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Dernière modification : 13/07/2018

Centrafrique : à la rencontre des ex-rebelles putschistes

© France 24

En Centrafrique, pays déchiré par la guerre, les ex-rebelles putschistes rêvent désormais d'indépendance. Les reporters de France 24 James André et Anthony Fouchard sont allés à la rencontre d'un des plus puissants groupes armés du pays, dans la capitale de leur État parallèle.

La République centrafricaine n’a quasiment jamais connu la paix. Et jusqu’en 2013, les vicissitudes de cette ex-colonie Française n’ont que rarement attiré l’attention de la communauté internationale. Le 25 mars 2013, les rebelles de la coalition Séléka prennent le pouvoir de manière brutale. C’est déjà le cinquième coup d’État depuis l’indépendance en 1960. Mais cette fois-ci, les dirigeants de tous bords ont instrumentalisé les conflits communautaires et les appartenances religieuses à des fins politiques et le conflit armé dégénère en massacres. La rébellion Séléka, dirigée par Michel Djotodia, est contrainte d’abandonner le pouvoir au bout de neuf mois, incapable de restaurer la sécurité. La France, sous l’égide l’ONU, déploie plus de 2 000 soldats pour ramener la paix et éviter "un génocide".

L'État parallèle de Ndélé

Depuis leur débâcle, les rebelles sont divisés, morcelés, mais ont conservé leur pouvoir de nuisance, à l’image du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), l’un des groupes les plus puissants. À Ndélé, dans le nord-est du pays, ils ont même érigé en 2015 le drapeau d’une éphémère république : la Logone. Et si les Casques bleus décrochent rapidement ce gênant symbole, c’est peine perdue pour le gouvernement légitime, encore chancelant. Le président Faustin-Archange Touadéra, élu en mars 2016, n’a toujours pas réussi à apaiser un pays dévasté par la guerre civile. Pire, les violences ont même repris à Bangui en avril 2018.

>> À voir aussi : À Bangui, le quartier du PK5 toujours sous le joug d'une milice d'auto-défense

De quoi pousser Abdoulaye Hissène, le chef militaire du FPRC, à masser ses troupes aux portes de la capitale. "Vous avez un président qui n'a ni les moyens, ni la bonne politique pour réunir tous les Centrafricains. Tous les jours que le bon Dieu a fait, il y a des morts dans ce pays", dit-il. Mais bien qu'il prétende agir pour défendre "sa communauté", Abdoulaye Hissène ne s’est jamais privé d’instrumentaliser lui aussi, les tensions religieuses à son profit.

Abdoulaye Hissène, chef militaire du FPRC

Partition du pays

Si la perspective d’un nouveau coup d’état semble peu probable, celle d’une partition du pays est sur toutes les lèvres. Sauf sur celles des rebelles. Les têtes pensantes du FPRC préfèrent parler de fédéralisme et d’autonomie. "Nous ne voulons pas de la partition, nous réclamons plus d'autonomie et de reconnaissance pour gérer ce territoire que nous administrons", explique Adoum Djaffar, coordonnateur politique du mouvement, qui n'hésite pas à citer la Convention de Genève, qui "oblige les groupes qui contrôlent une zone à pourvoir au besoin des populations".

Les rebelles, qui avancent prudemment leurs pions, ont ainsi laissé revenir sur leur zone un préfet et un sous-préfet. Les enseignants sont toujours payés par Bangui et l’hôpital est administré par un fonctionnaire. Car si les rebelles contrôlent tous les axes, assurent la sécurité et prélèvent même des impôts, ils ne veulent pas donner l’impression de s'être coupés de l'État central, pour qui le Nord n'est pas une priorité.

Opération mains propres

Le FPRC veut désormais se racheter une image, plus présentable que celle d’une armée de rebelle qui viole, pille et détruit tout sur son passage, comme en 2013. Une médiation est même en cours, sous l’égide de l’Union africaine (UA). Selon plusieurs sources, le gouvernement centrafricain serait prêt à accorder une relative autonomie au FPRC, mais pas sans contrepartie. Car dans le Nord-Est, les rebelles sont littéralement assis sur une mine d’or… et de diamants. Et malgré les sanctions qui interdisent l’exportation de diamants depuis 2013, l’ONU estime qu’au moins 24 millions de dollars issus de ces mines sont venus alimenter les différents groupes armés.

De quoi aiguiser l’appétit d’acteurs internationaux. Dans le petit bureau du FPRC, à Ndélé, Abdoulaye Hissène pose les photocopies des passeports des hommes qu’il a intercepté à bord d’un convoi de 18 camions, en mai dernier. Des Russes, des Kirghizes, des Biélorusses, "soi-disant venus proposer leurs services de médiateurs" entre les rebelles et le gouvernement... mais qui ne rechigneraient pas non plus à exploiter un peu les riches sous-sol aux alentours.

Invitées par le gouvernement centrafricain pour former l’armée régulière, des sociétés privées russes sont désormais à l’origine d’un véritable conflit géopolitique. Officiellement, la France ne voit aucun problème à cette présence russe en Centrafrique. Mais dans les couloirs des chancelleries, on confirme que le climat est "tendu" et les représentants diplomatiques français ne sont "plus invités à toutes les cérémonies protocolaires" dès lors qu’elles impliquent la Russie.

En attendant, Abdoulaye Hissène, lui, fanfaronne, car il sait pertinemment que l’embryon d’armée régulière ne pourra pas venir le déloger. "Mes hommes à moi sont à Bangui, ils n’attendent que le feu vert politique", affirme-t-il. Nouvelle esbroufe ou pas, la menace des armes reste son principal argument de négociation pour accéder à l'autonomie.

Par James ANDRE , Anthony FOUCHARD

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