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Aux États-Unis, la #Résistance s'organise contre Donald Trump

Une bannière affichant l'appel à "résister" à Trump a été déployée près de la Maison Blanche par des membres de Greenpeace, le 25 janvier 2017, soit cinq jours après l'investiture de Donald Trump.
Une bannière affichant l'appel à "résister" à Trump a été déployée près de la Maison Blanche par des membres de Greenpeace, le 25 janvier 2017, soit cinq jours après l'investiture de Donald Trump. Saul Loeb, AFP (archives)

Dès le lendemain de l'élection de Donald Trump à la présidence, ceux qui refusent de voir l'ex-magnat à la Maison Blanche se sont retrouvés sous une bannière baptisée "Résistance". Une bataille qui se mène avant tout sur les réseaux sociaux.

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L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2017 a permis de tisser des liens de complicité entre des personnes de tous bords qui s’opposent à sa politique. Il y a les militants de gauche, les écologistes, les activistes LGBTQ, bien sûr, mais aussi des républicains de longue date, des anciens combattants et des anciens membres des services secrets. Des démocrates et des républicains estampillés "Jamais Trump" se sont trouvés sur un même terrain de contestation.

Ils fustigent la façon dont Donald Trump fait usage de son pouvoir, dans laquelle ils voient une menace pour les institutions et les règles démocratiques américains : une presse libre et forte, la sacro-sainte séparation des pouvoirs inscrite dans la Constitution, et des responsables de la sécurité nationale qui prennent des décisions hors de toute considération partisane. Pour défendre ces valeurs, ils sont prêts à remettre à plus tard les batailles politiques.

Pour la plupart de ces personnes, l’enquête de Robert Mueller, le procureur spécial chargé d’examiner les liens présumés entre le gouvernement russe et l’équipe de campagne de Donald Trump, relève d’une démarche salutaire et non d’une "chasse aux sorcières" ou d’un "canular", comme l’affirme le locataire de la Maison Blanche.

L’opposition à Trump réunit "une vaste coalition allant de la gauche à la droite en passant par le centre, tous ceux pour qui le respect de la loi prévaut. Ils partagent des informations et s’encouragent mutuellement. Ils scrutent les faits et gestes du président Trump et de son entourage", affirme Norman Eisen, qui a été conseiller spécial de Barack Obama sur les questions d’éthique et siège actuellement au conseil d'administration de Citizens for responsibility and ethics in Washington (Crew, Citoyens en faveur de la responsabilité et de l’éthique à Washington). Cette association, qui surveille les actions du gouvernement, a compilé des dizaines de plaintes accusant des membres de l’administration Trump, y compris le président lui-même, d’avoir accepté de l’argent de gouvernements étrangers.

Un autre haut responsable de Crew, Richard Painter, ancien conseiller républicain de George W. Bush sur les questions éthiques, critique ouvertement l’actuel gouvernement. Il se présentera en novembre sous les couleurs démocrates aux élections sénatoriales de mi-mandat dans l’État du Minnesota. À l'annonce de sa candidature, en avril, Richard Painter expliquait à la presse comment le GOP (Grand Old Party, surnom donné au parti républicain), avait laissé au bord du chemin des républicains comme lui. "Les républicains exigent que leurs candidats soient loyaux envers le président Trump, dit-il, je n’ai pas envie de vivre dans cette Amérique-là, ni d’y élever mes enfants." Dans un tweet publié le 28 mai, il interroge ses électeurs : "Voulez-vous vivre en démocratie, oui ou non ? Quiconque vote pour un candidat qui soutient ce président, ses abus de pouvoir et son refus d’adhérer à la Constitution, dit non à la démocratie."

