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Colombie : Ivan Duque, un président dans lignée d'Uribe

Preuve de leur proximité, Ivan Duque (à droite) a effectué plusieurs de meetings en compagnie de l'ancien président Alvaro Uribe (à g.).
Preuve de leur proximité, Ivan Duque (à droite) a effectué plusieurs de meetings en compagnie de l'ancien président Alvaro Uribe (à g.). Raul Arboleda, AFP

Soutenu et poussé par l'ancien président Alvaro Uribe, le candidat de la droite Ivan Duque a remporté dimanche l'élection présidentielle en Colombie. Âgé de 41 ans, il devient le plus jeune chef de l'État du pays.

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Il est devenu dimanche 17 juin le plus jeune président de la Colombie moderne. Surnommé le "Macron d'Amérique latine" par la revue espagnole Cambio 16, Iván Duque, 41 ans, va s'installer au palais Nariño, la résidence officielle des dirigeants colombiens.

Le protégé de l'ancien président Alvaro Uribe (2002-2010) succède à Juan Manuel Santos, dont il promet de réformer l'accord de paix signé avec l'ex-guérilla marxiste des Farc.

Affable, le plus souvent sans cravate et en jean, ce jeune sénateur était arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle le 27 mai, mais sans dépasser les 50 % qui lui auraient permis de l'emporter comme son mentor par le passé. Le second tour l'opposait à Gustavo Petro, ex-rebelle du M-19 dissout et candidat de gauche antisystème.

Pour Frédéric Massé, ancien universitaire et spécialiste de la Colombie, la comparaison avec le président français n'est pas dénuée de pertinence : Iván Duque a une seule année de plus qu'Emmanuel Macron. Comme lui, il a travaillé dans le secteur bancaire – 11 ans à la Banque interaméricaine de développement (BID). Les deux hommes sont relativement novices en politique, le premier mandat d'Iván Duque comme sénateur ne datant que de 2014. "Idéologiquement, ils sont tous les deux de centre-droit, promouvant l'économie de marché et la liberté d'entreprendre", ajoute cet expert, établi en Colombie depuis 20 ans, à France 24.

Face aux critiques raillant sa relative inexpérience, le jeune candidat a joué la carte de l'humour pour promouvoir un autre de ses engagements : la lutte contre la corruption. "Je n'ai aucune expérience... de la corruption, aucune expérience du clientélisme, aucune expérience des magouilles politiques", plaisantait-il en mars dernier.

Pour le second tour, un soutien quasi unanime de la classe politique

Sur son site de campagne, le candidat à la fonction suprême se définit comme "un Colombien fier de l'être, qui croit en Dieu". Il se dit aussi "normal", "sérieux, conservateur, très attaché à sa famille et travailleur". Normal pour le champion du Centro democratico (CD), une coalition disparate où se mêlent anciens du parti conservateur, déçus du parti libéral, opposants aux accords de paix et évangélistes. Cette droite uribiste, du nom de l'ancien président Alvaro Uribe, l'avait largement emporté lors des élections législatives de mars.

Pour le second tour, Ivan Duque a pu compter sur les ralliements du Parti libéral (centre-gauche) et de Cambio radical (droite radicale) dont les candidats, Humberto de la Calle et Germán Vargas Lleras, avaient échoué à se qualifier pour le second tour, avec respectivement 2,1 % et 7,3 % des voix. Et si le troisième homme de la présidentielle, le centriste Sergio Fajardo (23,7 %), avait annoncé qu'il voterait blanc en s'en tenant à sa ligne "Ni Duque, ni Petro", le candidat de la droite l'a tout de même emporté.

>> À lire sur RFI : "Présidentielle en Colombie : les électeurs du centre perplexes"

Le spectre d'Uribe plane depuis 20 ans sur la Colombie

Aux yeux des plus de 36 millions d'électeurs colombiens, Ivan Duque reste surtout l'héritier d'un parrain de poids : l'ex-président Alvaro Uribe, 65 ans, autour duquel gravite l'ensemble de la politique colombienne depuis ses deux mandats (2002-2010). Cet homme issu du parti libéral a dirigé pendant huit ans le pays d'une main de fer, écrasant les guérillas et amnistiant les milices paramilitaires. Une gestion qui flirte souvent avec les limites du droit : l'ancien président est mis en cause dans plusieurs scandales le liant au narcotrafic et aux milices paramilitaires.

