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Broyage des poussins vivants, abattage sans étourdissement : ce que les députés français ont refusé d’interdire

Image capturée dans l'abattoir de Mauléon, en 2016.
Image capturée dans l'abattoir de Mauléon, en 2016. Association L214

Dimanche, les députés ont choisi d'ignorer la souffrance animale. Interdiction de l’élevage en cage des poules pondeuses, de la castration à vif des porcelets, du broyage des poussins... Presque toutes les mesures en faveur des animaux ont été rejetées.

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Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, avait pourtant assuré qu’il serait "particulièrement attentif" au bien-être animal, qui constitue l’article 13 du projet de loi agriculture et alimentation. Mais le rejet par l’Assemblée nationale, dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 mai, de l’installation obligatoire d’un système de vidéosurveillance dans les tous abattoirs, au profit de caméras "expérimentales" installées à l’appréciation des seuls établissements, n’est pas l’unique décision regrettable de la part de nos députés. Loin de là.

VOIR AUSSI : Le gouvernement annonce que le délit de maltraitance animale s'appliquera désormais aux abattoirs

Depuis près de sept jours, le projet de loi Egalim sur l’agriculture et l’alimentation fait l’objet de houleux débats dans l’hémicycle. Fort de 2 300 amendements, celui-ci découle directement des États généraux de l’alimentation, annoncés par Emmanuel Macron en juin dernier, afin de réfléchir à une manière de nous nourrir plus éthique et plus juste vis-à-vis des professionnels du secteur. Malheureusement, un bon nombre d’amendements qui auraient pu tenter d’améliorer sensiblement la condition des animaux d’élevage, et plus particulièrement au moment de leur abattage, ont été retoqués dans la soirée de dimanche.

Il nous semble nécessaire de revenir sur ces potentielles avancées mises au placard, de manière non-exhaustive. Ont donc été rejetés les principaux amendements suivants :

  • L’interdiction des abattages sans étourdissement préalable
  • L’interdiction des fermes-usines
  • L’interdiction de broyer vivants les poussins mâles et les canetons femelles
  • L’interdiction des cages pour les poules pondeuses
  • L’interdiction des cages pour les lapins
  • L’interdiction de castrer à vif les porcelets
  • L'interdiction du gazage des cochons au dioxyde de carbone
  • L'interdiction de l’étourdissement des volailles par électronarcose
  • L’encadrement de la durée de transport, notamment maritime, d’animaux vivants

"Face à des vidéos d'abattoirs isolées mais qui nous heurtent tous, nous défendons une solution équilibrée pour le bien-être animal : formation et sensibilisation plutôt que stigmatisation d'une profession", a tweeté le groupe majoritaire LREM. Malgré tout, certains députés de la majorité ont fait savoir qu'ils soutenaient un certains nombre d'amendements sur la question de la souffrance animale : Cédric Villani s'est notamment affiché aux côtés de militants de l'association L214, plaidant que "le bien-être animal doit progresser" dans le texte.

L’eurodéputé écologiste Yannick Jadot, lui, a n'a pas hésité à dénoncer ce matin sur LCP "l’insensibilité complète du gouvernement et de sa majorité à l’Assemblée", sur des problématiques telles que le broyage des poussins et canetons vivants, l’installation obligatoire d’un système de vidéosurveillance dans les abattoirs ou encore sur l’étourdissement nécessaire des animaux avant leur mise à mort. "On a une forme de victoire cynique et méprisable du lobby de la souffrance animale", a-t-il poursuivi.

De leur côté, les associations, dont la très active L214, voient rouge, et ont déploré des "débats pathétiques". "Cette nuit, dans le discours des députés, le bien-être animal, le souci des éleveurs et des ouvriers d’abattoir ont été répétés en boucle. Dans les faits, l’obéissance aux filières de production intensive a été flagrante. Honteusement, les attentes de 90 % des Français ont été balayées d'un revers de la main par une assemblée fuyarde et lâche, plus soucieuse de ne pas contrarier la minorité bruyante des tenants de l'élevage industriel que d'une société toute entière révoltée par la cruauté de l'élevage intensif", a déclaré Brigitte Gothière, cofondatrice de L214.

Heureusement, quelques feux verts sauvent les meubles :

  • L’interdiction de l’installation de tout nouvel établissement d’élevage de poules pondeuses en cage. Toutefois, aucune date d'interdiction pour la vente des œufs de poules en cage n'a été fixée, alors que le candidat Macron s'y était engagé pour 2022.
  • L'adoption du doublement des sanctions en cas de mauvais traitements sur les animaux (portées à un an d'emprisonnement et à 15.000 euros d'amende)
  • La création d’un nouveau délit visant à réprimer les mauvais traitements commis dans les transports et les abattoirs

Dans la soirée, de nombreux militants de la cause animale ont fait part de leur déception face à ces mesures plus qu'en demi-teinte. D'ici deux jours, soit le 30 mai prochain, le projet de loi Egalim (qui comporte deux grands volets "Équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire" et "Alimentation saine et durable") devrait être voté.

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