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Les analyses de police scientifique, spécialité méconnue de labos privés

© AFP | Une technicienne utilise un "crimescope" pour chercher des empreintes, le 22 mai 2018 à l'Institut français des empreintes génétiques (Ifeg) à Nantes

NANTES (AFP) - 

"On est toute la journée dans le crime", résume le président de l'Institut français des empreintes génétiques (Ifeg). Sur ses murs, des portraits de tueurs en série, comme dans des locaux de police judiciaire. Sauf qu'il s'agit d'un établissement privé.

Basé sur le campus nantais de sa maison mère, le groupe français de services d'analyses Eurofins, l'Ifeg apparaît d'emblée comme un laboratoire pas comme les autres: en lieu et place de clients ordinaires, des gendarmes et policiers s'y succèdent, pour apporter ou récupérer des pièces à conviction sous scellés.

"Nous recevons des scellés de toute la France. Parfois par des transporteurs spéciaux avec des camions frigorifiques, ou par avion" en cas d'urgence, explique à l'AFP Olivier Pascal, président de l'Ifeg et expert national en empreintes génétiques agréé par la Cour de cassation.

La capacité à analyser des pièces en urgence, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, est d'ailleurs la principale valeur ajoutée de l'Ifeg, comme des quelques autres laboratoires privés actifs sur ce segment de niche en France, par rapport à l'offre publique des instituts scientifiques de la gendarmerie (IRCGN) et de la police nationale (INPS).

- Distorsion de concurrence -

"La majorité des affaires que l'on nous confie sont sensibles car les laboratoires publics ont trop d'activité" en accaparant l'essentiel des analyses dans la délinquance ordinaire, dite "de masse", rapporte M. Pascal.

Ce matin-là, l'Ifeg traite justement une commande urgente. Une affaire d'homicide à l'arme blanche, commis la veille en banlieue parisienne. Le procureur veut le résultat des analyses avant la fin de la garde à vue des suspects.

Des objets hétéroclites récupérés par les enquêteurs sur la scène du crime sont suspendus comme du linge dans un caisson: une canette de jus de fruit, des tessons de bouteille de bière, une bombe lacrymogène et plusieurs couteaux.

Une colle spéciale, injectée dans le caisson sous forme de vapeur, se dépose progressivement sur les objets. Elle révèlera peut-être des empreintes digitales exploitables par la justice, photographiées au laboratoire sous différentes longueurs d'ondes lumineuses pour avoir le meilleur contraste possible.

Dans une autre salle, une technicienne frotte à l'aide d'un écouvillon - une sorte de coton-tige - un sac poubelle noir retrouvé sur la même scène de crime, dans l'espoir d'y trouver des traces ADN.

"Les traces ADN sont souvent mélangées, ce qui rend notre travail plus dur. Les machines ne pourront jamais les démêler seules, il y a une partie intuitive, l'instinct du chasseur", affirme M. Pascal.

"Le privé, on associe ça au profit (...). Mais je suis beaucoup plus content lorsqu'on résout un dossier que lorsque je suis en dessous de mon budget, même si les deux ne sont pas incompatibles", assure-t-il.

- Relais de croissance à l'étranger -

Les laboratoires privés du secteur s'estiment victimes d'une distorsion de concurrence avec les laboratoires publics. "Beaucoup de procureurs ont l'impression que les analyses sont des actes gratuits quand ils passent par le public", déplore l'expert.

Dans les faits, les dépenses d'analyses scientifiques incombant au ministère de la Justice servent en grande partie à rétribuer des prestataires privés: en 2017, 90% des 64,9 millions d'euros engagés par le ministère sur ce poste étaient alloués à des laboratoires privés.

Le flou demeure sur les coûts des analyses scientifiques gérés par le ministère de l'Intérieur, qui ne communique pas sur ces chiffres. Début 2017, un rapport de la Cour des comptes avait évalué ces dépenses à 305 millions d'euros pour l'année 2015, en incluant les frais de personnel.

"L'explosion des demandes adressées aux laboratoires rend nécessaire une juste répartition de l'activité entre le privé et le public", avait plaidé ce même rapport, appelant aussi à développer la mutualisation entre les équipes scientifiques de la police et de la gendarmerie.

En attendant, Eurofins cherche la croissance à l'étranger dans ce segment d'activité: il a notamment racheté l'an dernier LGC Forensics, l'un des leaders du marché britannique, actif aussi en Allemagne et aux Pays-Bas.

En Grande-Bretagne, les analyses de police scientifique sont entièrement privatisées depuis 2012. Mais cette solution ne semble pas être la panacée: les appels d'offres tendent à être axés sur les coûts, menaçant la qualité des services, s'est récemment inquiété le régulateur national du secteur.

© 2018 AFP