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En retard sur ses engagements climatiques, l'Allemagne se défausse sur la croissance et l'immigration

Le ministère allemand de l'Environnement cite "la croissance et la hausse de la population" comme raison principale du retard de l'Allemagne dans ses engagements climatiques.
Le ministère allemand de l'Environnement cite "la croissance et la hausse de la population" comme raison principale du retard de l'Allemagne dans ses engagements climatiques. Tobias Schwarz, AFP

Le ministère allemand de l'Environnement assure qu'en raison de la bonne forme économique et la hausse de la population, due à l'immigration, l'Allemagne sera loin de tenir ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

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L’Allemagne ne tiendra finalement pas ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre. La faute, principalement, à une trop bonne santé économique et… à une hausse de la population due à l'immigration, affirme le ministère allemand de l’Environnement. Celui-ci s’aventure ainsi sur le terrain glissant et politiquement sensible de la politique migratoire allemande.

Le ministère le sait et évite, d’ailleurs, de mettre en cause nommément l’immigration. Dans son rapport sur l'état de la lutte contre le réchauffement climatique, publié mercredi 14 juin, il préfère évoquer "l'augmentation de la population et une croissance plus forte que prévue". Mais cette hausse du nombre d'habitants en Allemagne est due "à 50 % aux personnes qui viennent des pays d'Europe de l'Est et à 50 % aux réfugiés", note Patrick Graichen, directeur d’Agora Energiewende, l’un des principaux instituts de réflexion sur la transition énergétique en Allemagne, contacté par France 24. Cet institut avait déjà lié, en 2017, l'incapacité de l'Allemagne à tenir ses engagements écologiques à l'augmentation de l'immigration.

Un constat inédit

Pour le ministère de l'Environnement, l'Allemagne avait mal anticipé l'ampleur de la crise migratoire et sa bonne fortune économique lorsque le gouvernement avait, en 2015, prévu de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Au lieu de cela, cette réduction ne sera que de 32 %. Une différence qui correspond à environ 100 millions de tonnes de CO2, soit la production annuelle de gaz carbonique d’un pays comme l’Autriche.

"C'est, à ma connaissance, la première fois que les autorités évoquent officiellement ces deux facteurs (augmentation de la population et croissance) comme raisons officielles du retard pris par le pays pour tenir ses engagements climatiques", reconnaît Patrick Graichen.

Le lien entre performance économique et lutte contre le réchauffement climatique a déjà été souligné par le passé. Mais ce sont généralement les pays en voie de développement, comme la Chine ou l’Inde, qui sont accusés de sacrifier la lutte contre le réchauffement climatique sur l’autel de la croissance, dopée aux industries lourdes et polluantes. L’Allemagne est, elle, perçue comme une championne de la transition énergétique. Mais le moteur économique tourne trop vite : "Le gouvernement avait prévu une croissance de 1,3 % alors qu’elle atteint les 2 %, et les efforts de l’industrie pour limiter les émissions polluantes ne suffisent pas", résume Patrick Graichen.

L'impact de l'immigration n'est, quant à lui, évoqué que du bout des lèvres. Normal : les nouveaux habitants ne jouent, tout d’abord, qu'un rôle négligeable dans l'empreinte carbone d’un pays, comparé au trafic routier, aux émissions des usines ou à la mauvaise isolation des logements, ont souligné en 2012 les auteurs d’une des rares études scientifiques à s’être intéressées à cette question, publié par la revue Population research and policy review.

Le ministère allemand de l’Environnement ne dit, d’ailleurs, pas que la hausse de la population due à l’immigration est un facteur important de pollution, mais qu’elle a contribué à fausser les prévisions du gouvernement.

"Politiquement incorrect"

C’est "un sujet politiquement incorrect", reconnaît Guillaume Sainteny, intervenant à l’École polytechnique et à Paris AgroTech, où il enseigne le développement durable. C'est la porte ouverte aux dérapages xénophobes et aux États-Unis, par exemple, ce sont surtout des groupes d’extrême droite qui s'en emparent pour appeler à l’arrêt de "l'immigration massive".

Pourtant, "il est évident que les émissions de CO2 augmentent avec la hausse de la population : que ce soit à cause des naissances ou de l’immigration, cette hausse va entraîner des nouvelles constructions de maison, davantage de chauffage, une hausse des importations, qui ont, tous, des conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre", résume Guillaume Sainteny.

Mais cela ne signifie, évidemment, pas qu'un immigrant va polluer davantage qu'un ressortissant national. "Par exemple, si, au lieu de calculer la production de CO2 du pays, on ne retenait que la production par habitant, l'immigration n'aurait aucun impact", note cet expert.

Patrick Graichen regrette aussi que le ministère de l'Environnement se soit borné à constater l'impact de la hausse de population sur les prévisions de réduction des émissions polluantes. Le risque est que, dans le contexte politique allemand, des mouvements populistes, comme l'Alternative für Deutschland (AfD) en tirent les mauvaises conclusions. Pour le directeur de l'Agora Energiewende, il ne faut pas lire dans ce rapport une remise en cause de la politique migratoire allemande, mais bien plus "un signe que le gouvernement n'a pas fait suffisamment d'effort pour rendre les habitations plus 'vertes'". En Allemagne, par exemple, les habitations sont encore bien plus souvent chauffées au gaz, plus polluant que l’électricité, qu’en France. Un effort dans ce domaine réduirait l’impact sur les émissions de la hausse de la population.

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