S'il n'a pas plus le droit de se représenter à cause de la Constitution, son ombre a continué de planer sur les scrutins suivants. En 2012, Juan Manuel Santos s'était présenté comme le continuateur de son travail, mais Alvaro Uribe s'est vite estimé trahi par la décision de son premier dauphin de négocier la paix. En 2014, il présente donc un nouveau poulain, Óscar Iván Zuluaga, contre son ancien ministre. Mais ce dernier échoue au second tour. Cette fois, "le papa de la Colombie" – comme le surnomment les chauffeurs de salles des meetings – a adoubé le jeune Iván Duque qu'il présente comme "une chance pour la patrie".

Il est l'un des fidèles de l'ancien président à qu'il doit sa carrière : "Avant, il était aussi proche de Juan Manuel Santos que d'Alvaro Uribe, mais lorsque les deux se sont fâchés, il n'y pas eu d'hésitation", raconte Frédéric Massé. "Son choix a été plus personnel qu'idéologique. Il doit tout à Uribe, y compris le poste qu'il a obtenu à la BID et son élection comme sénateur sur la liste du CD".

Une proximité dont la presse et les opposants font des gorges chaudes. Des caricaturistes en font même une marionnette d'Uribe. Lui répond : "Je serai le président et je prendrai les décisions". Sous-entendu, personne ne lui murmurera à l'oreille s'il est élu.

"Personne encore ne sait s'il a des critères propres ou s'il va obéir aux ordres", estime l'analyste Fabian Acuña, professeur de l'Université Javeriana, interrogé par l'AFP.

Jusqu'ici, l'avocat de formation a repris à son compte tous les thèmes classiques de son mentor : main de fer contre les guérillas, opposition à Cuba et au Venezuela qu'il nomme le castro-chavisme, conservatisme en matière de drogues, de sexualité et d'avortement.

L'accord de paix avec les Farc dans la mire de Duque

S'émancipera-t-il de son mentor ? La question divise les analystes et la presse colombienne. Une chose est sûre : sur la question du futur à donner à l'accord de paix signée avec les Farc en 2016, Ivan Duque se démarque déjà de son maître. Si Alvaro Uribe avait promis de "déchirer l'accord en mille morceaux", le disciple se montre plus mesuré : en cas d'élection, il veut le "reformer".

>> À lire aussi : Un an après l'accord de paix en Colombie, les désillusions des Farc

"Il souhaite faire modifier la plupart des points qui avaient été des sujets brûlants lors des négociations : il ne veut pas que les anciens Farc accusés de crime contre humanité puisse participer à la vie politique, il veut que les guérilleros soient jugés, il veut également que ceux ayant trempé dans le narcotrafic soient condamnables", détaille Sophie Daviaud, enseignante-chercheuse à Sciences Po Aix, pour France 24.

Sur les éventuelles conséquences qu'aurait la remise en cause de l'accord de paix, les deux spécialistes de la Colombie interrogés par France 24 ont des avis différents. Sophie Daviaud craint qu'une réforme de celui-ci ne mène à une déstabilisation d'un pays qui peine à tourner la page du conflit fratricide l'ayant agité durant plus d'un demi-siècle et qui a fait au moins huit millions de victimes entre morts, disparus et déplacés.

"Ce scénario me fait assez peur. L'élection de Duque aura d'emblée des effets sur les Farc. Plusieurs dirigeants ont dit qu'ils reprendraient les armes si cela devait se produire", explique l'enseignante-chercheuse. "Ils se sentent déjà extrêmement menacés. On dénombre une trentaine de Farc tués. La situation est très tendue. Le nombre de bandes dissidentes des Farc pourrait exploser en cas d'élection de Duque."

Frédéric Massé croit moins à la déstabilisation du pays : "Il va freiner pour l'application des accords, mais le risque que Duque bascule vers la droite dure et mène une politique rétrograde menant à la déstabilisation de la paix n'est pas exclue, mais néanmoins peu probable", analyse-t-il.

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