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FRANCE

Ce qu'il faut savoir sur l'affaire Benalla qui fait trembler l’Élysée

© Philippe Wojazer, AFP

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 22/07/2018

Licencié par l'Élysée, placé en garde en vue, puis déféré pour être présenté à un juge d'instruction, Alexandre Benalla est accusé d'avoir agressé un manifestant le ler Mai. Retour sur une affaire qui empoisonne l’exécutif.

  • L’origine de l’affaire Benalla

L’affaire éclate le 18 juillet, après la publication par le journal Le Monde d'une vidéo datant du 1er mai dans laquelle un chargé de mission auprès du chef de cabinet de la présidence de la République,  violente un manifestant dans une rue du Ve arrondissement de Paris. Sur les images, filmées par un militant de la France insoumise, l’homme identifié comme Alexandre Benalla est coiffé d'un casque à visière des forces de l'ordre, roue de coups un jeune homme à terre.

Très rapidement la polémique enfle, l'opposition évoque une affaire d'État, et tous les regards se tournent vers l’Élysée.

 

  • Pris dans la tempête, l’Élysée fini par lâcher Benalla

Alors que les médias et l’opposition réclament des explications sur le rôle exact d’un proche collaborateur du chef de l'État, qui fait le coup de poing avec des manifestants, l’Élysée se retrouve face au feu roulant des critiques. Le lendemain, le porte-parole de la présidence, Bruno Roger-Petit, explique lors d’une conférence de presse qu'Alexandre Benalla avait été "autorisé", à sa demande, à "observer les opérations de maintien de l'ordre pour le 1er mai", sur "un jour de repos". Mais ayant "largement outrepassé cette autorisation", Alexandre Benalla a rapidement reçu "la sanction la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l'Élysée", a-t-il assuré.

Il a été "mis à pied pendant quinze jours avec suspension de salaire" et "démis de ses fonctions en matière d'organisation de la sécurité des déplacements du président", pour "punir un comportement inacceptable". C'est "un dernier avertissement avant licenciement", a précisé Bruno Roger-Petit. Un deuxième homme a aussi "outrepassé son autorisation" ce même 1er-Mai, a révélé le porte-parole de l'Elysée. Il s’agit de Vincent Crase, gendarme réserviste et employé de LREM. Il a lui aussi écopé d'une "mise à pied de quinze jours avec suspension de salaire", et "a été mis également fin à toute collaboration entre lui et la présidence de la République".

Toujours est-il qu’Alexandre Benalla a pourtant été mobilisé récemment en dehors de l’Élysée. Le 16 juillet, il serait notamment monté dans le bus de l'équipe de France de football, sacrée la veille championne du monde en Russie, qui paradait sur les Champs-Élysées avant d'être reçue dans le palais présidentiel par Emmanuel Macron.

De son côté, ce dernier reste mutique sur l’affaire. À un journaliste qui lui demandait jeudi après-midi lors d'un déplacement à Périgueux (Dordogne), si la République était entachée par cette affaire, il a répondu : "Non, non, la République, elle, est inaltérable".

Finalement, vendredi, l'Élysée a annoncé engager une procédure de licenciement à l’encontre d'Alexandre Benalla, arguant de "faits nouveaux constitutifs d'une faute commise" et faisant "l'objet d'une procédure judiciaire", la présidence a annoncé à l'AFP avoir "pris la décision d'engager la procédure de licenciement d'Alexandre Benalla", car celui- ci, "aux fins de prouver son innocence, (...) aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir".

Selon le code de procédure pénale, le procureur de la République aurait dû être saisi pour ces faits mais aucun membre de l'exécutif ne l'a fait, ce qui fait dire à l'opposition que le pouvoir a cherché à étouffer l'affaire.

  • Qui est Alexandre Benalla ?

Réserviste de la gendarmerie depuis 2009 (il n'a été appelé sur aucune mission depuis 2015), Alexandre Benalla, responsable de la sécurité de la campagne du candidat Emmanuel Macron est devenu, après la victoire du 7 mai 2017, chargé de mission et adjoint au chef de cabinet du président, François-Xavier Lauch. Né en septembre 1991, il était notamment chargé d’accompagner le président français dans ses nombreux déplacements officiels ou privés. D'après Le Monde, il était logé depuis le 9 juillet dans une dépendance de l'Elysée, quai Branly. Une adresse où logent plusieurs collaborateurs de la présidence, y compris des gendarmes.