Le mouvement rassemble, au-delà des sympathisants du parti démocrate et des républicains en colère, des personnes qui se disaient auparavant apolitiques, et qui s’impliquent désormais dans le débat. Le mouvement est parfois décrit comme "diffus, sans leader et sans cohérence", mais il a le mérite de ratisser large. "Quand le mouvement #TheResistance a débuté, nous cherchions à organiser une opposition large et vigoureuse à Donald Trump, à son entourage corrompu et à sa politique qui finira tôt ou tard par toucher les Américains dans leur vie quotidienne", écrit Grant Stern, qui est à la fois courtier immobilier et animateur de radio, dans un échange d'emails.

Des millions dans les rues

À ce jour, la Marche des Femmes reste la manifestation visible, tangible, la plus importante organisée par l’opposition à Donald Trump. En janvier 2017, au lendemain de l’investiture, des millions de gens – entre 3,2 et 5,2 millions, selon les estimations – sont descendus dans les rues des grandes villes du pays pour dénoncer le sexisme du nouveau locataire de la Maison Blanche. Dans l’histoire des États-Unis, jamais autant de personnes ne s’étaient rassemblées en une journée pour une manifestation. Unan plus tard, en janvier 2018, les organisatrices ont réitéré leur appel et réuni des dizainesde milliers de manifestants dans les villes américaines. Durant la première année du mandat de Donald Trump, plus de 6 400 rassemblements contre le président et sa politique ont été organisés à travers le pays, avance le Crowd counting consortium, une organisation qui compte les manifestations politiques aux États-Unis et leurs participants. Plus de 6 000 groupes se sont créés sous la dénomination "Indivisibles" pour mobiliser les opposants au niveau local. À titre de comparaison, le Tea Party avait suscité, au plus fort de la contestation de droite contre Barack Obama, la création de 800 à 1 000 groupes actifs, selon les chiffres de L.A. Kauffman, historienne des mouvements sociaux.

Quelques avancées ont été enregistrées et des batailles gagnées, notamment la vaste mobilisation contre l’abrogation de l’ObamaCare, qui a porté ses fruits, le départ de Steve Bannon de la Maison Blanche, et des victoires électorales remportées dans des États traditionnellement républicains, comme l’Alabama.

Guerre des "fake news"

La bataille se mène aussi au quotidien sur les réseaux sociaux. Les mots-dièses #TheResistance et #Resist sur Twitter sont devenus le moyen de partager des informations et de se reconnaître entre opposants à Trump. Autre sigle de ralliement très utilisé : #FBR pour "follow-back resistance" ("suivez la résistance"). Est également utilisé le logo de la rébellion dans "Star Wars". Quant à l’emoji "vague bleue", il signifie le souhait de voir une vague bleue démocrate déferler aux prochaines élections.

Le logo officieux des opposants à Trump, empruntée à l'imagerie de la saga Star Wars. Wikimedia Commons

Les échanges d’informations sur les réseaux sociaux attirent aussi les pro-Trump. De nombreux comptes, dont beaucoup sont anonymes, phagocytent les mots-dièses anti-Trump pour diffuser des idées en faveur de l’actuelle administration. Par exemple, ils peuvent détourner des hashtags pour disperser la mobilisation : si une #MarchForJustice est organisée, des "trolls" pourraient publier de fausses informations sous le mot-dièse #March4Justice. Selon un ancien responsable du contre-espionnage au sein de la NSA (Agence de sécurité nationale), John Schindler, les services du Kremlin ont l’habitude d’investir les réseaux sociaux pour détourner le débat. Les appels à la "Résistance" sont gangrénés par des "agents provocateurs" suivant la tactique de "l’espionnage russe", dit-il.

En 2016 déjà, une partie de l’élection présidentielle s’est jouée sur les réseaux sociaux. La diffusion de "fake news" et les campagnes de désinformation ont influencé le débat.

Contrer cette désinformation est un travail à lui seul, explique Scott Dworkin, cofondateur de la Coalition démocratique, qui se targue d’être la "plus importante organisation de Résistance". "Nous combattons les influences étrangères en ligne. Nous débusquons les cyberattaques qui détournent un mot-dièse avec un autre. Nous traquons les théories complotistes. Et agissons aussi vite que possible contre les 'fake news'", explique-t-il dans un entretien à France 24.

