Pakistan: l'armée nie être impliquée dans le bref enlèvement d'une éditorialiste

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Islamabad (AFP)

L'armée pakistanaise nie avoir participé à l'enlèvement de l'éditorialiste Gul Bukhari, critique des militaires, qui avait disparu plusieurs heures mardi soir à Lahore, la deuxième ville du pays, avant d'être libérée.

"L'armée n'est pas derrière le kidnapping de Gul Bukhari", a déclaré son porte-parole, le général Asif Ghafoor, vendredi soir à un groupe de journalistes. "Nous voulons une enquête approfondie sur cette affaire", a-t-il poursuivi.

Gul Bukhari, 52 ans, connue pour défendre les droits de l'homme et dont les éditoriaux sont souvent critiques de l'armée et de ses agissements, avait été enlevée alors qu'elle se rendait à une chaîne de télévision pour s'y exprimer dans une émission de troisième partie de soirée.

Cette citoyenne britannico-pakistanaise était réapparue quelques heures plus tard. Dans un communiqué, elle avait ensuite déclaré "aller bien", sans aucun détail sur les circonstances de son enlèvement.

Des sources au sein de Waqt news, la chaîne de télévision où elle était attendue, avaient indiqué que le kidnapping s'était produit dans une partie de Lahore contrôlée par l'armée.

De telles dénégations, très rares de la part des militaires, n'ont pas apaisé la société civile pakistanaise, et notamment Shahzad Ahmed, leader de Bytes for All, un think-tank défendant la sécurité numérique et la liberté d'expression. "Jusqu'ici, on continue à les voir responsables", a-t-il réagi.

La veille de sa disparition, l'armée, très puissante au sein de l'appareil d'Etat, avait indiqué "surveiller" les citoyens critiquant le Pakistan.

"Nous avons la capacité de surveiller les réseaux sociaux pour savoir qui fait quoi", avait prévenu lundi le général Ghafoor lors d'une conférence de presse.

Les disparitions forcées sont fréquentes au Pakistan depuis des décennies, particulièrement dans ses zones instables, près de la frontière afghane (Nord-Ouest) ou au Balouchistan (Sud-Ouest).

Ces dernières décennies, les principales villes, comme Karachi, Lahore et Islamabad, ont également été touchées. Des journalistes et autres militants critiques de l'Etat et de l'armée ont été ciblés, même si cette dernière nie toute implication.

En janvier, le journaliste Taha Siddiqui a affirmé avoir été victime d'une tentative d'enlèvement par des inconnus armés à Islamabad. Il a depuis quitté le Pakistan. Le militant Raza Khan est porté disparu depuis décembre.

Une commission d'enquête sur les disparitions forcées a reçu 868 nouveaux dossiers en 2017, affirme la Commission des droits de l'homme pakistanaise (HRCP), qui déplore "les violations des droits de l'homme par les forces de sécurité".