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Afrique

Dans le nord du Mozambique, faire face à la terreur d'un groupe islamiste

© Joaquim Nhamirre, AFP | Le village de Naunde le 13 juin. Il a été dévasté par les islamistes dans la nuit du 4 au 5 juin.

Texte par Florence RICHARD

Dernière modification : 17/06/2018

La province de Cabo Delgado, située dans l’extrême nord du Mozambique, essuie quotidiennement, depuis fin mai, les violences d’un groupe islamiste extrémiste qui a émergé en octobre dans cette région appelée à devenir une capitale gazière.

Les habitants de la province de Cabo Delgado décrivent depuis plusieurs mois le même scénario. Des hommes armés sortent des forêts environnantes, fondent sur les villages de cette région de l’extrême nord du Mozambique où ils décapitent, pillent et incendient à tour de bras. Ces attaques se sont intensifiées ces dernières semaines, elles ont fait plus d'une trentaine de morts depuis fin mai selon un décompte très provisoire. Toutes sont attribuées à un groupe islamiste connu sous le nom de Ahlu Sunnah wal Jamaa (les adeptes de la tradition du prophète, en arabe).

© Google Maps

Pris de panique, les habitants de Cabo Delgado seraient plusieurs milliers à avoir déjà emprunté la route de l'exode pour échapper aux violences. Certains ont pris la direction de la côte pour rallier tant bien que mal les îles de l'archipel des Quirimbas, d'ordinaire réservées aux touristes fortunés. D'autres ont trouvé refuge à Macomia, le chef-lieu du district du même nom où l'armée s'est déployée en force, ou ont pris la fuite vers Pemba, la capitale de la province, à 200 kilomètres au sud.

Apparu en 2014 dans cette région à majorité musulmane, le groupe est véritablement actif depuis octobre 2017 avec l’attaque du commissariat et de la caserne de la ville moyenne de Mocimboa da Praia (la police les contraindra à se retrancher dans les forêts après deux jours de combats). Les membres de Ahlu Sunna wal Jamaa sont décrits par les habitants comme des jeunes partis "étudier" à l'étranger, en Tanzanie ou en Somalie, et revenus au pays pour promouvoir une version stricte de l'islam. "Ce sont des jeunes socialement marginalisés, sans emploi formel, sans éducation solide", expliquent à l’AFP Sheik Habibe Saide, Joao Pereira et Salvador Forquilha, de l'université de Maputo, qui ont enquêté sur place ces derniers mois.

Ces "locaux" ont été rejoints "par de jeunes immigrés en quête d'opportunités", des "chefs religieux éduqués à l'étranger" et des "marchands locaux", ajoutent les universitaires. Ils se différencient des musulmans orthodoxes de la province en arborant turban blanc, tête rasée et barbe fournie.

"La naissance d’Al Sunnah wal Jama’ah est très similaire à ce qu’on a vu avec Boko Haram au Nigeria. Le mouvement a commencé par être une secte religieuse, puis il s’est transformé en un groupe de guérilla. On estime qu’il compte maintenant entre 350 et 1 500 membres, qui seraient organisés en dizaines de cellules le long de la côte de l’extrême nord mozambicain, d’après Éric Morier-Genoud, maître de conférences en histoire africaine à l’université Queen’s de Belfast, dans un article publié dans The Conversation.

Imposer la charia

Aucune de leur attaque n'a jusque-là fait l'objet de revendication ni d'exigences "politiques". Leur seule ambition affichée semble "d'imposer la charia, ce qui est parfaitement cohérent avec leurs attaques répétées contre les structures du gouvernement", affirme Nick Piper, directeur du cabinet de conseil Signal Risk.

Pour les trois chercheurs de l'université de Maputo, les origines de leur radicalisation sont à rechercher dans leurs "conditions sociales modestes" et leur "exclusion politique". La plupart font partie de l'ethnie Kimwani, alors que le président Filipe Nyusi et de nombreux responsables politiques ou militaires du pays appartiennent à la tribu Maconde.

Même si le gouvernement de Maputo l'a démenti, les Shebab ("jeunes") mozambicains, comme ils sont fréquemment désignés par la population, entretiennent des liens avec la mouvance jihadiste, non seulement avec le groupe somalien du même nom mais aussi en Tanzanie, au Kenya ou dans la région des Grands Lacs, notent la plupart des analystes. Selon eux, certains s'entraînent dans leurs camps à l'étranger.

Leur financement provient de ces mêmes alliés étrangers mais surtout d'activités locales, notamment "du crime organisé impliqué dans le commerce illégal" de pierres précieuses, de bois et de drogue, précise Alex Vine, du centre de recherche britannique Chatham House.

Réponse répressive insuffisante

Le 13 juin, les premiers camions d'aide envoyés par les autorités sont arrivés à Naunde, village dévasté par les islamistes une semaine auparavant. Avec l'aide des militaires, ils ont apporté nourriture, vêtements, seaux, outils et matériaux pour la reconstruction des maisons.

"Il faudra aussi plus d'éducation, plus d'emplois et une meilleure intégration des jeunes musulmans", prévient Sheik Habibe Said. Et pas seulement une réponse répressive pour enrayer les attaques.

Une analyse partagée par Éric Morier-Genoud : "L’État et ses partenaires (…) doivent faire face à la question de la terre, essayer d’amoindrir les tensions sectaires et éviter de froisser les musulmans dans leur chasse aux "terroristes", s’ils veulent empêcher que la guérilla islamiste tire avantage des griefs locaux et gagne encore plus de terrain."

En attendant, les activités d'Ahlu Sunnah wal Jamaa menacent le futur "hub" gazier dans la région où d’énormes réserves offshore ont été découvertes récemment (des experts estiment que le Mozambique pourrait même devenir le troisième plus gros exportateur mondial de gaz naturel liquéfié). Des compagnies étrangères, l'Italienne Eni ou l'Américaine Anadarko, y ont installé leurs têtes de pont et cette dernière a évacué la semaine dernière ses employés étrangers. Dans la foulée, les États-Unis ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter le secteur.

"Ces attaques peuvent avoir un impact sur la logistique (...) mais comme l'exploration a lieu au large, la menace restera limitée", estime cependant Joao Peirera.

Le Nord a largement été oublié par l'essor économique des années 2000, qui a suivi la guerre civile meurtrière de 1976 à 1992. L'État reste fragilisé par les divisions entre l'ex-rébellion, qui représente aujourd'hui la Renamo, l'opposition mozambicaine, et le parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (Frelimo), malgré des discussions entre les deux camps. Des élections locales sont prévues dans le pays en octobre prochain et les élections générales un an plus tard.

 

Première publication : 16/06/2018

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