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EUROPE

En dépit d’un "accord" sur les migrants, l’UE encore loin du compte

© © Karpov, SOS Méditerranée, AFP | Des membres de l'ONG SOS Méditerranée parlent à des migrants qu'ils ont secouru en pleine mer, le 11 juin 2018.

Texte par Françoise MARMOUYET

Dernière modification : 29/06/2018

À l’issue d’une nuit de tractations tendues, les 28 États de l'Union européenne sont parvenus, vendredi, à un accord sur la question migratoire. Mais il est loin de faire l'unanimité parmi les chercheurs et responsables d’ONG.

Après des heures de négociations à Bruxelles, les pays de l'UE ont annoncé être parvenus, vendredi 29 juin, à un accord sur la question migratoire. Les 28 se sont entendus sur le partage, sur une base volontaire, de l’accueil des réfugiés ; sur la création dans l’UE de "centres contrôlés" pour les accueillir ; et sur la mise en place, hors territoire européen, de "plateformes régionales de débarquement", tout en prévoyant le renforcement de ses frontières extérieures.

Alors que les controverses sur l’accostage des navires de sauvetage en Méditerranée donnent une triste image de la coopération européenne, et à l’heure où les oppositions politiques sur ces questions sont plus tranchées que jamais, les mesures annoncées dans ce consensus a minima restent cependant floues et sont loin de faire l’unanimité.

Que dit précisément l’accord et va-t-il améliorer le sort des milliers de personnes qui frappent aux portes de l’Europe ? France 24 a posé la question à des spécialistes des questions migratoires et à des professionnels d’ONG travaillant avec les réfugiés.

Plateformes de débarquement

Principales pierres d’achoppement : les "plateformes régionales de débarquement". L’accord appelle à "explorer rapidement" ce "concept" encore flou. Pour dissuader les traversées de la Méditerranée, les migrants secourus en mer hors d'Europe pourraient être accueillis au sein des plateformes, en coopération avec le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Le problème est qu'aucun pays tiers ne s'est jusqu'à présent proposé pour héberger de tels lieux d'accueil des migrants secourus dans les eaux internationales, où il est question de distinguer les migrants irréguliers des demandeurs d'asile admissibles dans l'UE, "dans le respect du droit international".

L’accord en général, et cette mesure en particulier, constituent "un véritable fiasco : on est d’accord pour dire qu’on est d’accord sur rien", résume, lapidaire, Patrick Martin-Génier, spécialiste des questions européennes et enseignant àSciences-Po, interrogé sur l’antenne de France 24.

Patrick Martin-Genier, spécialiste de l'Union européenne

"On invite le Conseil européen et la Commission européenne à examiner un concept de plateforme régionale de débarquement dont personne ne veut à l’extérieur de l’Europe, que ce soit l’Albanie, la Libye, l’Algérie ou le Maroc", poursuit-il.

Une mesure que déplore également Thierry Allafort-Duverger, directeur général de Médecins sans frontières, joint par France 24. Celui-ci rappelle l’urgence d’agir face aux naufrages dramatiques (la semaine dernière a été la plus meurtrière de l'année en Méditerranée, puisqu'au moins 220 personnes se sont noyées, selon l'ONG ) et le sort que connaissent les migrants renvoyés en Libye, où ils subissent maltraitances et violences. "Des projections avaient été réalisées pour installer des centres au Niger et cela n’a pas fonctionné", souligne par ailleurs le médecin, qui regrette "qu’on externalise tout et qu’on ne cherche pas à trouver des solutions européennes".

