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Réforme de l’audiovisuel public : une "BBC à la française" se dessine

Image d'illustration.
Image d'illustration. Joël Saget, AFP

Numérique, synergies et polyvalences. Voici les trois mots clés à retenir de la réforme de l’audiovisuel public présentée lundi par la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Cette refonte semble tout droit s’inspirer du modèle de la BBC.

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En février dernier, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, avait pourtant été formelle : la constitution d’une "BBC à la française" - soit la fusion des médias de l’audiovisuel public dans une entreprise unique, n’était pas privilégiée "à ce stade". "Nous préférons des méthodes souples d’organisation qui favorisent la mise en œuvre rapide des réformes", avait-elle argué alors que la réforme de l’audiovisuel public était encore dans les tuyaux. Mais les pistes annoncées lundi 4 juin, rue de Varenne, laissent entrevoir beaucoup de ressemblances avec le modèle du service public outre-manche :

  • "Un média global"

"Mon ambition est de créer un média global à vocation universelle", a affirmé lundi 4 juin Françoise Nyssen, qui a également ajouté que "les synergies entre sociétés [du groupe, NDLR] vont se développer, pour permettre à l'audiovisuel public d'innover, de gagner en performance et en visibilité". En clair, la ministre de la Culture mise sur l’association des médias et des métiers, en appelant notamment France 3 à combiner ses forces avec les radios locales de Radio France. Françoise Nyssen a notamment annoncé dans un entretien publié sur le site du Monde "une matinale commune" entre la radio et la chaîne de télévision dans deux grandes villes.

L’idée de "media global" s’inspire directement du modèle public britannique. BBC News s’articule autour d’une chaîne de télévision numérique, d’un site Internet et d’une application smartphone qui cartonnent : en moyenne, 76 millions de personnes visitent le site chaque mois. La création d'une "BBC à la française", terme employé par Emmanuel Macron pendant sa campagne, a en fait déjà commencé depuis 2015 avec la chaîne Franceinfo, qui s'appuie à la fois sur France Télévisions, Radio France et France 24. Ce regroupement doit permettre à terme de recentrer les moyens sur les contenus, et notamment le numérique.

  • Miser sur le numérique

Qui dit contenu, dit contenu web. La France entend rattraper son retard en la matière alors que France Télévisions ne consacre que 3 % de son budget au numérique, contre 12 % pour la BBC, selon le spécialiste des médias Renaud Revel. L’offre proposée par la ministre de la Culture est ambitieuse : une plateforme commune à tous les médias publics de décryptage de fausses nouvelles (lancée à partir de mercredi sur le site de Franceinfo), un nouveau média des arts et de la culture rassemblant des centaines d'heures de captation, des podcasts, des webséries à partir des offres des six sociétés (disponible à la fin du mois de juin) ; et une offre jeunesse commune à Radio France, France Télévisions et France Médias Monde avec des formats courts et innovants.

Pour lutter contre l'éparpillement des programmes et améliorer leur visibilité, la fin de la chaîne France 4 dans sa diffusion hertzienne est d'ores et déjà actée par le gouvernement, qui souhaite le lancement d'une offre numérique éducative réunissant les contenus des différentes entités, sur le modèle de la BBC. La chaîne britannique dispose en effet d’une longueur d’avance avec son player qui dépassait en janvier dernier les 300 millions de pages vues. Un chiffre bien loin de ceux des services de rediffusion des chaînes gratuites de la TNT française. Résultat : le gouvernement plaide aussi pour la création d’un portail de vidéos à la demande (VOD) proposant au public l’ensemble des contenus de France Télévisions, mais pas uniquement.

  • La redevance

Le projet de gouvernance unique de l'audiovisuel public ou la réforme des modes de financement - et donc la révision de la redevance - ne seront pas tranchés par l'exécutif avant 2019. Il faudra encore attendre pour savoir si l’idée d’une redevance universelle est retenue par le gouvernement. Il s’agit de faire payer tous les Français, y compris ceux qui n’ont pas de télécommande, la somme de 100 euros. Aujourd’hui, elle est fixée à 139 euros, mais n’est payée que par ceux qui déclarent avoir un téléviseur chez eux. Et 65 % des Français y seraient favorables, selon un sondage Ifop de janvier dernier. À titre d’exemple, le budget de France Télévisions, qui compte 17 000 salariés, repose sur la redevance à 87 %, contre environ 13 % pour la publicité et le parrainage.

Une fois encore, la comparaison est inévitable avec le voisin, qui propose un bouquet de chaînes de télévision, des radios et une chaîne internationale, BBC World News, le tout sans publicités ou presque, et pour la modique somme de 164 €. Cependant, le principe est quelque peu différent de la tendance française : chaque Britannique qui regarde une émission de la BBC doit s’acquitter de la redevance (164 €/an), quel que soit l’écran utilisé et quel que soit le mode de diffusion (linéaire ou à la demande). Un montant qui équivaut à 431,5 milliards d’euros en 2017 (contre 560 millions d’euros par an pour l’audiovisuel public français). Mais la BBC arrive à gagner beaucoup d'argent en vendant hors de ses frontières ses programmes phares comme la série "Top of the Lake" de Jane Campion ou le magazine automobile "Top Gear".

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