DIPLOMATIE

Migrants et PMA au menu de la visite d'Emmanuel Macron au Vatican

Emmanuel Macron, le 9 avril 2018, lors de son discours devant les évêques de France au collège des Bernardins, à Paris.
Emmanuel Macron, le 9 avril 2018, lors de son discours devant les évêques de France au collège des Bernardins, à Paris. Ludovic Marin, pool, AFP

Emmanuel Macron est reçu mardi matin par le pape François, avec lequel il devrait aborder plusieurs sujets brûlants, avant de recevoir le titre de chanoine honoraire de l'église romaine de Saint-Jean de Latran.

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Un voyage diplomatique comme un autre pour Emmanuel Macron ? Le président français est à Rome, mardi 26 juin, où il doit recevoir son titre de "premier et unique chanoine d'honneur" de la cathédrale du pape, une tradition remontant au XVIIe siècle.

Nicolas Sarkozy fut le dernier chef d'État, en décembre 2007, à se plier à cette tradition dans l'immense basilique majeure de Saint-Jean-de-Latran, attitrée à l'évêque de Rome (le pape). Son discours d'éloge de la foi, considéré bien peu laïc par la gauche, avait suscité un tollé.

En revanche, le socialiste François Hollande, à l'instar de François Mitterrand et Georges Pompidou, n'est jamais venu recevoir le titre.

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C’est donc une position à mi-chemin de celles adoptées par ses deux prédécesseurs qu’a choisie Emmanuel Macron, qui s’abstiendra prudemment de tout discours sur un terrain miné.

"Emmanuel Macron est extrêmement soucieux de la laïcité dans le contexte français, où la moindre entorse vis-à-vis des catholiques provoque de vives réactions", souligne Guy Baret, journaliste, écrivain, spécialiste des questions religieuses et auteur de "Pape François, le grand malentendu", contacté par France 24. "Il entend donc respecter un certain équilibre et aura à cœur, contrairement à Nicolas Sarkozy qui avait parlé des pouvoirs spirituel et de temporel, de montrer qu’il s’agit d’une visite d’un chef d'État à un autre chef d'État."

De fait, l'entourage du chef de l'État a tenu ces derniers jours à minimiser l’importance de ce déplacement. "C'est un titre honorifique et historique, sans aucune dimension spirituelle", insistent ses conseillers, en ajoutant : "C'est une espèce de cérémonial, c'est emballé assez vite et il n'y a rien de majestueux".

Obtenir un geste du pape sur la PMA

Emmanuel Macron a-t-il retenu la leçon après son discours prononcé le 9 avril à la Conférence des évêques de France ? Le président avait alors été critiqué par une partie de la classe politique attachée à une conception stricte de la laïcité, pour avoir appelé à "réparer" le lien "abîmé" entre l'Église et l'État français. Ce déplacement au Vatican sera vraisemblablement moins sujet à polémique.

Le président assistera à une célébration liturgique, comprenant une prière et la lecture d'un texte biblique, avant de prendre possession de sa stalle (virtuelle) dans la chapelle Colonna. Il rencontrera ensuite la communauté catholique française réunie dans le palais attenant du Latran, évitant de nouveau tout discours. Une double séquence d'une heure et demie qui se déroulera mardi après-midi.

Dans la matinée, Emmanuel Macron aura un entretien privé avec le pape François. Crise migratoire et procréation médicalement assistée (PMA) seront très probablement au menu des discussions. Et comme lors de n’importe quel autre voyage officiel, le chef de l’État se rend au Vatican pour faire de la diplomatie.

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"Emmanuel Macron pourrait suggérer au pape d’envoyer le message aux évêques de France de modérer leur opposition à la PMA, estime Guy Baret. Le gouvernement est en train de se rendre compte que ces derniers sont vent debout contre cette promesse de campagne du président. Il lui serait utile d’obtenir, non pas un soutien, mais au moins un geste discret du pape en échange de possibles concessions sur les remboursements des PMA."

Mais le dossier des migrants, qui déchire l'Europe et sur lequel le pape François met en avant l'impératif évangélique de l'accueil, devrait être en tête de l'ordre du jour. Juste avant sa rencontre avec le souverain pontife, Emmanuel Macron petit-déjeunera en compagnie de la communauté catholique Sant'Egidio, cheville ouvrière de plusieurs "couloirs humanitaires" acheminant des exilés syriens en Europe. La présidente du Secours catholique, Véronique Fayet, qui n'a pas ménagé ses critiques contre la politique migratoire de l'exécutif jugée trop restrictive, figure d’ailleurs dans la délégation présidentielle.

Enfin, les chrétiens d'orient, l'aide au développement et le réchauffement climatique pourraient aussi être évoqués, selon l'Élysée.

Avec AFP

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