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Découvertes

Comment la politique de Donald Trump a conduit à la gronde du Bazar de Téhéran

© Atta Kenare, AFP | Manifestation des commerçants à proximité du Grand Bazar à Téhéran, le 25 juin 2018.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 12/09/2018

Les protestations du Grand Bazar de Téhéran révèlent depuis lundi l'ampleur de la crise économique en Iran. Un mouvement lié au rétablissement des sanctions américaines, analyse Fereydoun Khavand, spécialiste de l'économie iranienne.

Les commerçants du Grand Bazar de Téhéran, soutiens traditionnels du système politique iranien, font grève depuis lundi 25 mai pour protester contre la chute continue de la monnaie nationale, le rial, qui a perdu près de 50 % de sa valeur face au dollar en neuf mois. Un mouvement d’une rare ampleur qui révèle l’étendue de la crise économique traversée par l'Iran, en particulier depuis le rétablissement des sanctions américaines par Donald Trump.

VOIR AUSSI : La contestation en Iran a son lot d'intox en ligne, entre manifestante karateka et fausses victimes

Une situation économique qui pourrait s'aggraver, entraînant avec elle des tensions internes, estime Fereydoun Khavand, ancien maître de conférences à l'université Paris-V. Pour ce spécialiste de l’économie iranienne, les sanctions de Donald Trump risquent de placer l’Iran dans une impasse, contraignant ses dirigeants à négocier avec le président américain.

Comment analysez-vous la gronde des commerçants iraniens ? Quelles sont les causes possibles de ce mécontentement ?

Fereydoun Khavand : Leur mouvement est une réaction à l’effondrement de la monnaie iranienne qui se poursuit depuis plusieurs mois, mais s’est accélérée ces derniers jours. Il y a un an, l’euro s’échangeait contre 35 000 rials iraniens, contre 110 000 rials en début de semaine. Les commerçants, mécontents de l’échec des programmes de réformes économiques entrepris par Hassan Rohani, demandent au gouvernement de stabiliser le marché. Car dans ces conditions, les épargnants cherchent à se protéger en achetant des devises et privent ainsi le marché iranien de liquidités en dollars. Faute de devises, on les voit s’orienter vers l’or, l’immobilier et même l’achat de voitures. À cela s’ajoute un facteur politique à ne pas exclure. Les conservateurs iraniens, adversaires de Hassan Rohani, pourraient avoir encouragé les commerçants du bazar à lancer ce mouvement de protestation afin d’affaiblir le président iranien.

Comment a réagi le gouvernement iranien ?

Les représentants de l’État estiment qu’il s’agit d’un complot des États-Unis et de l’Arabie saoudite pour étouffer l’économie de la République islamique. Téhéran considère le rétablissement des sanctions américaines comme une guerre économique contre l’Iran. À cela s’ajoute l’Arabie saoudite, qui a réussi à la semaine dernière à convaincre l’Opep [Organisation des pays exportateurs de pétrole, NDLR] d’augmenter le plafond de la production de pétrole, ce qui va faire perdre des parts de marché à l’Iran, qui aura du mal à augmenter sa production à cause des sanctions américaines contre les investissements dans les infrastructures pétrolières iraniennes.

L'emploi du terme de "guerre économique" est-il justifié ? Le président américain Donald Trump est-il parvenu à affaiblir l'économie iranienne en se retirant de l'accord sur le nucléaire iranien ?

Dans l’état actuel des choses, la politique de Donald Trump vis-à-vis de l’Iran commence à porter ses fruits. La chute du rial s’est accélérée au fur et à mesure que l’on s’approche des délais fixés par l’administration Trump pour le rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran. La première vague prendra effet le 6 août et la seconde, en novembre, s'appliquera au secteur pétrolier, dont les exportations ont d’ores et déjà diminué.

Face à cette échéance, Téhéran se retrouve isolée. Elle ne peut pas compter sur la Russie, qui se rapproche de Riyad sur le plan pétrolier. Quant aux Chinois, ils sont dépendants du commerce avec Washington. L’État iranien, qui comptait sur les Européens dans un premier temps, se rend compte que l’Union européenne n’a aucun pouvoir d’influence sur Donald Trump et les entreprises européennes ne suivent pas leurs gouvernements. Craignant les sanctions, Total, PSA… la plupart des entreprises françaises – hormis Renault – quittent l’Iran les unes après les autres. C’est pour cette raison que l’on entend de plus en plus de voix au sein du pouvoir, chez les avocats, les intellectuels, réclamant que l’Iran négocie directement avec les États-Unis. C’est la seule solution. Ni Rohani, ni Zarif ne seraient contre, sauf que l’anti-américanisme est l'un des dogmes fondateurs de la République islamique d’Iran, donc si le régime s’aventure dans cette voie, il aura du mal à l’assumer sur le plan politique.

L'économie iranienne est-elle sur le point de s'effondrer ?

Les réserves en devises de l’État ne sont pas illimitées. Il ne faudrait pas que cette panique perdure. L’inflation, que le gouvernement avait réussi à juguler dans une certaine mesure jusque-là, commence à s’étendre aux produits alimentaires. Le prix des produits de première nécessité a grimpé de 5 % par rapport au mois précédent, selon les statistiques officielles. Les experts indépendants, eux, disent que l’inflation est beaucoup plus importante et le ressenti de la population va au-delà des chiffres. On assiste également à une hausse spectaculaire des loyers avec plus de 50 % par rapport au trimestre précédent à Téhéran. L’industrie pétrolière est impactée, l’industrie automobile, qui comptait beaucoup sur la fin des sanctions, est très menacée. Les pièces détachées pourraient venir à manquer. La situation économique n’a jamais été aussi mauvaise depuis la guerre Iran-Irak (1980-1988).

– Article initialement publié sur le site de France 24.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 12/09/2018