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Moyen-Orient

Irak : une Française condamnée à la perpétuité pour appartenance à l'EI

© AFP | Mélanie Boughedir lors de son premier procès, en février 2018.

Vidéo par Sophie SAMAILLE

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 04/06/2018

La Française Mélina Boughedir a été condamnée dimanche à la prison à perpétuité par un tribunal irakien pour appartenance au groupe jihadiste État islamique (EI). Une décision judiciaire dont le Quai d'Orsay a pris acte et respecte.

Elle encourait la peine de mort, ce sera finalement la prison à vie. Selon un journaliste de l’AFP présent au procès, la Française Mélina Boughedir a été condamnée dimanche 3 juin par un tribunal irakien à la prison à perpétuité pour appartenance au groupe jihadiste État islamique (EI).

"On échappe à ce que l'on craignait le plus : la peine de mort", a réagi dimanche sur France 24, depuis l'Irak, Vincent Brengarth, l'un des avocats de Mélina Boughedir. "Cela reste une peine extrêmement lourde", a-t-il ajouté en dénonçant une procédure "qui n'a pas respecté les garanties d'un procès équitable". "Le Quai d’Orsay était probablement le quatrième juge", a, en outre, commenté l'avocat sur Twitter.

"Nous notons que la procédure judiciaire n'est pas achevée et suivra son cours, tant par nouvel appel de la Cour de cassation, comme c'est automatiquement le cas s'agissant de condamnation pour terrorisme en droit irakien, que sur recours de Mme Boughedir elle-même si elle le souhaite", a déclaré le ministère des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, interrogé par l'AFP. "La France continuera de respecter la souveraineté des juridictions irakiennes et le déroulement indépendant des procédures judiciaires."

En février, la même Cour pénale centrale de Bagdad avait ordonné la libération et l'expulsion de la jeune femme de 27 ans. Les juges avaient estimé qu'elle n'avait à répondre que d'"entrée illégale" en Irak et avaient prononcé une peine de sept mois, alors déjà purgée. Depuis, la Cour de cassation irakienne a ordonné un nouveau procès, cette fois-ci pour appartenance à un groupe terroriste, crime passible de la peine de mort, que l’accusé ait combattu ou non.

William Bourdon, autre avocat de Mélina Boughedir, avait dénoncé samedi l’ingérence de Jean-Yves le Drian dans le dossier. Il existe de "lourdes interrogations sur les pressions qui auraient été exercées par la France pour provoquer un nouveau procès", affirme-t-il.

Jeudi, le ministre français des Affaires étrangères avait décrit Mélanie Boughedir comme une "terroriste de Daech qui a combattu contre l'Irak" et appelé ce pays à la juger, tout en réitérant son refus de la peine de mort. La famille et la défense plaidaient, eux, pour qu'elle rentre en France où "un juge d'instruction a signifié par un mandat d'arrêt qu'il souhaitait la voir dans son bureau", affirme Me Bourdon.

>> À lire aussi : Aller-retour pour le califat : ces Françaises au service de l'EI

En France, la jeune femme est visée par un mandat de recherche délivré dans le cadre d'une information judiciaire, ouverte à Paris le 2 août 2016, pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", selon une source judiciaire.

"Il y a un antagonisme inédit entre le pouvoir politique français et la justice", relevait Me Bourdon, dans une lettre ouverte adressée samedi à Jean-Yves Le Drian. Dans cette missive consultée par l'AFP, les trois avocats de la Française jugée en Irak dénonçaient une "volonté à tout prix, et au sacrifice des principes fondamentaux, que (leur) cliente ne revienne pas" et une "ingérence inacceptable".

Après un premier jugement, dont la clémence tranchait avec le sort habituellement réservé aux étrangers accusés d'avoir rejoint l'EI, la Cour de cassation avait estimé que Mélina Boughedir avait suivi "en connaissance de cause" son mari.

Cette mère de quatre enfants, dont trois rapatriés en France, avait été arrêtée durant l'été 2017 à Mossoul (nord), ancienne "capitale" irakienne de l'EI, alors que son mari, lui aussi français, passe pour mort.

Quelques dizaines de Français soupçonnés d'avoir rejoint l'EI, sont actuellement retenus en Irak et en Syrie avec plusieurs dizaines de mineurs, selon une source proche du dossier. Une autre Française, Djamila Boutoutaou, a été condamnée en avril à la perpétuité par la justice irakienne. Elle a plaidé avoir été dupée par son mari.

Avec AFP

Première publication : 03/06/2018

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