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"Nous sommes tous programmés pour aimer apprendre, mais l'école nous démotive", estime Sir Ken Robinson

© MASHABLE FR | Sir Ken Robinson est un expert en éducation mondialement connu.

Texte par Émilie LAYSTARY

Dernière modification : 12/09/2018

L'universitaire britannique est un grand spécialiste de l'éducation. La conférence TED qu'il a donnée il y a 12 ans est aujourd'hui encore la plus regardée de la plateforme. Dans son travail, l'expert invite l'école à remettre la créativité en son cœur.

Les 25 et 26 juin, au Carrousel du Louvre, s'est tenue la 11e édition de la conférence USI. Durant deux jours, chercheurs, ingénieurs, penseurs ou entrepreneurs parmi les plus influents au monde sont intervenus sur scène pour tenter d’entrevoir, chacun à leur manière, de quoi sera fait notre futur. Cette année, Mashable avec France 24 est partenaire de l’événement, et y consacre un cycle d’entretiens avec plusieurs personnalités invitées. Retrouvez le meilleur des conférences 2018 sous le hashtag #MashableFRxUSI.

Phobie scolaire, décrochage, dépression à l'adolescence, ennui en classe... En tant qu'institution censée former les adultes de demain, l'école a bien des défauts. Pour Sir Ken Robinson, expert mondialement connu pour son investissement sur les questions d'éducation, il est évident que l'apprentissage délivré tourne le dos à la créativité. Or, cette qualité est primordiale dans le développement d'un enfant, mais également motrice dans le fonctionnement d'une société entière. En effet, qu'est-ce qu'un monde dans lequel on n'encourage pas les individus à faire un pas de côté, prendre le temps d'expérimenter et sortir des sentiers battus ? Ce monde-là court le risque de l'immobilisme et de l'attentisme.

VOIR AUSSI : Alan Turing n'était pas vraiment le génie torturé de "The Imitation Game", et son neveu nous explique pourquoi

Lors de ses différentes interventions, celui qui a été fait chevalier par la reine d’Angleterre en 2003 pour services rendus à l’éducation délivre un certain nombre de conseils pour faire évoluer l'école au quotidien, notamment en modifiant légèrement les programmes, l'organisation des classes ou encore les méthodes d'évaluation. Sir Ken Robinson estime notamment qu'au lieu de crisper les enfants en les forçant à apprendre par cœur des choses qu'ils réciteront sans conviction (avant de finir par les oublier), il serait plus judicieux de les laisser identifier leurs talents, pour ensuite les guider dans un travail sur ceux-ci. En intégrant bonne humeur, plaisir d'apprendre et bienveillance dans notre façon d'apprendre aux élèves, on formerait de meilleurs citoyens.

Sir Ken Robinson, dans votre ouvrage à succès "Changez l'école !", vous écrivez que tous les êtres humains naissent avec le plaisir d'apprendre. Ce dernier, selon vous, est ensuite abîmé par les exigences de l'école...

"Notre système éducatif sert uniquement la mise en marché de nos compétences"

Nous sommes programmés pour aimer apprendre, mais l'école nous démotive. Regardez : personne n'oblige les enfants à savoir parler. Et pourtant, cette envie leur vient naturellement parce qu'elle leur permet d'exister, d'être au monde, de communiquer. Il y a cette vidéo que j'aime beaucoup, dans laquelle on voit un petit garçon recevoir une banane en guise de cadeau de Noël. C'est le plus heureux du monde ! Il s'extasie, il saute de joie. Ce genre de séquences nous rappelle une chose : tout le monde a la capacité d'être émerveillé. Cette habilité s'accompagne du plaisir de découvrir et d'apprendre davantage sur ce qui nous entoure.

N'oublions jamais que tous les adultes ont un jour été des enfants curieux de tout. Mais en fait, c'est à l'école que les choses se corsent. Car l'apprentissage et l'éducation sont deux choses différentes : la première est naturelle, la seconde n'est que le format standardisé de la première. Notre système éducatif n'est pas pensé pour nous laisser le temps de prendre le temps. Son objectif est uniquement de servir la mise en marché de nos compétences. L'école se fait donc souvent dans la négation du plaisir de l'apprentissage...

Ces dernières années, on assiste à la multiplication de propositions d'école alternatives. Les établissements pratiquant la pédagogie Montessori attirent un public croissant, le principe de "classe renversée" nourrit le débat éducatif... Cela veut-il dire que progressivement, nous prenons conscience des limites de l'école publique ?

