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Hommage aux animaux de la Grande Guerre : à Paris, l'idée d'un monument fait débat

Un chien sentinelle, le 12 août 1916, à Wesserling, dans le Haut-Rhin.
Un chien sentinelle, le 12 août 1916, à Wesserling, dans le Haut-Rhin. Collection La Contemporaine

À l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, plusieurs associations ont interpellé la Mairie de Paris pour qu'un monument soit érigé en hommage aux animaux qui ont participé au conflit. Une initiative qui est loin de faire l'unanimité.

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Des chiens, des chats, des chevaux, des pigeons, des dromadaires, et même un éléphant. À Hyde Park, en plein cœur de Londres, un magnifique monument rend hommage aux animaux qui ont participé aux conflits armés. "Ils n’avaient pas le choix", peut-on lire sur ce mémorial, inauguré en 2004 par la princesse Anne.

À Paris, ne cherchez pas. Aucun lieu de mémoire de ce type n’existe dans la capitale française. En pleine commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, plusieurs associations de défense de la cause animale, dont la Fondation 30 millions d’amis et Paris Animaux Zoopolis, se sont émues de cette absence de reconnaissance. Elles ont adressé une lettre à la maire de Paris pour réclamer la création d’un monument pour honorer les animaux de guerre morts au combat, en particulier pendant la Grande Guerre. "Les animaux ont fait partie de tous nos conflits. Nos destins ont toujours été intimement liés. Ils sont tombés sur les champs de bataille auprès de nos soldats et surtout en 1914-18", explique Reha Hutin, la présidente de la Fondation 30 millions d’amis.

"Il serait temps de faire quelque chose"

On estime en effet que durant la Première Guerre mondiale, environ 11 millions d’équidés ont été enrôlés, dont 1,88 million dans la seule armée française. Entre 200 000 à 250 000 pigeons ont aussi été mobilisés au cours des quatre années de combats pour transporter des messages ou encore prendre des photos aériennes, ainsi que 100 000 chiens pour transmettre des ordres, porter des munitions ou même chercher des blessés. "Beaucoup de pays leur rendent hommage comme à Londres, mais en France, il n’y a que quelques endroits. À Couin, dans le Pas-de-Calais, un monument a été érigé par le Souvenir français et par une association anglaise. À Pozières également, dans la Somme, mais par des Australiens. C’est quand même un comble ! Il serait temps de faire quelque chose", précise Reha Hutin.

Même si la ville de Paris n’était pas sur la ligne de front, les animaux de la capitale ont aussi été mis à contribution durant la Grande Guerre. "On a fait des recherches aux Archives nationales et à la Bibliothèque de Paris. On a trouvé rapidement qu’il existait des lieux de réquisition et des dépôts d’animaux dans le 13e et le 14e arrondissement", décrit Amandine Sanvisens, la présidente de l’association Paris Animaux Zoopolis. "On a ensuite contacté des élus pour les sensibiliser sur ce sujet. Ils ont déposé des vœux pour qu’il y ait une plaque commémorative dans ces arrondissements."

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Un vif débat parmi les élus

Mais dans le 13e, cette démarche a suscité un vif débat. Le 22 mai dernier, l’idée d’une plaque apposée au 56, boulevard Arago, lieu de réquisition de chevaux, d’ânes et de mulets, a été rejetée. Le maire PS de l’arrondissement, Jérôme Coumet, ne s’est pas montré favorable à ce projet. "Autant qu’on reconnaisse la souffrance animale sous toutes ces formes, y compris au moment des conflits armés, ne me choque, mais utiliser les mêmes symboles que pour honorer les soldats de la Grande Guerre, est un pas qu’on ne peut pas franchir. En ce moment la Ville de Paris est en train de réaliser pour la fin du centenaire, un monument où seront inscrits l’ensemble des Parisiens morts à la guerre. On ne va pas prendre une partie de ce mémorial pour y mettre les chevaux et les pigeons", estime-t-il. "Il y a des antispécistes qui veulent mettre sur le même plan les hommes et les animaux, je ne fais pas partie de ceux-là."

La conseillère d’arrondissement écologiste Fabienne Roumet, qui a porté ce vœu, n’a pas été surprise par une telle réaction, même si elle ne s’attendait pas à un blocage aussi massif : "En France, il y a un déni de la relation que peuvent avoir les humains avec les animaux. Il y a l’idée que les animaux doivent être rejetés en dehors de la sphère humaine. Cela choque encore certaines personnes, mais cela commence à bouger".

Pour preuve, dans le 14e arrondissement, Florentin Letissier, adjoint du groupe écologiste, a eu plus de chance. Son vœu a été reçu de façon positive. Sa proposition de plaque au 38-48, boulevard Jourdan, un ancien dépôt de remonte (un établissement dont la tâche principale était de fournir des chevaux pour les unités militaires) et école de dressage de jeunes chevaux, a été acceptée. Le projet de monument a en revanche été retoqué. "Un certain nombre de mes collègues ont trouvé que cela allait un peu trop loin", selon Florentin Letissier. Cet élu se montre pessimiste quant à un futur mémorial dans Paris. "On a bien vu que dans les débats d’arrondissement, cela suscitait pas mal de réprobation."

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"Reconnaître l'engagement et la souffrance de tous"

Pour l’historien Éric Baratay, auteur de l’ouvrage "Bêtes des tranchées", ces réticences s’expliquent avant tout par des différences culturelles avec le monde anglo-saxon : "Il n’y aurait pas ce genre de réactions, si nous étions en Grande-Bretagne, en Belgique ou aux États-Unis. En France, on croit toujours qu’honorer des animaux revient à dévaloriser les humains. Faire un monument aux animaux reviendrait à humilier les soldats. Or ce n’est pas du tout cela. C’est reconnaître l’engagement et la souffrance de tous. Et les témoignages des combattants montrent que beaucoup étaient conscients de cette communauté de guerre, de souffrance et de destin".

Du côté des associations, les militants vont ainsi continuer le combat et essayer de faire porter ce projet devant le Conseil de Paris. "À nous qui sommes dans la défense de la cause animale, on nous dit souvent qu’il y a autre chose à faire avant cela. Effectivement, c’est le cas, mais il ne faut pas oublier la sensibilité des gens. 52 % des Français ont des animaux. Ils sont très émus par cette histoire. C’est la pression publique qui fera bouger les choses", insiste Reha Hutin.

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