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Découvertes

Sur YouTube, celles qui parlent de sciences subissent insultes et sexisme

© Florence Porcel / String Theory FR

Texte par Perrine SIGNORET

Dernière modification : 16/07/2018

Une étude australienne a mis en évidence les commentaires désobligeants que subissent les vidéastes femmes qui parlent de sciences.

Sur YouTube, les femmes qui parlent de sciences sont encore rares. Selon une étude australienne publiée le 8 juillet, elles ne représenteraient même pas 10 % des vulgarisateurs vidéastes populaires. La faute, peut-être, aux insultes et commentaires sexistes qu’elles reçoivent. En moyenne, 14 % de leurs commentaires seraient insultants ou sexistes, contre 6% pour les créateurs masculins.

VOIR AUSSI : Comment les chercheurs français ont enfin pris les youtubeurs au sérieux

4,5 % des commentaires portant sur le physique

Pour trouver ce chiffre, Inoka Amarasekara, une chercheuse rattachée à l'Université nationale australienne, a analysé manuellement pas moins de 23 000 commentaires, trouvés sur 391 chaînes YouTube dédiées aux sciences, nouvelles technologies et mathématiques. Elle s’est d’abord réjouie du fait que les femmes recevaient, pour un même nombre de vues sur une vidéo, plus de commentaires que les hommes. Avant de constater que leurs chaînes concentraient également plus de messages "sur leur apparence, hostiles, critiques et négatifs, sexistes ou sexuels". Par exemple, pour les femmes, 4,5 % des commentaires portent sur le physique, tandis que les hommes n'en reçoivent que 1,4 %. Concernant les commentaires sexistes ou à connotation sexuelle, le ratio est de 3 %, contre seulement 0,25 % environ.

Florence Porcel, qui écrit et réalise des vidéos de vulgarisation scientifique sur sa chaîne YouTube, raconte à Mashable FR que ses commentaires font partie de son quotidien "depuis [ses] débuts, c’est-à-dire en 2009". "Tout le monde, garçons comme filles, reçoit des commentaires critiques. C’est Internet…", plaisante-t-elle, avant d’ajouter d'un ton plus grave : "Mais dans mon cas, les commentaires désobligeants représentent une grosse partie de ce que je reçois. Je n’ai pas compté précisément, mais je dirais que 10 à 30 % des messages sont insultants, sexistes ou désobligeants."

Insultes et menaces de viol

Elle explique recevoir des commentaires sur ses yeux qui "stressent" les internautes – qui précisent dire ça "en toute gentillesse" –, commentant son corps ou lui demandant de quelle manière elle s’épile. Parfois, ce sont des insultes, des menaces, "souvent de viol".

Pendant plusieurs mois, elle a été la cible de véritables campagnes de harcèlement, au point que durant six mois, elle a dû fermer son espace de commentaires. "Depuis, ça va mieux", dit la vidéaste, qui a "blacklisté" certains termes des commentaires comme "pute", "connasse", "chatte" ou "bite". "Ca permet de ne pas les afficher publiquement, du coup il n’y a plus grand chose sous mes vidéos, mais moi, je continue à les voir", indique Florence Porcel, qui compte 76 000 abonnés sur sa chaîne.

Genetix, qui parle biologie sur YouTube, a aussi son "lot d’idiots dans les commentaires", comme le remarque une abonnée. Si elle considère que son "faible nombre d’abonnés" (quelques centaines) la "protège" du sexisme, cette femme transgenre admet "toujours [se] poser la question de où mettre le curseur de la féminité" dans ses contenus.

Manon Bril, de la chaîne "C’est une autre histoire", note que les commentaires sexistes ne s’arrêtent pas au milieu des "sciences dures", mais touche également bien d’autres femmes. Elle s’estime plutôt chanceuse à ce sujet, "sûrement parce que je parle d’histoire et que c’est un sujet qu’on a plus eu l’habitude de voir associé ou traité par des femmes", concède-t-elle par téléphone à Mashable FR. Mais elle se souvient d’une vidéo qu’elle avait faite sur la politique. Pour un simple billet d’humeur, la vidéaste avait reçu des salves d’insultes. "Des gens me disaient que je ne parlerai plus quand je me serais faite violer. C’était très violent, et je pense qu’un homme se serait peut-être aussi fait insulter, mais pas comme ça."

"On pourrait svp commencer à nous prendre un peu au sérieux ?"

Comme d’autres, Genetix espère que l’étude australienne fera évoluer les choses : "Un jour [ce] sera beaucoup plus safe et on lira cet article sur le mode "C’était comme ça avant ?". Ana D., spécialisée dans science-fiction et les nouvelles technologies, ajoute sur Twitter : "Maintenant qu’il y a une étude qui le montre, on pourrait svp commencer à nous prendre un peu au sérieux quand on peste ? Et les vidéastes hommes ‘gneugneu moi aussi j’ai des comm méchants’ (on vous voit) vous allez commencer à relativiser un peu ou pas ?"

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 16/07/2018