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Mexique : "Amlo veut lutter contre la corruption au sommet de l'État pour restaurer son autorité"

Le chercheur Jean Rivelois, chargé de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), était l'invité de France 24.
Le chercheur Jean Rivelois, chargé de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), était l'invité de France 24. France 24

La lutte contre la corruption était au cœur de la campagne de Andrés Manuel López Obrador, nouveau président élu au Mexique. Pour le chercheur Jean Rivelois, "Amlo" a raison de s'attaquer au sommet de l'État en priorité.

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"Je suis vraiment conscient de ma responsabilité historique (...) Je veux entrer dans l'histoire comme un bon président", a assuré le président élu avec 53 % des voix, Andrés Manuel López Obrador. Entouré de sa femme et de ses enfants, devant une foule de plusieurs milliers de sympathisants réunis sur la place du Zocalo, dans le centre de Mexico. "Je ne vous décevrai pas !", leur a promis "Amlo". Les défis qui l'attendent sont nombreux, comme la lutte contre la corruption et la violence qui gangrène le pays.

Pour s'y attaquer, le président élu bénéficie "du soutien de la société civile et de la jeunesse", estime Jean Rivelois, chargé de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

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France 24 : Cette élection présidentielle entrera dans l'histoire comme la plus violente jamais organisée. Est-ce l'unique fait des cartels ?

Jean Rivelois :Oui et paradoxalement, c'est aussi dû au démantèlement de ces cartels par les autorités, qui a généré une fragmentation, et donc une augmentation, de ces groupes criminels. Par exemple, dans l'État de Guerrero (sud), deux cartels se partageaient le territoire par le passé, contre à peu près une vingtaine de groupes criminels désormais. Ils sont bien implantés sur le plan local car ils peuvent avoir un rôle social et économique de redistribution d'une partie de leurs profits à la population. Ils génèrent à peu près 30 milliards de dollars par an au Mexique. Conséquence : ils se font aussi la guerre entre eux pour des rivalités de territoire et de captation de clientèle et exercent une violence qui n'est plus du tout régulée, ni par l'État, ni par les cartels eux-mêmes. En 2017, le nombre d’homicides au Mexique [29 000, NDLR] en ont fait le deuxième pays le plus meurtrier au monde, après la Syrie. Un tel niveau de violence permet d'expliquer pourquoi la préoccupation sécuritaire est devenue l’enjeu majeur de la campagne présidentielle. Autre point important : ces groupes criminels se présentent également comme des acteurs politiques, c’est-à-dire qu’ils vont choisir leur candidat en assassinant leurs candidats rivaux...

Amlo a promis de faire la guerre à la mafia de l'État et à la corruption. Comment peut-il s’y prendre ?

Il faut savoir qu’il existe un pacte politique depuis 1978 qui unit les autorités officielles, qu’elles soient politiques ou institutionnelles, comme la police, et les représentants des groupes criminels, étant entendu que les représentants politiques tiennent le rôle d’acteur dominant dans cette relation. C’est un pacte de non-agression et de non-intervention dans la société civile. Les acteurs criminels sont donc considérés comme des entrepreneurs ; ils font des affaires et doivent payer un impôt informel aux représentants de l'État. Ils vont ensuite redistribuer socialement une partie des bénéfices de leurs activités pour faire du clientélisme, mais aussi de l'enrichissement personnel. Cet accord a été rompu en 2007, lorsque le président du Mexique Felipe Calderon est parti en guerre contre la drogue. Depuis 2010-2011, les cartels ont à leur tour déclaré la guerre à l’État. D’où une augmentation conséquente des actes de violences qui fait que le politique, qui n’assure plus la sécurité publique, a perdu de sa légitimité.

La solution répressive n’a donc pas marché au Mexique. La deuxième solution, celle du laisser-faire, ne marche pas non plus, parce que localement les acteurs criminels sont devenus dominants. À mon sens, il y a une troisième solution qui consisterait à lutter contre la corruption institutionnelle et politique pour faire diminuer le niveau de violence. C'est un aspect qu'a compris Lopez Obrador : il faut d'abord s'attaquer à la corruption. Cela implique lutter contre la corruption au sommet des hiérarchies. On met en prison les gouverneurs, les ministres et les responsables politiques pour que l'État retrouve sa légitimité et son autorité.

Mais cela n'empêche pas que de nombreux politiques sont achetés par des groupes criminels...

C'est surtout le cas au niveau local et régional. L'exemple le plus frappant est celui d'Iguala, toujours dans l'État de Guerrero, avec la disparition de ces 43 étudiants capturés par la police locale, puis livrés à un groupe criminel local qui les a assassinés. Cela pose la question de savoir si le politique est toujours le dominant, ou est-ce que ce sont les narcotrafiquants ou les groupes criminels ? Il n’y a pas de règle générale.

Les cartels sont très puissants car ils ont diversifié leurs activités, les enlèvements avec demande de rançon d'hommes politiques, d'hommes d’affaires, mais aussi de citoyens lambda, étant la plus rentable. Tout le monde peut être enlevé au Mexique aujourd'hui. Ils s'appuient aussi sur le racket des industriels et des commerçants ou s'approprient des fermes et des commerces. En débordant sur les activités légales, ils blanchissent ainsi leurs bénéfices.

Est-ce que le président nouvellement élu a le soutien de la société civile pour cela ?

Il y a le soutien de la société civile, et aussi de la jeunesse qui s'est mobilisée alors que généralement, elle ne se déplace pas. Il y a un espoir de changement d’une alternance politique.

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