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Insultes, accrochage, rivalité : le malaise autour de l'équipe Sky sur le Tour de France

Le Britannique Chris Froome, lors d'une conférence de presse, le 23 juillet 2018 à Carcassonne.
Le Britannique Chris Froome, lors d'une conférence de presse, le 23 juillet 2018 à Carcassonne. Marco Bertorello, AFP

Alors que débute la troisième et dernière semaine du Tour de France, la Sky occupe les deux premières places. Pourtant l'heure n'est pas aux sourires. L'équipe britannique est la cible de toutes les critiques après des suspicions de dopage.

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Depuis des jours, cette question agite le Tour de France : qui est le numéro 1 de l’équipe Sky ? Au cours d’une conférence de presse organisée lundi 23 juillet, lors de la journée de repos, la réponse a finalement été sous-entendue. Le quadruple champion de l’épreuve, Chris Froome, a admis qu’il n’était plus forcément le leader dans son équipe, alors que son coéquipier Geraint Thomas, est l’actuel maillot jaune avec 1'39" d’avance au général avant de nouvelles étapes de montagne à partir de mercredi.

"Vous dites que Geraint est mon principal adversaire pour gagner un cinquième Tour ? Non, ce n’est pas mon avis. Si le maillot Sky passe la ligne devant, je serai content", a-t-il déclaré. "Tous les deux sont des grands champions. Je serais content de voir l'un des deux, n'importe qui, gagner le Tour de France", a également affirmé le patron et entraîneur de la Sky, Dave Brailsford.

Une domination au goût amer

Même si la Sky occupe pour l’instant les deux premières places du podium avec Geraint Thomas en tête, cette conférence de presse s’est déroulée dans un climat plutôt tendu pour l’équipe britannique. La veille, l’Italien Gianni Moscon, un coéquipier de Froome et Thomas, s’est fait exclure du Tour de France après avoir porté un coup de poing sur le casque d'Élie Gesbert (Fortuneo-Samsic). Cet incident, qui a été qualifié d'"agression particulièrement grave", ne redore par l’image de l’équipe devenue la cible d’une partie du public français sur le bord de la route.

Au cours des étapes dans les Alpes, Chris Froome a en effet subi les sifflets et les insultes de certains amateurs de la Grande Boucle. Lors de la montée de l'Alpe d’Huez, il a même été bousculé par un spectateur. Fait rare, un fumigène a également été lancé dans le peloton à 20 kilomètres de l'arrivée de l'étape à Valence. Effet de mode ou véritable agression ? Ces événements sont en tout cas en lien avec le récent classement sans suite d’une procédure antidopage à l'encontre de Chris Froome.

Après un contrôle anormal au salbutamol, un antiasthmatique, lors du tour d’Espagne en 2017, le Britannique a été blanchi par l’Union cycliste internationale (UCI) à cinq jours du départ. Interrogé à ce sujet, Dave Brailsford a dénoncé l’incapacité des organisateurs de l’épreuve à prendre des mesures efficaces contre ce type de spectateurs. Pour lui, il s’agit d’un problème culturel : "Nous avons couru en Italie et l’affaire de Chris était à ce moment-là en cours lors du Tour d’Italie et les Italiens étaient fantastiques pour être honnête. Cela a l’air d’être un problème français".

Des audiences en baisse

En continuant à jeter de l’huile sur le feu, le patron de la Sky risque d’aggraver l’hostilité entre les amateurs de cyclisme et son équipe. Le désamour ne s’est pas seulement manifesté par des injures, mais aussi par un manque criant de ferveur. Habituellement, sur les pentes de l’Alpe d’Huez, il est bien difficile de se frayer un chemin, mais cette année les caméras de télévision ont montré un public plus clairsemé. À la télévision également, les retransmissions ont affiché une baisse d’audience. La première grande étape de montagne n’a attiré que 3,9 millions de spectateurs sur France 2, contre une moyenne de 4,5 millions pour les étapes accidentées l’an dernier, note Le journal Le Monde. Ce désintérêt s’explique en partie par la concurrence du Mondial de football, mais le malaise est bien là.

Au sein même des autres équipes, des langues se délient pour critiquer l’attitude de la Sky. "On nous a dit pendant des mois qu’il y avait un problème avec Froome puis, hop, d’un coup de baguette magique, à tort ou à raison, on nous dit que tout va bien, quelques jours avant le départ", a ainsi déclaré sur France 2 Marc Madiot, le manager de l’équipe Groupama FDJ. "Les Sky ne montrent pas un seul signe de compréhension de la situation, poursuit-il, ils se victimisent. À aucun moment, ils se disent : 'Ok, il y a peut-être un problème de perception, peut-être qu’on pourrait montrer autre chose'. Je comprends la réaction du public qui siffle et qui hue."

Cyrille Guimard, sélectionneur de l’équipe de France de cyclisme, n’est également pas surpris par cette antipathie alors que les organisateurs du Tour de France avait annoncé eux-mêmes que Froome était persona non grata sur l’épreuve. "À la fin, ça ne passe plus dans le public. Il en a marre à juste titre, et quand il le voit attaquer, il se dit : il ne devrait pas être là", a-t-il estimé dans les colonnes de L'Équipe. Pour ce consultant de RMC, cette hostilité s’explique aussi par l’image que renvoie le coureur : "Chez Sky, ils ne font passer aucune émotion, aucune joie, aucune flamme, comme s’ils n’en ressentaient pas eux-mêmes. Quinze secondes après avoir franchi l’arrivée, Froome redevient impassible, là où Alaphilippe exulte. Est-ce du flegme ? Une sorte d’insensibilité à l’égard du Tour ? Après cela, comment être aimé du public ?"

Du côté de la Sky, les principaux concernés essayent de faire bonne figure. "Ce n’est pas une belle situation. Nous aimerions que tout le monde nous aime, il se trouve que ce n’est pas le cas. Pourtant, on n’a rien à se reprocher", a insisté Geraint Thomas. Cette remarque du maillot jaune sera-t-elle entendue ? L’étape de mardi entre Carcassonne et Bagnères-de-Luchon sera quoi qu'il arrive intense sur, et en dehors, de la route. Il ne reste plus aux deux frères ennemis de la Sky, Geraint Thomas et Chris Froome, que six jours pour se départager avant l’arrivée sur les Champs-Élysées.

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