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"Mort" de Babchenko : mauvaise nouvelle pour les médias à l'heure des fake news

Arkadi Babchenko au sein de sa rédaction à Kiev, le 31 mai 2018.
Arkadi Babchenko au sein de sa rédaction à Kiev, le 31 mai 2018. Genya Savilov, AFP

À l'heure des "fake news", la fausse mort du journaliste russe Arkadi Babchenko fait redouter aux médias des difficultés toujours plus importantes pour lutter contre la propagande et la désinformation.

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Nombre de médias ont déploré la mise en scène ukrainienne de la fausse mort du journaliste russe Arkadi Babchenko. Ce rebondissement digne d’un roman d’espionnage risque de nourrir la défiance à leur égard, regrettent certains d'entre eux.

Vingt-quatre heures après l'annonce de sa mort par les autorités ukrainiennes, relayée par la presse du monde entier, le journaliste russe critique du Kremlin est réapparu mercredi 30 mai en pleine conférence de presse, expliquant que cette mise en scène visait à prévenir une tentative d'assassinat le visant.

"Pour faire échec à un attentat présumé contre Arkadi Babchenko, fallait-il passer par pareille supercherie ?", s'interroge toutefois Philippe Leruth, président de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) qui compte 600 000 membres dans 146 pays.

"Grave atteinte à la crédibilité de l'information"

"En répandant faussement la nouvelle de son assassinat, les autorités ukrainiennes ont gravement porté atteinte à la crédibilité de l'information, et leur communication court le risque d'être prise pour une opération de propagande", déplore-t-il.

De nombreux journalistes ont twitté leur agacement, à l'instar de Lindsey Hilsum, journaliste de la chaîne britannique Channel 4 : "Donc maintenant, à chaque fois qu'un journaliste est assassiné, les responsables vont lâcher leurs propagandistes et leurs robots pour dire que c'est une fake news. Merci les services de sécurité ukrainiens, c'est très utile pour tous ceux qui se préoccupent de la sécurité des journalistes."

Une question qui est également soulevée par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une ONG basée à New York, qui juge que "cette mesure extrême peut potentiellement miner la confiance du public envers les journalistes et nettement réduire l'indignation quand ils sont tués".

"De nombreuses voix, notamment dans le milieu journalistique, estiment que ce stratagème était une mauvaise idée à l'heure où la lutte contre les fausses informations est quotidienne et où les vraies informations sont requalifiées en fake news à chaque fois qu'un homme politique, de Washington au Kremlin, y trouve son intérêt", insiste aussi le New York Times.

"Pain bénit pour les complotistes"

Le quotidien français Le Monde redoute, dans un éditorial, que cette mise en scène ne "donne du grain à moudre aux fanatiques des théories du complot et autres pourfendeurs des médias et des journalistes, nombreux à triompher sur les réseaux sociaux mercredi".

"Rien ne comble plus d'aise les adeptes des fake news que de voir les médias classiques pris au piège de ces fausses informations, que nous mettons tant d'énergie à combattre", regrette le journal.

"Cela donne le sentiment que les journalistes peuvent être de connivence avec les services secrets. C'est du pain bénit pour les paranoïaques et complotistes de tout poil. À un moment où la confiance dans l'information est tellement altérée, un État qui joue ainsi avec la vérité rend la situation encore plus compliquée", abonde le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire.

Avec AFP

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