Alexandre Benalla (à droite), était affecté à la sécurité de Martine Aubry lors des primaires du PS en 2011. © Thomas SAMSON / AFP

Quelques années auparavant, il avait assuré la protection de plusieurs responsables socialistes. Il était notamment affecté à la sécurité de Martine Aubry lors des primaires du PS en 2011. Il a aussi été membre du service d'ordre de François Hollande durant la campagne de 2012. Il est ensuite allé travailler "quelques mois" pour Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, selon l'ancien responsable national du service d'ordre du PS, Éric Plumer, qui l’a formé à compter de 2010. . "Je m'en suis séparé au bout d'une semaine après une faute professionnelle d'une première gravité: il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite", a déclaré Arnaud Montebourg au Monde.

Depuis l’éclatement de l’affaire, plusieurs journalistes -de l'AFP ou de Public Sénat, notamment- se sont plaints de son comportement "musclé" lors de la campagne d’Emmanuel Macron. Les Jeunes Communistes de Bobigny et Drancy ont également dénoncé des violences en marge d'un rassemblement à Bobigny en 2016. "Un de nos camarades a été frappé après avoir été trainé à l'écart", ont-ils affirmé dans un communiqué.

Alexandre Benalla a été placé en garde à vue vendredi matin à Paris. À l'issue de celle-ci, samedi, l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron a été déféré au tribunal en vue de sa présentation à un juge d'instruction, a fait savoir le Parquet.
 

  •  La justice se saisit de l’affaire

Jeudi, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "violences par personne chargée d'une mission de service public", ce qui serait passible de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende, voire plus s'il y a eu incapacité de travail.

Les investigations ont été confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ainsi qu'à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Les chefs d'"usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l'autorité publique" (article 433-14 du Code pénal), pour lesquels l'enquête est également ouverte, sont passibles respectivement de 3 ans et 1 an de prison, et 45 000 et 15 000 euros d'amende.

Une information judiciaire doit être ouverte dimanche pour faire la lumière sur les conditions dans lesquelles l'ancien chef adjoint du cabinet du chef de l'État a participé aux opérations des forces de l'ordre, coiffé d'un casque de police, lors des manifestations du 1er-Mai, à Paris.

Samedi, le domicile d'Alexandre Benalla, situé à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), a été perquisitionné, selon une source proche de l’enquête, citée par l’AFP.

Par ailleurs, Les trois policiers suspendus pour avoir transmis des images de vidéo-surveillance au collaborateur d'Emmanuel Macron filmé en train de frapper un manifestant le 1er mai, ont été placés en garde à vue samedi matin, a annoncé le parquet de Paris. Ces trois hommes ont été placés en garde à vue pour "détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection" et "violation du secret professionnel".

Selon la préfecture de police, des images de vidéo-surveillance ont "été indûment communiquées à un tiers, dans la soirée du 18 juillet". C'est justement mercredi soir que cette affaire a été révélée par le journal Le Monde. Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a "condamné lourdement" les agissements de ces trois fonctionnaires, suspendus à titre conservatoire vendredi matin.

  •  Remous politiques

Des députés de l’opposition ont accusé Gérard Collomb de "mensonges", après de nouvelles informations de presse selon lesquelles le ministre était au courant de l'agression dès le 2 mai - informations non confirmées à l'AFP.

Le ministre de l’Intérieur sera auditionné publiquement lundi, à 10H00, dans le cadre de l'affaire par la commission des Lois de l'Assemblée nationale dotée des pouvoirs d'enquête, a annoncé samedi sa présidente Yaël Braun-Pivet (LREM).

Gérard Collomb sera également auditionné mardi à 17h45 par les sénateurs, qui souhaitent eux aussi faire la lumière sur l’affaire Benalla.

Le chef de file des députés de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a estimé que l'affaire Benalla est "du niveau du Watergate" et qu'Emmanuel Macron devrait "assumer" ses responsabilités, dans un entretien au Monde publié samedi.

Avec AFP

Première publication : 21/07/2018

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