir vu et une poignée jure avoir des preuves de son existence. Mais il est fort probable qu’il n’existe pas", écrivait ainsi en janvier le quotidien centriste israélien Yediot Aharonot

Et, quand bien même un tel document était présenté, qui pourrait prendre place à la table des négociations ? Les Palestiniens ont rompu tout lien avec l’administration Trump depuis l’annonce du transfert de l’ambassade en décembre 2017. Et le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, selon Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président de l’iReMMO (Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient), spécialiste de la question palestinienne, est plus que jamais affaibli. Entretien.

France 24 : Que signifient l’inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem et les violences à Gaza pour la paix au Proche-Orient ?

Jean-Paul Chagnollaud : C’est à la fois un révélateur de la situation sur le terrain et un tournant. La façon dont les gens se sont exprimés, les risques qu’ils ont pris, les morts sont un révélateur de la situation de désespérance de ces fils et petits-fils de réfugiés qui sont aujourd’hui enfermés. C’est un tournant. Non pas dans le processus de paix parce qu’il est mort mais dans cette confrontation entre Israël et la Palestine. Désormais, toute forme de négociation sera difficile. Finalement, aujourd’hui la véritable question est qu’est-ce qu’on peut négocier ? L’une des grandes questions des négociations, le statut de Jérusalem, ne l’est plus. Si l’on suit cette "reconnaissance" de Washington et que l'on prétend qu’elle est la capitale d’Israël, cela veut dire qu’elle ne peut être celle de la Palestine. Les États-Unis soutiennent le gouvernement israélien – y compris dans la violence à Gaza – qui a fait de la colonisation l’axe majeur de sa politique. Qu’est-ce qu’il y a à négocier si la colonisation, très dense, vient manger tout le territoire de la Cisjordanie ? Est-ce que l’on peut négocier sur un État de Palestine ? Qu’en est-il de la question des réfugiés palestiniens ? Si l’on prend les grands points de négociation, ça sera encore plus difficile demain qu’hier.

Les Palestiniens ont toujours pensé qu’il fallait s’accrocher aux Américains dans le cadre de négociations à venir. Mahmoud Abbas a tenté de le faire auprès des différents présidents américains, même avec Donald Trump qu’il est allé voir à Washington. Après ce qui s’est passé, il a décidé de rompre tout rapport même si cela peut changer.

Est-ce possible de remplacer les Américains et par qui ?

Remplacer les États-Unis est impossible compte-tenu de leur puissance et leur capacité de nuisance sur nombre de dossiers internationaux comme le nucléaire, le climat, la question du droit international et de Jérusalem. On peut néanmoins imaginer des initiatives positives. Très peu d’États peuvent le faire. La France est peut-être le seul État en Europe capable d’être écouté. Elle peut essayer de jouer un rôle mais il faut être lucide : la France n’a pas les moyens d’y aller seule. Elle peut être écoutée mais entraîner un mouvement, j’insiste, est une autre affaire. Mais, tant que l’on ne connaît pas la teneur de ce plan de paix arlésienne que Trump doit dévoiler, la France ne fera rien. Les États-Unis restent dans l’immédiat en première ligne.

Comment analyser ce rôle de fossoyeur que vient d’endosser Donald Trump, cet alignement sur la position israélienne en dépit de ses prédécesseurs ?

Sur tous les points majeurs qui étaient la politique américaine de Barack Obama, il y a revirement de Donald Trump. Une posture très conservatrice qui correspond à son électorat, notamment dans le sud des États-Unis, protectionniste, pro-sioniste, arc-bouté sur l’idée que la théorie du climat est fausse. Les élections de mi-mandat approchent et ses décisions de politique extérieure sont liées à la politique intérieure. D’autre part, le président américain a une vision du monde et de lui-même qui ne prend pas en compte les implications internationales et leurs conséquences. On est dans une sorte de schizophrénie. Cela peut être extrêmement dommageable comme lorsqu’on se retire de l’accord sur le climat, de l’accord sur le nucléaire iranien, lorsque l’on s’assoit sur le droit international comme il l’a fait avec Jérusalem. C’est vraiment une déstabilisation liée à ses propres visions et intérêts électoraux et politiques. Personne n’est en mesure de lui faire changer d’avis et l’exemple emblématique est celui d’Emmanuel Macron qui a essayé de le convaincre sur le climat, l’accord sur le nucléaire. Résultat des courses, ça n’a pas changé d’un iota sa vision des choses.

Du côté palestinien, Mahmoud Abbas est-il encore un interlocuteur crédible ?

Non, il a perdu beaucoup de terrain et depuis longtemps. Mahmoud Abbas est devenu assez inaudible. Aujourd’hui, les Palestiniens n’ont plus de leadership. C’est une vraie crise et la seule issue est de retrouver le chemin d’une unité nationale, surtout en cette période d’isolement international où ils ont été lâchés par de nombreux pays arabes, à commencer par l’Arabie saoudite. Il faudrait également que la direction palestinienne se ressource. L’un des moyens est évidemment d’organiser des élections législatives et présidentielle. La dernière a eu lieu en 2005 avec l’élection de Mahmoud Abbas. Treize ans après, son autorité est érodée.

Au moins 60 morts, des milliers de Gazaouis blessés, tous qualifiés de "terroristes" par les diplomates israéliens… Pourtant aucun drapeau du Hamas n’était visible dans les rangs des manifestants…

C’est de la pure propagande israélienne ! Que le Hamas ait joué un rôle politique dans l’idée de ces manifestations, c’est très probable. Mais fondamentalement, on ne peut pas mobiliser des dizaines de milliers de jeunes dans des conditions aussi dramatiques s’ils n’ont pas le sentiment que leur situation est sans espoir. Il y a une vraie désespérance, indépendamment du Hamas. Ces jeunes croient en quelque chose. Ils ne sont pas manipulés. Ils n’ont jamais pu sortir de Gaza. Ils sont fils et petits-fils de réfugiés pour 80 % d’entre eux. Ils ne peuvent penser leur avenir en dehors de ce petit territoire. C’est tellement plus simple pour les Israéliens de dire que c’est la faute du Hamas. Ils ne veulent pas voir la réalité : c’est un territoire sous blocus où vivent 2 millions de gens qui veulent en sortir.

La situation pour les Gazaouis est intenable : pas d’eau, d’électricité, d’emploi... C’est un enfermement tragique. Les positions des deux ambassadrices israéliennes à Paris et Bruxelles sont scandaleuses et graves. Elles légitiment l’assassinat de jeunes sous le prétexte qu’ils sont terroristes, elles disqualifient l’autre, elles le déshumanisent sans élément de preuve. On tue d’abord. Du point de vue du droit international, ce n’est rien d’autre que des crimes de guerre, des infractions graves à la 4e Convention de Genève. C’est un discours pauvre, pathétique et contraire aux intérêts à long terme d’Israël car cela provoque des radicalités et des violences.

Le mouvement va-t-il s’essouffler ou faut-il redouter le pire dans les prochains jours ?

Le mouvement est là. C’est comme un volcan qui est en sommeil. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas actif. Tout à coup, il y a des éruptions terribles à l’occasion de tels évènements ou de dates symboliques. C’est le même schéma même si l’image est un peu simpliste. C’est un bouillonnement de désespérance terrible. Ça peut s’arrêter demain mais ça reprendra forcement sous une forme ou sous une autre. Pour de nombreux Palestiniens, aujourd’hui c’est avant tout une question de survie même si la solution à deux États me paraît la seule possible. Pour l’instant, ils ne voient aucune perspective politique.

Première publication : 16/05/2018

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