“Les réseaux sociaux brassent tout et son contraire, puisque tout le monde les utilise", analyse Richard Rosendall, longtemps militant de la cause homosexuelle et éditorialiste au Washington Blade, journal LGBT à Washington. "Il y a beaucoup de désinformation et de robots sur Twitter. Mais les réseaux sociaux sont des outils d'organisation essentiels pour une réponse rapide, ils sont donc indispensables à la résistance."

La guerre de l’information n’a pas échappé à Donald Trump, qui dispense sur Twitter ses accusations envers l'"État souterrain", appellation par laquelle il discrédite les agents du FBI, de la CIA et du ministère de la Justice qui traquent les faux pas présidentiels. "Dans cette guerre, Twitter et Facebook sont des champs de bataille que l’on doit investir, pour que la vérité éclate. Nous devons investir dans la contre-propagande et alerter la population sur les ravages de la présidence Trump", expliquent des responsables de Stand Up Republic. Cette organisation a été cofondée notamment par Evan McMullin, ex-agent de la CIA et ancien candidat indépendant face à Donald Trump à la présidentielle de 2016. Evan McMullin est suivi par 450 000 personnes sur Twitter, où il publie des déclarations coups de poing contre l’administration Trump.

Même préoccupation d’investir le champ des réseaux sociaux pour Olga Lautman, qui enquête de façon indépendante sur les liens supposés entre Donald Trump et la mafia russe : selon elle, la "Résistance" est un mouvement né parmi les citoyens, dont la responsabilité est de combattre sans faiblir les "fake news" et la désinformation. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’Olga Lautman a rejoint Twitter en juillet 2016 : elle suit de près les informations "très alarmantes" provenant de médias russes et ukrainiens. "Dès la fin 2016, j’ai commencé à faire des recherches sur le magnat de l’immobilier qu’est Donald Trump. Ses connections avec des dirigeants russes, des membres de la mafia et des oligarques sont établies depuis des décennies. Twitter me permet de rendre visible ces recherches et d’échanger avec les personnes soucieuses de comprendre ce qui se passe", explique Olga Lautman, qui est suivie par 81 000 personnes sur Twitter.

La ligne rouge

De même, les membres actifs de la "Résistance" sur Twitter comptent sur la mobilisation populaire si jamais Donald Trump franchit la ligne rouge, par exemple s’il renvoyait le procureur spécial Robert Mueller ou Rod Rosenstein, procureur général adjoint des États-Unis, qui supervise l’enquête sur l'ingérence russe dans la présidentielle.

"Si Donald Trump se place au-dessus des lois et met à la porte les personnes qui sont officiellement chargées d’enquêter sur lui, Twitter sera un lieu essentiel de mobilisation", explique Seth Abramson, professeur à l’université de New Hampshire, qui publie de longues suites de messages sur Twitter pour détailler les ramifications des investigations de Robert Mueller. D’ailleurs, le réseau de messagerie est sur le qui-vive : selon Norman Eisen, plus de 350 000 personnes se disent prêtes à descendre dans la rue, si Trump venait à désavouer Mueller ou Rosenstein.

Et si Twitter est un moyen de mobiliser les adversaires de Trump, c'est également un lieu, protégé juridiquement, où interagir avec le président américain. Donald Trump a en effet été rappelé aux règles élémentaires de sa fonction, après qu’il a bloqué l’accès à ses tweets à plusieurs personnes, et notamment à Holly Figueroa O’Reilly, créatrice du Blue Wave Crowdsource, un mouvement de soutien politique et financier aux candidats démocrates.

Holly Figueroa O’Reilly s’en est remis à la justice : elle estimait que non seulement elle n’avait plus accès à l’un des plus importants canaux de communication du président, mais qu’elle ne pouvait plus faire entendre sa voix. "Quand le président bloque quelqu’un qui désapprouve sa politique, non seulement il entrave le droit de cette personne à s’adresser au gouvernement et d’accéder à des informations le concernant, mais il purge aussi le débat public des voix dissidentes", écrit Holly Figueroa O’Reilly dans une tribune publiée par The Guardian.

