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Découvertes

Ce que la blockchain peut apporter à l’industrie du film

© Halden Krog/The Times/Gallo Images/Getty Images

Texte par Louise WESSBECHER

Dernière modification : 17/05/2018

La blockchain fait son apparition dans l'industrie cinématographique avec l'objectif de faciliter le financement et la distribution de films indépendants. Mais tiendra-t-elle ses promesses ?

CANNES. – Avec l’explosion du bitcoin, le monde entier a découvert la blockchain. Car c’est sur cette technologie transparente et sécurisée de stockage et d’échange de données, aussi appelée "chaîne de blocs" en français, que repose la circulation des cryptomonnaies.

Mais la blockchain n’a pas que vocation à s’appliquer dans le pur domaine financier. Depuis peu, cette technologie commence à faire ses preuves dans le domaine de l’énergie (pour s’échanger de l’électricité), de la musique (pour solutionner les problèmes de droits d’auteur) ou de l’éducation (pour certifier des diplômes universitaires). Et voilà qu’elle investit l’industrie du film.

VOIR AUSSI : Et si la réalité virtuelle n’avait du sens que dans le documentaire ?

Après avoir été au cœur de débats au festival du film de Berlin, de SXSW (Austin) et de Tribeca (New York), le festival de Cannes ouvrait pour la première fois un "blockchain corner" au sein du pavillon Next du Marché du film, consacré à l’innovation. On est allés à la rencontre de certaines de ces start-up qui entendent faire entrer la blockchain dans l’industrie cinématographique pour comprendre ce qu’elle pourrait y apporter.

Du financement...

Tout commence par le financement. Avant de faire travailler des auteurs, des acteurs, des cadreurs ou des monteurs, encore faut-il être sûr qu’on a le budget pour mener à bien un projet. Or lorsqu’il s’agit d’un premier film ou de l’œuvre d’un auteur indépendant éloigné des circuits traditionnels, il est souvent difficile de convaincre des investisseurs.

Les internautes deviennent des investisseurs

Alors ces entreprises proposent des plateformes collaboratives, sortes de crowdfunding dans la blockchain, où les internautes peuvent participer au financement du projet. "Mais la différence entre le crowdfunding traditionnel et ce que nous proposons, c’est que celui qui finance un projet à une vraie motivation, un vrai intérêt financier dans ce projet. Ce n’est pas juste une don", explique à Mashable FR Daniel Hyman, vice-président divertissement, finance et développement de SingularDTV, studio suisse qui propose un écosystème d’applications décentralisées construites sur ethereum à destination des différents acteurs de l’industrie du cinéma.

Pour SingularDTV comme pour le projet russe MoviesChain créé par TVzavr, ce financement collaboratif repose sur le principe de la tokenisation. Il s'agit en fait d'un chiffrement des transactions grâce auquel la valeur créée est transformée en "token", un actif numérique vendable à tout moment. "Les contributeurs d’un projet sont directement rétribués à mesure de leur investissement en tokens qui peuvent ensuite être échangés contre n’importe quelle devise (par exemple contre des euros ou des dollars) car ils sont sur la blockchain", explique clairement Pierre Rognion dans un post Medium.

Mais pour assurer la réussite des projets de ses créateurs, SingularDTV ne s’interdit pas non plus un recours à des financements "institutionnels ou traditionnels de l’industrie du film. Et peut-être même que des investisseurs de l’industrie de la tech seront intéressés par ce que nous offrons", poursuit Daniel Hyman.

... à la distribution

"Certains réalisateurs acceptent, en échange d’un gros montant en dollars, de renoncer à leurs droits sur les négociations de distribution. C’est tout le contraire de ce qu’on veut", indique SingularDTV. Grâce à la blockchain, les créateurs peuvent s’impliquer du début à la fin du processus pour monétiser eux-mêmes leurs contenus, sans perdre du temps et de l’argent dans de nombreux intermédiaires. Cette technologie donne accès instantanément à toutes les informations nécessaires pour optimiser la distribution d’un film, qui sont aussi partagées avec les investisseurs. En clair, n’importe qui ayant misé des tokens dans un projet peut suivre le détail de la répartition des dépenses au fur et à mesure de son évolution.

