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REPORTAGE

Un mémorial en Macédoine pour se souvenir des poilus du front d'Orient

L'intérieur du mémorial de Bitola, inauguré le 31 mai 2018.
L'intérieur du mémorial de Bitola, inauguré le 31 mai 2018. Stéphanie Trouillard, France 24

À l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, un nouveau mémorial a été inauguré à Bitola, en Macédoine. Il rappelle que plus de 350 000 poilus ont combattu sur le front d'Orient, loin des tranchées françaises, et que 70 000 n'en sont pas revenus.

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“J'ai reçu une balle dans le cou, elle est entrée derrière et est ressortie derrière l'oreille”. “Moi ça va, à part le froid terrible qu'il fait, surtout à la hauteur où je me trouve”. “Les bidons sont mis à sec en trois gorgées, et il fait toujours terriblement soif”. La violence, le froid, la chaleur. Ces mots illustrent toute la dureté de la Première Guerre mondiale. Mais ils n'ont pas été écrits par des soldats dans des tranchées françaises. Ces paroles sont celles de poilus du front d'Orient. Elles figurent désormais sur les murs du nouveau mémorial du cimetière français de Bitola, en Macédoine, qui leur rend hommage.

“Plus de 300  000 poilus ont combattu ici avec bravoure”

“Malgré tout l'intérêt que je porte à l'Orient, le front français me semble, surtout vu d'ici, infiniment mieux”, résume avec lucidité et humour, l'un de ces soldats. À des milliers de kilomètres de la France, ils ont été confrontés à des conditions particulièrement difficiles compte tenu du terrain montagneux, mais aussi des nombreuses maladies. Après l'échec de l'opération aux Dardanelles, ces soldats français ont été envoyés dans cette région en 1916, lorsque la France et le Royaume-Uni ont décidé de réengager leurs troupes vers Salonique, aujourd'hui Thessalonique, en Grèce, face aux troupes allemandes et bulgares.

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“Plus de 300 000 poilus ont combattu ici avec bravoure, loin de leurs terres et ils eurent à souffrir d'un manque de reconnaissance après guerre”, décrit Geneviève Darrieussecq, la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, présente pour cette inauguration. “Ici dans ce cimetière, à Bitola, il y a quand même 16 000 morts français sur les 70 000 qui ont perdu la vie sur le front d'Orient. Ce mémorial est un petit endroit, mais il est très intéressant pour les familles, les touristes de passage et pour les Macédoniens. Cela a été très dur pour les soldats, mais aussi pour la population civile. Bitola, c'est le Verdun des Balkans”, ajoute-t-elle.

Le musée ne compte en effet que deux pièces. Dans la première, sont présentés de magnifiques clichés des frères Manaki, deux photographes de Bitola qui ont tiré le portrait de soldats français, mais qui ont aussi témoigné des souffrances de la population locale. La ville, appelée à l'époque Monastir et située sur la ligne de front, a été quasiment détruite pendant la Première Guerre mondiale. Dans la seconde salle, ce sont 14 silhouettes de poilus qui font face aux visiteurs. Cette scénographie sobre, imaginée par le mémorial de Caen, qui a collaboré à l'édification de ce lieu de mémoire, présente des parcours individuels. Des soldats venus de France, mais aussi des tirailleurs sénégalais, malgaches ou encore maghrébins.

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“Nous avons suivi ses pas”

Ces portraits sont complétés par des objets et des documents d'époque. Une dizaine de familles de descendants de soldats ont apporté leur aide lors de la conception. C'est le cas des enfants et des neveux de René-Marie Castaing, un poilu originaire de Pau. Ce téléphoniste du 1er régiment d'artillerie de campagne a rejoint le front d'Orient en 1917. Cent ans après, ses proches n'auraient manqué cette cérémonie pour rien au monde. “Cela a un côté surréaliste de voir son portait ici. C'est très émouvant”, raconte sa fille Marie-José. “J'avais quatre ans quand il est mort, c'est une façon de le rencontrer de nouveau”. “Nous avons avons suivi ses pas depuis Thessalonique où il a débarqué en 1917 jusqu'ici. C'est une fierté de le voir dans ce mémorial. Il y en a tellement qui auraient pu être représentés ici. Ils l'auraient tous mérité”, ajoute sa cousine Marie-Thérèse.

Petit fils du général Guespereau, un officier du régiment de marche de spahis marocains, qui a pris la ville d'Uskub (aujourd'hui Skopje, la capitale macédonienne)  en septembre 1918, Gilles Guespereau a lui aussi fait le déplacement pour l'occasion. “Ces soldats ont été héroïques, il faut le dire”, estime-t-il. “Il faut aller voir dans les montages de Macédoine pour se rendre compte du tour de force que cela a été de les traverser. Mes petits enfants qui portent le même nom sont fiers de ce passé”.

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L'ambassadeur de France en Macédoine Christian Thimonier espèrent que davantage de Français suivront cet exemple et feront ce pèlerinage sur le front d'Orient . “Nous avons lancé cette idée d'une route du souvenir de Salonique à Belgrade. Elle est ponctuée par des musées, comme celui-ci à Bitola, ou la maison du souvenir inauguré dans le cimetière français de Skopje. Il ne s'agit pas de faire le tour des nécropoles, mais de retrouver ces lieux. Il y aussi un patrimoine à découvrir en Macédoine, ainsi que des paysages et même une gastronomie”.

Ce petit pays des Balkans sera également à l'honneur à l'automne, lors de la fin du centenaire. C'est en effet ici, en septembre 1918, que la rupture du front après une offensive des forces alliées, a précipité la défaite des Empires centraux. “Ces armistices signées à l'automne avec la Bulgarie, l'empire ottoman et austro-hongrois ont été décisifs. Ils ont préfigurées le 11 novembre”, résume Geneviève Darrieussecq. “La Grande Guerre, ce fut aussi le front d'Orient”.

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