En plaidant la violation du sacro-saint 1er amendement de la Constitution américaine, la militante démocrate a obtenu gain de cause devant la justice, fin mai 2018. La cour fédérale a statué en sa faveur et établi une nouvelle jurisprudence : "Twitter est un lieu de débat public", et à ce titre, un président américain ne peut pas empêcher un citoyen d’avoir accès à son compte Twitter.

"Personne n’est au-dessus de la loi, pas même le président", commente Holly Figueroa O’Reilly, interrogée par France 24.

Ceux qui gravitent hors de la "Résistance"

L’opposition sur Internet ne se résume pas aux mots-dièses #TheResistance ou #Resist. Certains ne s’y identifient d’ailleurs pas, tout en étant les premiers à porter un regard critique sur Donald Trump. Par exemple Seth Abramson, avocat et vigie sur Twitter des derniers rebondissements de l’enquête de Robert Mueller. "Je n’utilise jamais le terme de 'Résistance', parce que c’est réducteur et que cela minimise notre action : nous n’opposons pas uniquement une résistance à des valeurs et des pratiques que nous détestons, nous travaillons pour la promotion de valeurs et de pratiques que nous aimons, et sur lesquelles la nation repose depuis des décennies", explique-t-il à France 24.

Seth Abramson rejette également l’idée qu’il existe une communauté de résistants : "Il n’y a pas de résistance constituée, mais un large horizon d’Américains qui sont déterminés à aimer notre pays malgré ce qu'il s'inflige au quotidien".

"Je suis même très sceptique vis-à-vis de ce qu’on appelle la 'Résistance', qui rassemble surtout des démocrates – ce que je ne suis pas", ajoute John Schindler, l'ancien agent de la NSA. Lui-même se définit comme une personne de sensibilité républicaine – une "anomalie" au milieu des opposants à Trump, rit-il. "Depuis 2016, j’ai averti les membres du GOP sur les relations de longue date que Donald Trump avait nouées avec le Kremlin", rappelle-t-il.

Bientôt l'impeachment ? Pas si vite

L’enquête de Robert Mueller concentre les espoirs de voir Donald Trump écarté du pouvoir, ou du moins, avec des pouvoirs réduits (un "lame duck", ou "canard boiteux") pour le reste de son mandat. Viser à tout prix la procédure de destitution, le fameux "impeachment", ne fait cependant pas l’unanimité.

"Que justice soit rendue, voilà le but", se prononce Grant Stern. "Est-ce que cela doit passer par la destitution et le renvoi de Donald Trump ? Parfait."

D’après Grant Stern, "sans même essayer de prédire les conclusions de l’enquête de Mueller, Donald Trump a déjà cumulé deux erreurs qui ont valu à Richard Nixon d’être destitué de son mandat : l’obstruction de la justice et l’abus de pouvoir", écrit-il par mail.

D’autres figures de l’opposition préfèrent attendre. L’enquête de Robert Mueller s’avère extrêmement complexe. Elle doit tirer des informations d’un pays étranger, la Russie, cela peut prendre des années. Le scandale du Watergate, qui était une affaire uniquement nationale, avait nécessité deuxannées pour être démêlé.

"Je ne discuterai pas d’une procédure de destitution tant que les conclusions de Robert Mueller ne seront pas rédigées et publiées", affirme Norman Eisen, l'ancien conseiller de Barack Obama sur les questions d’éthique.

Le but immédiat pour les démocrates est d’abord de gagner la majorité des sièges au Sénat et à la Chambre des représentants, lors des élections de mi-mandat, en novembre prochain. La victoire devra être large. Il faut en effet deux-tiers des voix du Sénat pour voter une procédure d’"impeachment".

Adapté de l'anglais par Priscille Lafitte. Cliquez ici pour lire l'original.

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