VOIR AUSSI : La "Blockchain vaisselle", une installation pour comprendre la technologie blockchain

"Jusqu’à 90 % des profits seront reversés aux producteurs du contenu"

Mais alors où sont distribués ces films ? Là encore, les studios de divertissement qui investissent la blockchain ne se veulent pas exclusifs. Si tous ou presque s’apprêtent à lancer leur propre plateforme de diffusion, ils évoquent aussi le "circuit traditionnel" que sont les salles mais aussi Amazon ou iTunes, à condition que les investisseurs n’exigent pas une exclusivité. MoviesChain envisage par exemple de faire payer les internautes l’équivalent de 1,5 dollar en cryptomonnaie pour visionner un film, "avec jusqu’à 90 % reversés aux producteurs du contenu", promet Alexey Yeremenko, cofondateur du projet. Au passage, ce modèle fait sauter le système d’abonnement cher à Netflix et consorts.

Outre les projets financés grâce à la blockchain, ces entreprises envisagent aussi de proposer un catalogue d’acquisitions. Courant avril 2018, la plateforme américaine White Rabbit annonçait avoir signé un contrat avec K5 Media Group pour une cinquantaine de films parmi lesquels "Paterson" de Jim Jarmusch ou "Les Oubliés" de Martin Zandvliet. Et lors d’une table ronde du Marché du film à laquelle nous avons assisté, MoviesChain a évoqué "des discussions en cours avec Wildbunch et Europacorp".

Transparence des audiences et piratage

À l’heure où Netflix garde précieusement secret les statistiques de visionnage sur sa plateforme, la blockchain propose une transparence totale des audiences, et de toutes les autres données de consommation.

La blockchain permet un contrôle total de la propriété intellectuelle

Le réalisateur sait en temps réel combien de personnes ont vu son film, tout comme ses investisseurs. En fait, chaque projet a une empreinte indélébile dans la blockchain ce qui permet un contrôle total de la propriété intellectuelle.

De par ce tracking, les entreprises de l’industrie de la blockchain pourront aussi limiter le piratage des œuvres et optimiser le versement des droits d’auteur. Puisque la blockchain ne nécessite aucun système de contrôle centralisé, les transactions ainsi enregistrées peuvent rapidement se convertir en royalties pour les auteurs, peu importe le montant.

Encore quelques freins

Aussi prometteuse soit cette application de la blockchain à l’industrie du film, elle pourrait cependant se confronter à certains freins inhérents à cette technologie : la complexité technique du protocole, la volatilité des cryptomonnaies ou encore le vide juridique autour de l’usage de la blockchain, listait un article du blog Meta-Media de France Télévisions. Daniel Hyman, vice-président de Singular DTV, en est conscient : "Je crois que ça va être un long chemin pour mettre ça en place. D’autant que beaucoup de gens pensent qu’on est là pour leur prendre leur job. Mais ce n’est pas vrai. On veut juste aider les gens à faire mieux leur métier avec plus d’efficacité, plus de transparence et des solutions technologiques."

Alors même si Steven Spielberg ne produira sans doute pas son prochain film dans la blockchain, ces nouvelles plateformes pourraient par contre permettre aux petits studios indépendants de se faire une place dans une industrie qui tend doucement à se décentraliser. Le réalisateur chinois Shujun Wei prépare d’ailleurs une version longue de son court-métrage "On The Border", en compétition au festival de Cannes, financée en tokens grâce à SingularDTV.

Retrouvez aussi tous nos articles du Festival de Cannes 2018.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

 

BONUS : Où sont passées les promesses de la blockchain ?

Première publication : 17/05/2018