Je pense que nous avons toujours eu conscience des limites de l'école sans tout à fait oser l'admettre. La conférence TED que j'ai tenu il y a plus de 10 ans continue aujourd'hui encore à être visionnée quotidiennement... Je n'y vois qu'une explication : l'enseignement tel qu'il est délivré pose question et un certain nombre de personnes se reconnaissent dans cette remise en question. Le problème étant qu'il est toujours difficile de contester un ordre établi. La plupart des adultes que nous sommes se font le constat que malgré ses défauts, l'éducation n'est pas si mal puisqu'elle leur a permis d'être ce qu'ils sont aujourd'hui. Pourtant, ce n'est pas parce qu'une chose "n'est pas si mal" qu'elle ne pourrait pas "être mieux".

Aujourd'hui, l'école est un univers beaucoup trop pensé de façon unilatérale : un professeur, délivrant son savoir à une assistance, autrement appelé élèves. Or, apprendre devrait être un dialogue. S'il ne connaît pas la réponse, un enseignant ne devrait pas avoir peur de dire "je ne sais pas... et toi, qu'en penses-tu ?"

"S'il ne connaît pas la réponse, un enseignant ne devrait pas avoir peur de dire 'je ne sais pas... et toi, qu'en penses-tu ?'"

Mais je ne suis pas pessimiste. Comme vous le dites, l'idée que l'on pourrait apprendre différemment fait clairement son chemin. De nouvelles pédagogies émergent, des professeurs essayent à leur échelle d'amender leurs cours, des écoles font le pari de tenter de nouvelles méthodes d'enseignement... Simplement, un changement structurel n'arrive jamais d'un coup d'un seul. Regardez, l'adoption du mariage pour tous. Il y a quelques années, cette question n'aurait jamais pu émerger comme elle l'a fait dans plusieurs pays. Et pourtant : le sujet de discussion a émergé médiatiquement, les gens ont beaucoup discuté, les mentalités ont évolué... Et ce nouveau droit a été accordé.

Je crois qu'il ne faut jamais sous-estimer les micro-changements quotidiens qui tendent vers de grands changements structurels. En discutant comme on le fait, on sous-entend rapidement que l'école est une entité à part entière. Mais cela vaut le coup de préciser que l'école est avant tout une somme d'individus. Aussi, l'école change à partir du moment où un professeur, en arrivant le matin dans sa classe, se dit "aujourd'hui, je vais essayer de faire un peu différemment avec mes élèves".

Vous dites également que la créativité est une qualité sous-évaluée dans notre société tandis qu'elle a apporté beaucoup au monde dans lequel nous vivons...

C'est bien simple : on associe souvent la créativité aux arts. Je n'ai rien contre les arts, je les ai d'ailleurs enseignés. Mais en réduisant la créativité aux arts, on sous-entend discrètement que la créativité ne serait pas essentielle au fonctionnement du monde ou encore qu'elle serait une forme d'oisiveté. C'est tout à fait faux. Dans les sciences, dans la technique, dans les nouvelles technologies, il y a de la créativité. Cela, même de nombreuses entreprises, à l'instar de Google il y a quelques années, l'ont compris en intégrant au planning de leurs salariés des temps de recherche. Ce qui est bien la preuve que la créativité n'est pas l'inverse de la rationalité économique. C'est plutôt une dimension de cette rationalité.

"Être créatif, c'est se préparer à une société en constante mutation"

En philosophie, en mathématique, en création musicale, en design, en travaux académiques – pour ne citer que ces secteurs : la créativité a un rôle essentiel. Elle autorise une idée : celle des erreurs. Pour essayer, apprendre, expérimenter, il faut bien faire des erreurs. Or, l'état d'esprit le plus communément partagé consiste à éviter les erreurs. Non seulement nous n'encourageons pas les erreurs, mais en plus nous avons même tendance à les disqualifier. C'est dommage car il faut se souvenir que c'est bien la créativité qui est à l'origine des plus grands moments de rupture de notre monde. Cette compétence est au carrefour de plein d'autres : être créatif et savoir où l'on excelle dans cette créativité, c'est se préparer à une société en constante mutation.

Alors, quels conseils donneriez-vous aux personnes qui ont envie de renouer avec leur créativité ?

Peut-être faudrait-il d'abord identifier les endroits où l'on peut être pleinement créatifs. Pour cela, il est important de sortir de sa zone de confiance. Lire des livres que l'on n'a jamais lus, s'aventurer dans des musées que l'on n'avait jamais envisagés, essayer d'ouvrir un livre de recettes jamais testées, se lancer un défi et s'y tenir, tester une nouvelle activité sportive... Ce sont des endroits un peu stéréotypés de la création, mais dans un premier temps, ils vous permettront de vous frotter à des univers qui vous sortent de la vie quotidienne. À partir de là, analysez ce qui vous a donné le plus de plaisir, identifiez vos points forts et exploitez-les. 

BONUS : La conférence TED de Sir Ken Robinson

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 12/09/2018