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En Arabie saoudite, MBS met un coup de frein à l'émancipation des femmes

© Marwan Naanani, AFP | Une militante saoudienne défie l’interdiction de conduire en Arabie Saoudite, en 2013.

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 30/05/2018

Alors que l'interdiction de conduire pour les femmes va être levée en juin, une campagne de répression sans précédent cible depuis mai des féministes. De quoi semer le doute sur la réelle volonté de Riyad d'avancer sur les droits des femmes.

À quoi joue Mohammed Ben Salmane ? Après avoir sorti la carte de l'émancipation des femmes en les autorisant à créer leur entreprise, à entrer dans l'armée, à faire du théâtre ou à entrer dans les stades, le prince héritier de 32 ans, dit "MBS", semble faire machine arrière. Depuis quinze jours, une dizaine de militantes ont été placées en détention. Et parmi elles, de grandes figures de la cause féminine, telles que Aziza al-Yousef, 70 ans et de nombreuses années d’activisme, Loujain al-Hatloul, emprisonnée 73 jours en 2014 après avoir bravé l’interdiction de conduire, ou encore la blogueuse Eman al-Nafjan, qui a également participé à de nombreuses campagnes pour réclamer le droit de prendre le volant.

Les autorités saoudiennes les accusent de contacts avec "des entités étrangères", tandis que les médias d'État les ont qualifiées de "traîtres". Sur les réseaux sociaux, un hashtag en arabe les décrivant comme des agents d’ambassades a également été créé, et un graphique montrant les visages de six détenues a été diffusé. Les organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent une "campagne de diffamation ciblée contre ces militantes pacifiques, dont certaines œuvrent pour le droit de conduire depuis les années 1990", s'insurge Katia Roux, chargée de plaidoyer Libertés chez Amnesty International.

Depuis, quatre prisonnières ont été libérées, dont la militante septuagénaire Aisha al-Manea. "Six sont toujours retenues dans les prisons saoudiennes, mais nous disposons de peu d'informations sur leurs conditions de détention", déplore Amnesty International.

"MBS suit l'intérêt du pays et non celui du peuple"

Hasard du calendrier, ces interpellations interviennent alors qu'un décret royal lève l'interdiction de conduire pour les femmes le 24 juin. À l’approche de cette date historique qui sera inévitablement scrutée par les médias occidentaux, le régime ultra-conservateur semble vouloir faire taire ces militantes. "Le régime veut contrôler l’opinion publique et s’assurer que seule la parole de l’État soit entendue", assure à France 24 une activiste saoudienne qui préfère garder l’anonymat pour des raisons de sécurité. Pour Amnesty International, "Mohammed Ben Salmane refuse de voir quelqu’un d’autre que lui, et notamment la société civile, s’attribuer cette victoire".

Cette révolution constitue, aux yeux du régime qui entend sortir de la crise budgétaire en développant le secteur privé et les revenus non pétroliers, un enjeu avant tout économique. "En ouvrant les stades ou les salles de concert et de théâtre aux femmes, MBS leur donne accès à la société de consommation, poursuit l’activiste. Pour moi, ses décisions suivent l’intérêt du pays et non celui du peuple."

"On ne sait pas si elles vont pouvoir être libérées"

Les défenseuses des droits de femmes aspirent, elles, à plus de libertés en abrogeant notamment le système de tutelle qui régit le quotidien des Saoudiennes. Elles ne peuvent ni étudier, ni voyager sans l’autorisation préalable d’un parent de sexe masculin, généralement le père, le mari ou le frère. Si en mai 2017, un décret royal a vaguement assoupli cette loi en ce qui concerne les démarches administratives, les militantes appellent régulièrement à réformer plus en profondeur.

Sauf que ces derniers mois, certaines militantes avaient reçu des menaces leur demandant de ne pas commenter l’actualité auprès des médias ou sur les réseaux sociaux, affirment des sources concordantes qui évoquent des "interpellations plus musclées que par le passé" et une "campagne de diffamation particulièrement agressive". L'activiste ne cache pas son inquiétude : "Trahison, c’est la plus lourde accusation dans le pays, ajoute-t-elle. On ne sait pas si elles vont pouvoir être libérées".

Aujourd’hui, la société civile ne peut plus s’exprimer librement, confirme Katia Roux, d'Amnesty International, en raison des lois sur la cybercriminalité et sur le terrorisme "qui sont détournées pour museler les Saoudiens trop critiques envers le régime". L’inquiétude est d’autant plus forte que cette purge fait suite à d’autres vagues d'interpellations d’intellectuels, de politiques, ou encore de princes, ces derniers mois. "Certains sont toujours emprisonnés et n’ont pas eu droit à un procès", précise de son côté l'activiste.

Autocensure de la société civile

Autre signe des tensions sans précédent dans le pays : les familles des activistes sont désormais ciblées. "La ligne rouge a été franchie", commente une source proche du dossier, qui dénonce "une oppression extensive". Certains époux ou autres membres de la famille se sont vus interdire de vol à l’étranger.

"Il est temps de mettre fin au double discours de MBS, affirme Katia Roux. Il se présente devant les capitales européennes comme un réformateur avec ces mesures paillettes, mais les vrais réformateurs sont aujourd'hui tous en prison ou ont quitté le pays." Amnesty International appelle à la mobilisation de la communauté internationale pour mettre la pression sur Riyad "qui cherche à verrouiller le pays". Ces deux dernières années, aucune association des droits de l’Homme n’a vu le jour dans le pays et celles qui ont fermé n’ont pas rouvert.

Première publication : 29/05/2018

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