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Guerre commerciale : le spectre d'une récession digne de 2008

La guerre commerciale "totale" évoquée par le Conseil d'analyse économique concerne les États-Unis, la Chine et l'Union européenne
La guerre commerciale "totale" évoquée par le Conseil d'analyse économique concerne les États-Unis, la Chine et l'Union européenne Studio Graphique France Médias Monde

Si le conflit commercial sino-américano-européen dégénère en guerre commerciale, les conséquences seraient "comparables à la Grande récession de 2008-2009", d’après le Conseil d’analyse économique, rattaché au Premier ministre français.

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Une guerre commerciale totale ferait perdre sur sa durée 1 125 euros par an à chaque Français. Cet avertissement provient du Conseil d’analyse économique (CAE), un organisme d’études rattaché à Matignon, qui a évalué les conséquences d’une escalade du conflit tarifaire entre les États-Unis, d’une part, l’Union européenne et la Chine de l’autre, dans un rapport publié, mardi 3 juillet.

L’heure n’est pas à l’optimisme pour les économistes, auteurs de cette étude. Le président américain Donald Trump semble décidé à améliorer la balance commerciale américaine à grand renfort de taxes douanières toujours plus élevées, l’UE et la Chine ont commencé à prendre des mesures de rétorsion et promettent de  rendre coup pour coup.

Des petits pays comme premières victimes

Le scénario le plus noir dans ce concours de "qui a les plus gros droits de douanes" entraînerait une hausse de 60 % des tarifs au niveau mondial sur le commerce "de biens manufacturiers", estime le CAE. Une telle escalade aurait "un effet mondial d’ampleur comparable à celui de la Grande dépression de 2008-2009", juge les auteurs du rapport. La "guerre totale" entraînerait une baisse du commerce mondiale de l’ordre de 40 %, et un important ralentissement de l’activité économique.

Le CAE estime notamment que le PIB européen serait amputé de 4 % et celui de la France de 3 % (soit davantage que la crise de 2008 qui n'a coûté "que" 2,2 % de PIB à l’Hexagone). La hausse du prix des biens importés, et la baisse de l’activité économique entraînerait une chute du pouvoir d'achat équivalente, en moyenne, à un smic net mensuel pour les citoyens européens et une hausse du chômage.

Tout le monde ne serait pas à égalité face à une guerre commerciale "totale". Les grandes puissances qui en sont à l’origine s'en sortiraient mieux que les "petits pays et ceux qui vivent essentiellement de leurs exportations", assurent les auteurs du rapport. La Chine, les États-Unis ou encore les grandes nations européennes disposent d’un marché intérieur suffisamment important pour qu’un coup de pouce à la consommation puisse limiter les effets des droits de douane. Ce n’est pas le cas de l'Irlande, du Mexique ou encore de la Corée du Sud, trois pays dont le PIB baisserait de 10 % ou plus, d’après les calculs du CAE.

"Probable" mais pas inévitable

La mise en place de barrières douanières tous azimut n’affecterait pas seulement l’économie mondiale à court terme. Le protectionnisme a des "effets négatifs de long terme, notamment via l’apparition d’une économie administrée peu favorable à l’innovation", soutiennent les auteurs, chantres assumés d’une mondialisation heureuse. Pour que les Apple, Uber ou Facebook de demain voient le jour, il faut des économies ouvertes à l’échange de biens, comme d’idées.

Les auteurs de l’étude qualifient ce scénario catastrophe de "probable" mais pas d’inévitable. L’offensive de Donald Trump contre le commerce mondial bénéficie, aux États-Unis, du soutien d’une partie de la population qui craint d’être les laissés-pour-compte de la mondialisation. Le Conseil d'analyse économique suggère de saper ce soutien en s'attaquant aux sources de dysfonctionnements du commerce mondial : tous les pays doivent être sur un pied d’égalité dans la grande bataille commerciale. La Chine ne doit pas pouvoir se revendiquer comme championne du libre-échange, tout en accordant, par exemple, de généreuses subventions aux exportateurs de panneaux photovoltaïques, rappellent les auteurs du rapport. Les pays européens doivent aussi continuer à signer des accords commerciaux bilatéraux, afin de mettre autant de bâtons dans les roues des protectionnistes, comme Donald Trump. Des solutions qui risquent, cependant, de prendre du temps à appliquer. Peut-être trop pour pouvoir faire barrage à la guerre commerciale qui couve.

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