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Sommet Donald Trump et Kim Jong-un, un chemin semé de tweets

© Nicholas Kamm, AFP | le président américain Donald Trump doit retrouver le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à Singapour le 12 juin

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 11/06/2018

La genèse du sommet historique prévu le 12 juin entre le président américain, Donald Trump, et le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, passe par un flot incessant de tweets menaçants et un improbable retournement de situation diplomatique.

En septembre 2017, personne n’aurait misé sur la tenue, près d’un an plus tard, d’un sommet historique et porteur d’espoir de paix entre le président des États-Unis, Donald Trump, et l’homme fort de la Corée du Nord, Kim Jong-un, prévu le 12 juin à Singapour.

Les deux chefs d’État en étaient alors encore à échanger des insultes par médias interposés. Les tensions entre les deux pays étaient à l’image des tweets fort peu diplomatiques que Donald Trump enchaînait.

“Sénile” vs “chiot fou”

Le président américain avait décoché sa première flèche, le 17 septembre, en qualifiant Kim Jong-un de “rocketman” (homme fusée) sur son réseau social favori. Une familiarité teintée de condescendance qui ne retenait du dirigeant nord-coréen que sa dimension menaçante de lanceur de missiles. Deux mois après l’essai réussi d’un missile balistique nord-coréen – capable en théorie d’atteindre le sol américain –, le message de Donald Trump était clair : Kim Jong-un est avant tout un danger qu’il faut neutraliser.

Pyongyang accusait réception quelques jours plus tard… sur le même ton. Kim Jong-un mettait en cause la santé mentale de son homologue américain, utilisant une expression que l’agence de presse officielle nord-coréenne avait eu du mal à traduire. Elle s’était servie d’un terme peu usité – “dotard” – qui correspond à “un état de sénilité marquée par le déclin des capacités mentales”, d’après le dictionnaire en ligne Merriam-Webster.

Retour à la case Twitter pour Donald Trump qui avait peu goûté l’allusion à son âge. Il avait alors suivi les préceptes du philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui, dans l’ultime stratagème de son livre “L’art d’avoir toujours raison”, préconise d’être “personnel, insultant et malpoli”. “Pourquoi Kim Jong-un m’insulte en me traitant de vieux, alors que je ne dirais jamais qu’il est ‘petit et gros’ ?”, ose le locataire de la Maison Blanche. Pour ne pas être en reste dans le registre psychiatrique, il avait ajouté que la Corée du Nord était dirigé par un “fou” qui “affame et tue ses concitoyens” sans ciller.

En novembre, l’escalade verbale avait cédé la place à une nouvelle provocation balistique nord-coréenne. Le régime procédait alors au lancement d’un nouveau type de missile qui a mis, en théorie, tout le territoire nord-américain à portée de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.

Donald Trump avait promis, en août, de déclencher le “feu et la fureur” sur la Corée du Nord si Kim Jong-un persistait dans ses démonstrations de force nucléaire. Il s’exécute… sur Twitter et dans les médias.  Il déclenche un feu nourri de nouvelles insultes : “rocket man” devient “little rocket man”, et, dans la bouche du président américain, Kim Jong-un ne vaut pas mieux “qu’un chiot fou” (“sick puppy”).

Des tweets injurieux comme stratégie diplomatique ?

La joute verbale s’est poursuivie en 2018, l’année s’ouvrant sur une guerre des boutons. Dans son discours à la nation, Kim Jong-un avait assuré avoir toujours le bouton nucléaire à portée de main pour lancer des missiles capables d’atteindre les États-Unis. Donald Trump avait rétorqué que son “bouton est plus gros, plus puissant et que [le sien] fonctionne”.

L’horizon diplomatique ne semblait donc pas se dégager. Mais c’était sans compter avec les Jeux olympiques de Corée du Sud en février. Ils ont été le théâtre d’un rapprochement entre les deux Corées – une équipe commune de hockey et la visite de la sœur de Kim Jong-un aux autorités sud-coréennes –, qui a ouvert la voie au sommet intercoréen d’avril.

Un air de détente flottait donc sur la péninsule coréenne et Donald Trump comptait bien y être associé. Il a demandé au président sud-coréen, Moon Jae-in, de souligner lors de sa rencontre avec Kim Jong-un, le rôle de Washington dans ce succès diplomatique. Séoul, en bon allié des États-Unis, s’est exécuté.

Le ton a aussi changé sur Twitter. Oublié les noms d’oiseau, le leader nord-coréen a de nouveau eu droit à son nom complet dans les tweets de Donald Trump. Lorsque la nouvelle du sommet entre le président américain et le dirigeant nord-coréen est tombée, le 9 mars, c’est un Donald Trump tout en retenue qui a remercié Kim Jong-un et l’a félicité pour son initiative.

Le locataire de la Maison Blanche n’a pas tardé à souligner à quel point son approche de la crise nord-coréenne a eu davantage de succès que celle de ses prédécesseurs. Sur ce point, les avis divergent. Certains critiques virulents de la politique extérieure de Donald Trump reconnaissent que le mélange entre sanctions économiques renforcées et menaces a porté ses fruits. “L’ouverture de la Corée du Nord durant les Jeux olympiques, le sommet intercoréen et la possibilité d’une rencontre entre Trump et Kim résultent en grande partie de l’approche du président américain”, a assuré au Washington Post Ian Bremmer, directeur de l’Eurasia Group.

Le rôle de Séoul

Cette approche a même un nom : la “théorie du fou”, popularisé par le président américain Richard Nixon, au début des années 1970. Il s’agit de faire croire à l’imprévisibilité de la politique extérieure américaine pour inciter les parties à rejoindre la table des négociations en position de force. Les outrances de Donald Trump sur Twitter auraient, en fait, été un coup de maître diplomatique.

C’est lui accorder beaucoup de crédit, suggère au Washington Post Charles K. Armstrong, expert de la péninsule coréenne à l’université de Columbia. Pour lui, les Nord-Coréens n’auraient jamais pris les menaces américaines au sérieux, et étaient convaincus que les généraux empêcheraient le président américain d’appuyer sur son “gros bouton”.

Ceux qui minimisent le rôle de Donald Trump dans le changement d’attitude de Pyongyang soulignent, en revanche, celui du président sud-coréen. Moon Jae-in aurait profité de l’attitude agressive des États-Unis pour jouer le rôle du bon flic en tendant la main à Kim Jong-un, suggère le site The Atlantic. “Il a pris d’importants risques politiques en faisant le premier pas et il a été récompensé”, note l’article.

Enfin, d’autres suggèrent que les démonstrations de force des uns et la politique des bras ouverts des autres ne sont que secondaires. Ce serait une catastrophe naturelle qui a poussé Kim Jong-un sur le chemin de la diplomatie. À l’automne 2017, la montagne où se trouvait le principal site nord-coréen de tests nucléaires s’est effondrée après une nouvelle explosion due aux expériences menées par les scientifiques nord-coréens, ont affirmé deux équipes de scientifiques chinois. L’incident, qui n’a pas été confirmé par Pyongyang, aurait obligé le régime à arrêter son programme nucléaire. À court d’option, Kim Jong-un aurait alors décidé de tenter l’aventure diplomatique.

Première publication : 10/06/2018

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