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Accusées de faire le jeu des passeurs, les ONG d'aide aux migrants se défendent

Hermine Poschmann, Mission Lifeline, AFP

Critiquées par les gouvernements européens, et notamment par la France, les ONG qui viennent en aide aux migrants assurent être dans leur rôle en intervenant pour secourir des êtres humains en danger, quelles que soient les circonstances.

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Sauver des vies sans tomber dans le piège tendu par les passeurs et faire leur jeu. Durement critiquées par les gouvernements européens, c'est le dilemme auquel sont confrontées les ONG venant au secours des migrants.

Face au risque de noyade en Méditerranée ou de mort de froid dans les Alpes, les organisations humanitaires sont dans leur rôle en intervenant, dans l'urgence, pour secourir des êtres humains en danger, quelles que soient les circonstances, assurent-elles.

Mais elles font ainsi "le jeu des passeurs, en réduisant le coût du passage", a accusé mardi 26 juin, à la suite d'autres officiels européens, le président français Emmanuel Macron. "On ne peut accepter durablement cette situation car au nom de l'humanitaire cela veut dire qu'il n'y a plus aucun contrôle", a-t-il ajouté.

Les ONG "complices, consciemment ou inconsciemment des trafiquants" sont interdites d'entrée dans les ports italiens, a pour sa part réaffirmé Matteo Salvini, vice-Premier ministre italien, évoquant le cas du Lifeline, navire d'une organisation allemande qui doit accoster mercredi soir à Malte après une semaine d'attente en mer avec plus de 230 migrants secourus au large de la Libye.

>> À lire : "Les canots qui partent de Libye n’ont aucune chance d’arriver en Italie"

Au large de la Libye, par exemple, où les trafiquants d'êtres humains ont compris qu'ils n'avaient pas besoin d'investir dans des navires de haute mer capables de gagner les côtes italiennes, mais qu'ils pouvaient se contenter de bateaux pneumatiques, dont parfois ils récupèrent le moteur une fois franchie la limite des eaux territoriales libyennes, en laissant à un migrant un numéro de téléphone à appeler pour demander du secours.

État de nécessité

Pour le docteur Philippe de Botton, président de Médecins du Monde - France, les associations sont victimes d'un faux procès. "Nous venons en aide aux migrants sur un plan humanitaire mais on ne fait absolument pas le jeu des passeurs", assure-t-il à l'AFP. "Ce qui fait le jeu des passeurs, c'est de criminaliser le sauvetage en mer ou de fermer les frontières. Si on accueillait les gens avant d'étudier leurs cas, comme ça devrait être la règle, on casserait le marché des passeurs."

"Quand on sait ce qui se passe en Libye, la déclaration du président Macron est d'un cynisme incroyable, ajoute-t-il. C'est une position très politique qui s'aligne sur la position populiste italienne, comme par hasard à la veille du Conseil européen qui aura lieu jeudi".

Accusée d'avoir refusé d'obtempérer aux ordres de remettre les migrants qu'elle avait secourus aux gardes-côtes libyens, l'ONG Mission Lifeline s'est défendue dans un communiqué.

"Le seul ordre auquel le bateau a refusé d'obéir est celui de remettre ces personnes aux prétendus gardes-côtes libyens car cela aurait été en contravention avec la convention de Genève sur les réfugiés, et donc criminel", a assuré l'ONG.

"Les navires humanitaires qui effectuent des sauvetages en Méditerranée sont tenus de respecter plusieurs règles", rappelle Julia Dumont, journaliste infomigrants/France 24. Tout d’abord, ils ne naviguent que dans les eaux internationales. Dans le cas de la Libye, ils ne peuvent s’approcher à plus de 20 kilomètres des côtes.  Ensuite, les sauvetages ne s’effectuent que dans la SAR Zone pour Search and Rescue zone, qui est définie en fonction du nombre de victimes dans la zone et de l’endroit des sauvetages. (...). Enfin,  et surtout, aucun sauvetage ne peut s’effectuer avant que le MRCC, le centre de contrôle et de coordination maritime, qui se trouve à Rome, ne soit prévenu."

Dans ce dernier cas, le capitaine du Lifeline, joint par Julia Dumont, "a reconnu  avoir appelé le MRCC après avoir sauvé des personnes en mer". "Il y avait urgence puisque les bateaux gonflables dans lesquels se trouvaient les personnes étaient en très mauvais état et prenaient l'eau. Le capitaine a reconnu cette erreur mais il m'a surtout dit que la situation était bien différente lorsque l'on est face à des personnes qui se noient en mer, que quand on prend des décisions dans un bureau à Paris ou à Rome."

>> À lire : Tout savoir de l’Aquarius et de sa mission en mer

AFP

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