Thierry Allafort-Duverger, directeur général de MSF

Pour Yves Pascouau, chercheur à l’université de Nantes spécialiste des questions migratoires, cette idée constitue une piste intéressante "si, et seulement si, les personnes accueillies dans ces centres bénéficient du même accès à la procédure d’asile que ceux débarqués sur le sol européen". "Mais si l’on établit des plateformes pour rejeter 99 % des demandes d’asile, cela ne pourra pas fonctionner, insiste le scientifique : les gens continueront de tenter de rejoindre l’Europe en toute illégalité, en s’adressant aux mafias de passeurs, avec tous les dangers que comporte le voyage". Pour éviter les morts en Méditerranée, il faut "créer des conditions d’accès légales, par le biais de visas pour chercher un emploi, étudier, ou rejoindre sa famille", estime-t-il.

Centres contrôlés

Pour les migrants secourus dans les eaux européennes, des "centres contrôlés" doivent être proposés selon l'accord. Une distinction y serait faite "rapidement" entre migrants irréguliers à expulser et demandeurs d'asile légitimes, qui pourraient être répartis au sein de l'UE.

La mise en place de ces centres par les États membres se ferait sur une base de volontariat, tout comme la répartition et l’accueil des réfugiés, qui se ferait dans les pays candidats.

>> À lire sur Infomigrants : "Ainsi sauvait l'Aquarius", dix jours à bord d'un navire humanitaire"

"Ces centre contrôlés visent à concilier deux positions. D’un côté, celle de l’Italie, vent debout contre le débarquement des navires de sauvetage sur son sol, de l’autre, celle du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie, NDLR) qui ne souhaite pas accueillir de réfugiés" analyse Yves Pascaouau. Proposer un accueil puis une répartition sur la base du volontariat a permis d’afficher un consensus, mais celui-ci a vite volé en éclats. "La France n'ouvrira pas de centres" d'accueil pour les migrants qui débarquent en Europe car elle "n'est pas un pays de première arrivée", a déjà annoncé Emmanuel Macron, quelques heures après la signature de l’accord.

Ces "centres contrôlés" doivent être selon lui aménagés dans les pays où débarquent des migrants, c'est-à-dire en Italie, Espagne et Grèce. Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a aussitôt démenti l’analyse du président français, tandis que le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini (extrême droite) a annoncé que les ports italiens seraient fermés "tout l'été" aux ONG secourant des migrants. "Un échec patent de la coopération européenne", déplore Patrick Martin-Génier.

Frontières extérieures renforcées

L'accord prévoit enfin d'augmenter les moyens de l'Agence européenne de gardes-frontières, Frontex, en lui donnant plus de ressources financières (sans donner de chiffres) et un mandat plus large.

Il prévoit aussi de renforcer le soutien aux garde-côtes libyens et appelle "tous les navires qui opèrent dans la Méditerranée" à "respecter les lois applicables et ne pas faire obstacle aux opérations des garde-côtes libyens". Un passage particulièrement apprécié par Malte et l'Italie.

"Les seules composantes sur lesquelles les États européens semblent s'être mis d'accord sont, d'une part, le blocage des personnes aux portes de l'Europe, quelle que soit leur vulnérabilité et les horreurs qu'ils fuient, et d'autre part, la diabolisation des opérations non gouvernementales de recherche et de sauvetage", s’est insurgée la responsable des urgences pour MSF, Karline Kleijer.

>> À lire sur France 24 :"Accusées de faire le jeu des passeurs, les ONG d'aide aux migrants se défendent"

"L’Europe se montre incapable d’aller plus avant en matière d’immigration et d’asile, et surtout les gouvernements ont peur de la montée du populisme qu’on observe en Italie, en Hongrie, en Autriche", conclut Patrick Martin-Génier.

"Les 28 affrontent une crise politique et non migratoire", tient enfin à souligner Yves Pascouau, chiffres à l’appui : si le Vieux Continent a vu affluer plus d'un million de migrants en 2015, au plus fort des arrivées, ils étaient moins de 200 000 en 2017.

Cette crise politique sera-t-elle surmontée ? Rien n’est moins sûr, à l’heure où l’Autriche, figure de proue d’une politique restrictive de l’accueil des migrants,prend la présidence tournante des 28 le 1er juillet prochain.

Première publication : 29/06/2018

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