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Syrie : une mission humanitaire commune pour réchauffer les relations franco-russes

Chargement d'aide humanitaire à destination de la Syrie à bord d'un avion cargo russe Antonov, le 20 juillet à Châteauroux, dans le centre de la France.
Chargement d'aide humanitaire à destination de la Syrie à bord d'un avion cargo russe Antonov, le 20 juillet à Châteauroux, dans le centre de la France. Alain Jocard, AFP

La France a acheminé le week-end dernier 50 tonnes d'aide humanitaire en Syrie, via un avion militaire russe. Faut-il y voir un changement de cap de la politique d'Emmanuel Macron vis-à-vis de Moscou et son allié syrien ?

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Est-ce un tournant dans la politique d'Emmanuel Macron en Syrie ? Dans la nuit du 20 au 21 juillet, plus de 50 tonnes d’aide humanitaire française ont été transportées depuis l’aéroport de Châteauroux, dans le centre de la France, vers la Syrie par un avion de l’armée russe, un gros porteur Antonov 124. C'est ce qu'a indiqué un communiqué russo-français délivré par la présidence française.

"La France tente de revenir dans le jeu diplomatique syrien par la petite porte de l'humanitaire, en coopérant étroitement avec la Russie. Cette décision marque une inflexion dans la politique française, car sous le quinquennat d'Hollande, la France ne délivrait de l'aide que dans les zones rebelles, et non dans les zones contrôlées par le régime. C'est une politique des petits pas, mais qui ne changera pas grand-chose sur le fond", estime Fabrice Balanche, spécialiste de la région et chercheur à la Hoover institution.

Selon le Quai d’Orsay, il s’agit principalement de "matériel médical de première nécessité" destiné à 500 blessés lourds et de 15 000 blessés légers dans la Ghouta orientale, une région qui entoure Damas, la capitale syrienne, reprise par le régime en avril 2018 au prix du sang (près de 1 600 civils tués).

L'humanitaire, un moyen de réintégrer le jeu syrien ?

Cette initiative prise par le président français est inédite, car c’est la première fois qu'une capitale occidentale coopère avec Moscou sur le dossier syrien. Elle s'inscrit dans le cadre de discussions qui durent depuis plusieurs mois avec Vladimir Poutine. Dès le sommet de Saint-Pétersbourg, le 25 mai dernier, les présidents français et russes s'étaient mis d'accord sur un plan d'action commun en Russie. Lors de leur discrète rencontre au Kremlin en juillet, en marge de la Coupe du monde de football, les deux dirigeants ont finalisé les détails de cette opération estimée à 400 000 euros. Elle s’inscrit dans le cadre d'une initiative française plus vaste, décidée par la présidence française il y a deux mois : l'attribution d'un crédit de 50 millions d’euros pour des projets humanitaires dans le nord-est de la Syrie et dans la Ghouta orientale, ancien bastion de l’opposition. Plus largement, la conférence Bruxelles II sur l’avenir de la Syrie et de la région, le 25 avril 2018, a acté une aide de la France pour les années 2018-2020 "de plus d'un milliard d'euros en faveur du peuple syrien et des communautés hôtes dans les pays accueillant les réfugiés".

Emmanuel Macron montre sa joie auprès de Vladimir Poutine lors de la finale de la Coupe du monde en Russie, le 15 juillet 2018 Frank Fife, APP

>> À lire : Des dizaines de morts après des attaques revendiquées par l'EI

Depuis quelques mois, Emmanuel Macron collabore avec les Russes, devenus les maîtres du jeu sur le terrain, ainsi qu'avec l'Iran. Un de ses objectifs est notamment de lancer "un mécanisme de coordination" afin de rapprocher deux initiatives de négociations parallèles, celle d'Astana, qui associe la Turquie, la Russie et l'Iran, et celle du "Small group", relancée à Paris en avril, avec les États-Unis, le Royaume Uni, l'Allemagne, la Jordanie, l'Arabie saoudite. À l'Assemblée générale de l'ONU, en septembre 2017, Emmanuel Macron avait déjà appelé à la création d'un "groupe de contact" rassemblant les représentants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Sans succès.

"La France déjà hors jeu"

"Il s'agit plus de gesticulations du Quai d'Orsay et d'efforts diplomatiques désespérés, car la France est depuis longtemps hors-jeu. Les frappes françaises en Syrie, ainsi que le retrait de la Légion d’honneur à Bachar al-Assad, ont été vécues comme une humiliation à Damas. En Europe, les Allemands sont considérés comme des interlocuteurs plus fiables par le régime syrien. Ils sont particulièrement impliqués dans les programmes de reconstruction financés par la Banque mondiale en Syrie", ajoute Fabrice Balanche.

L'initiative française a cependant créé une vive polémique : comment en effet justifier la livraison d'aide humanitaire par l'intermédiaire des Russes, allié militaire numéro un d'Assad après avoir violemment critiqué les attaques chimiques à Douma et riposté militairement contre des offensives de Damas ? "La France choisit d'abdiquer son autonomie d'action en Syrie au profit de cette Russie qui a contribué de manière implacable au siège de la Ghouta orientale et a récusé toutes les accusations d'emploi d'armes chimiques par le régime Assad", écrit dans un post de blog Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po. Les livraisons d'aide médicale françaises se sont fait à la base militaire russe de Hmeimim, dans le nord-ouest de la Syrie, d'où sont partis de nombreux raids meutriers visant les infrastructures civiles, notamment dans la Ghouta orientale.

Bataille de la communication

La question des intermédiaires délivrant l'aide médicale française aux hôpitaux syriens est d'ailleurs hautement sensible. La France a en effet annoncé que cette aide serait distribuée par un organisme onusien, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha). "On ne confie pas le fret au Croissant-Rouge syrien (SARC)", avait affirmé vendredi à l'AFP une source diplomatique. Pourtant des photos twittées par l'organisme mercredi 25 juillet semblaient indiquer le contraire.

"Si au niveau régional, le Croissant-Rouge est plus indépendant du régime syrien, au niveau central, il en est très proche. Il fait preuve de peu de transparence dans la distribution de l'aide humanitaire. Le risque, c'est que dans une zone aussi stratégique que la Ghouta, les aides restent dans les entrepôts du SARC, aillent dans des quartiers favorables au régime ou soient détournées. Par ailleurs, les quantités d'aide envoyées sont assez faibles face aux besoins colossaux de cette zone, qui ne reçoit pratiquement aucune aide humanitaire", affirme un responsable d'une ONG française présente sur le terrain syrien.

L'ONU, qui avait dans un premier temps affirmé ne pas participer à cette opération, a depuis annoncé être prête à y participer, mais pour l'instant, l'aide a été déposée dans les entrepôts du SARC, en accord avec le gouvernement syrien. Affaire à suivre.

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