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Afrique

Sénégal : au procès en appel de Khalifa Sall, deux avocats français face-à-face

© Seyllou, AFP | Le premier procès de Khalifa Sall au palais de justice de Dakar, en décembre 2017, avait déjà attiré les foules.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 10/07/2018

Le maire de Dakar, Khalifa Sall, est jugé en appel depuis lundi pour détournements de fonds publics. L’opposant est notamment défendu par l’avocat français Alain Jakubowicz...tandis que Francis Szpiner défend les intérêts de l’État du Sénégal.

Un ténor du barreau de Paris, ‏Me Francis Szpiner, pour la partie civile et, de l’autre côté de la barre, pour la défense, un ténor du barreau de Lyon, Me Alain Jakubowicz. Le face-à-face de ces deux pénalistes habitués des grands procès médiatiques n’aurait rien d’exceptionnel en France. Mais, depuis lundi 9 juillet, c’est au Sénégal, dans la salle numéro 4 du palais de justice de Dakar, que les deux avocats français "s’affrontent".

Le combat judiciaire auquel participent, à Dakar, Me Szpiner et Me Jakubowicz fait la une de toute la presse sénégalaise : il s’agit du procès en appel de l'opposant sénégalais et maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall, condamné à cinq ans de prison, le 30 mars dernier, pour détournements de fonds publics. Un procès dont l’enjeu politique est important : selon des juristes, tant que la condamnation de Khalifa Sall n'est pas définitive, il reste éligible pour la présidentielle de février 2019 face au chef de l'État sortant, Macky Sall.

Avant même l’ouverture du procès lundi matin, c’est sur Twitter que les deux avocats français ont défendu les intérêts de leurs clients respectifs : tandis que Francis Szpiner signalait sa présence à Dakar "pour défendre les intérêts de l’État du Sénégal", Alain Jakubowiczse disait "fier" de rejoindre le collectif des avocats chargés de la défense de Khalifa Sall.

Khalifa Sall et sept de ses collaborateurs ont été condamnés en première instance pour "escroquerie portant sur des fonds publics" et "faux en écriture", pour le détournement d'environ 2,5 millions d'euros prélevés entre 2011 et 2015 des caisses de la ville de Dakar, dont il est maire depuis 2009. Se défendant de tout enrichissement personnel, les prévenus avaient assuré que ces fonds étaient "politiques" et donc à l'usage discrétionnaire des élus. Lors de ce premier procès, Khalifa Sall a été relaxé pour les chefs d'inculpation de "détournement de deniers publics", "association de malfaiteurs" et "blanchiment de capitaux". Khalifa Sall affirme que les poursuites judiciaires à son encontre visent à l'empêcher de se présenter en 2019, ce que démentent les responsables de la majorité.

"Khalifa Sall et les 40 plaideurs"

Joint par France 24 juste avant le début du second jour d’audience, Francis Szpiner rejette complétement l’idée d’un duel entre avocats français en toile de fond de ce procès en appel : "Des avocats, Khalifa Sall en a je ne sais combien. C’est ‘Sall et les 40 plaideurs’", ironise-t-il avant d’ajouter : "Il se trouve que parmi eux, il y a un avocat français, mais je n’ai pas d’adversaire privilégié, ni dédié".

Alain Jakubowicz n’a pu être joint par France 24.Lundi soir, avec les autres avocats de Khalifa Sall, il a quitté l'audience au palais de justice après le rejet par la cour de leur demande de renvoi du procès.

Venus par centaines, lundi, dans l’immense salle d’audience soutenir le maire de Dakar, les partisans de Khalifa Sall avaient hué les juges après le rejet de cette demande de renvoi, conduisant le président de la cour d'appel, Demba Kandji, à demander aux gendarmes de les évacuer. Les débats s’étaient alors poursuivis sans public et sans les avocats de Khalifa Sall qui avaient décidé de quitter la salle pour protester contre la décision de la cour.

"Un procès politique", selon Me Jakubowicz

À la sortie de cette audience mouvementée, Alain Jakubowicz a dénoncé devant des journalistes sénégalais "un simulacre de justice" et "un procès politique au sens le plus péjoratif du terme". "On est en droit de se poser des questions sur l’indépendance des magistrats qui composent la cour", a-t-il encore dit.

Des accusations qui n’ont pas lieu d’être selon Francis Szpiner : "Quand c’est un homme politique qui est jugé pour du droit commun, on crie au complot politique, mais vouloir être candidat à la présidentielle ne vous accorde pas une immunité pour les délits de droit commun". "Ce n’est pas l’État sénégalais qui a inventé que des fonds ont été détournés à l’aide de faux documents", relève l’avocat. Ainsi, pour Francis Szpiner, il ne fait aucun doute que Khalifa Sall bénéficie d’un procès équitable : "Je connais la justice sénégalaise depuis 30 ans, c’est une justice indépendante. Le Sénégal est un pays où la parole des avocats est libre et d’une virulence stupéfiante", estime cet habitué des affaires sur le continent africain qui a défendu l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade en 1988.

Un arrêt de la Cour de justice de la Cédéao au cœur des débats

C'est en s'appuyant sur l’arrêt, rendu le 29 juin mais non encore publié officiellement, de la Cour de justice de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) que les avocats de la défense ont demandé le renvoi du procès lors des deux premières audiences. Selon la défense, cet arrêt de la juridiction communautaire, saisie par Khalifa Sall, a conclu au caractère "arbitraire" de sa détention préventive, ainsi qu'à la violation de sa présomption d'innocence et de son immunité parlementaire. "Les magistrats sénégalais devaient et doivent suivre la décision prise par la Cédéao", a réagiAlain Jakubowicz en dénonçant "une insulte faite au peuple sénégalais" après le rejet du renvoi du procès.

L'État sénégalais, de son côté, assure que l'arrêt de la Cour de la Cédéao "ne remet nullement en cause l'autorité de la chose jugée" et ses avocats affirment que la défense cherche ainsi à gagner du temps. "Manifestement, Khalifa Sall n’a pas très envie d’être jugé", a ainsi commenté Francis Szpiner auprès de France 24.

Alors que la décision de la Cédéao est censée s'imposer à la justice sénégalaise et annuler la condamnation, le président de la cour d'appel, Demba Kandji a, lui, déclaré : "Je n'ai rien dans mon dossier qui me prouve qu'il y a une décision rendue par la Cédéao". Les avocats de la défense et de la partie civile n’ont pas fini de faire valoir leurs arguments.

Première publication : 10/07/2018

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