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Benalla au Monde : "On a essayé (…) de me "tuer", et c'était l'opportunité d'atteindre le président"

Alexandre Benalla estime avoir "la confiance " d'Emmanuel Macron.
Alexandre Benalla estime avoir "la confiance " d'Emmanuel Macron. Ludovic Marin, AFP

Alexandre Benalla, l'ex-chargé de mission de l'Élysée, s'est livré jeudi dans une interview au Monde, sa première depuis le début de l'affaire touchant le pouvoir exécutif français. Il dit "avoir commis une faute" et "une grosse bêtise".

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Il est l'homme au cœur de l'affaire qui secoue le pouvoir exécutif français. Alexandre Benalla, l'ex-collaborateur de l'Élysée mis en examen pour avoir frappé deux manifestants lors de la manifestation du 1er mai et usurpation de fonction, s'est exprimé pour la première fois jeudi 26 juillet dans les colonnes du Monde. Dans une interview-fleuve, l'ancien-chargé de mission livre sa version des différentes affaires qui le touchent.

• Sur ce qui s'est passé le 1er mai : "J'ai été invité"

Face aux journalistes du Monde, Gérard Davet, Fabrice Lhomme et François Krug, le désormais ex-collaborateur de l'Élysée, Alexandre Benalla, est longuement revenu sur sa participation du côté des forces de l'ordre au 1er mai. Selon le fidèle d'Emmanuel Macron, c'est Laurent Simonin, chef d'état-major de la préfecture de police qui l'invite à participer en tant qu'observateur. Selon lui, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strozda, était au courant et lui a dit : "C'est très bien, c'est une bonne expérience."

Alexandre Benalla affirme que l'équipement de policier qu'il portait lui a été fourni par la préfecture de police. Il parle d'une "confusion totale" qui règne place de la Contrescarpe : "Les CRS ne savent pas qui on est, personne n'est au courant".

Face à l'irruption des blacks-blocks, celui qui est alors chargé de mission de l'Élysée veut "donner un coup de main". Il se défend de tout délit se cachant derrière l'article 73 du code de procédure pénale : "tout citoyen a qualité pour appréhender l'auteur d'un délit. Les gens ont eu des agissements délictueux, ils cassaient en toute impunité."

L'ex-collaborateur ne voit aucune violence dans les gestes effectuées :"Il n'y a aucun coup. C'est vigoureux. Je conçois que la scène peut paraître violente, mais les policiers y sont confrontés des dizaines de fois par jour. Le mec a une force qui est décuplée, il est dans l’adrénaline, il est excité, il a été gazé, il ne veut pas se laisser faire. D’ailleurs, si vous regardez la vidéo, à cinq CRS, équipés et formés à ce type de situation, pendant plus de trente secondes, ils n’arrivent pas à le maîtriser. C’est des débiles, les mecs en face, lui y compris."

Pour Alexandre Benalla, son acte n'est pas délictueux. "La faute que je commets à ce moment-là, c’est d’y aller. Et de laisser de côté mes fonctions à l’Élysée, résume-t-il. "C’est parce que j’ai fait une faute politique, d’image, on peut qualifier cela comme on veut, et de faire abstraction des fonctions qui sont les miennes. […] Je suis trop engagé. Si je n’étais pas collaborateur de l’Élysée, je referais la même chose. Collaborateur de la présidence, je ne le referais pas."

• Sur l'affaire : "une volonté d'atteindre Emmanuel Macron"

Alexandre Benalla dit "assumer" les faits pour lesquels il est mis en examen et dénonce "une volonté d'atteindre le président de la République, c'est sûr et certain."

"Je dis pas que j'ai servi de fusible, je dis juste que ça a servi plusieurs intérêts, un intérêt pour atteindre le président de la République, à un moment pas mal pour lui, une bonne séquence", poursuit l'ex-collaborateur de l'Élysée.

Selon l'ancien chargé de la sécurité présidentielle, l'affaire révélée par Le Monde le 18 juillet "est une façon d'attraper le président de la République par le colbac. J'étais le point d'entrée pour l'atteindre, le maillon faible. Au bout d'un an, il y a des inimitiés qui se créent, il y a des gens qui ne supportent pas que vous ne fassiez pas partie du club, que vous ne soyez pas énarque, sous-préfet… Je pense que si j'avais eu un tel statut et qu'il s'était passé ce qui s'est passé le 1er mai, les choses auraient été différentes".

"On a essayé de m'atteindre, de me "tuer", et c'était l'opportunité aussi d'atteindre le président de la République", insiste-t-il: "Les faits, je les assume, je ne suis pas dans la théorie du complot, c'est la réalité. Sur ce qui s'est passé après, je suis beaucoup plus réservé. Il y avait en premier une volonté d'atteindre le président de la République, c'est sûr et certain. Et je suis le maillon faible, je le reconnais. Et en même temps, il y a énormément de gens qui se frottent les mains en se disant 'Ça y est, on s'est débarrassé de lui, il ne va plus nous emmerder, c'est fini'".

Selon Alexandre Benalla, "les gens qui ont sorti cette information sont d'un niveau important […], des politiques et des policiers. Et je ne pense pas [au ministre de l'Intérieur Gérard] Collomb en qui j'ai confiance, je ne suis personne pour lui. Mais il y a des gens qui travaillent autour de lui qui auraient pu..."

• Sur sa relation avec Emmanuel Macron : "C'est quelqu'un qui avait – et qui a toujours, je pense – confiance en moi"

Alexandre Benalla revient également sur la relation qui le lie à Emmanuel Macron. Selon ses dires, il le rencontre à l'été 2016 alors que ce dernier veut se lancer dans la bataille pour la présidentielle. Il devient progressivement "directeur de la sûreté et de la sécurité du mouvement En Marche !".

Il décrit son premier contact avec le candidat comme "très amical". "Avec lui, vous êtes à l'aise tout de suite", affirme-t-il. "Je l’ai toujours vouvoyé, il est président de la République, pas de familiarité entre lui et moi. Après, lui, il peut donner du ‘tu’, du ‘ vous’, ça dépend de la situation, mais moi, je l’ai toujours vouvoyé."

"C'est quelqu'un qui avait – et qui a toujours je pense – confiance en moi, dans mon action au quotidien", espère Alexandre Benalla. Il comprend tout de même qu'Emmanuel Macron s'est dit trahi et déçu à cause de cette affaire : "Au vu de ce que cette histoire a déclenché, je ne vois pas quels autres termes il aurait pu employer pour qualifier la situation."

Pour sa part, le chargé de sécurité de la présidence n'estime pas avoir trahi : "Je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi le président de la République, j’ai le sentiment d’avoir fait une grosse bêtise. Et d’avoir commis une faute. Mais cette faute, elle est plus d’un point de vue politique : je n’aurais jamais dû aller sur cette manifestation en tant qu’observateur, puis j’aurais, peut-être, dû rester en retrait.

• Sur sa relation avec Gérard Collomb :"Il m'identifie visuellement"

Lors de son audition à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, s'était défendu de toute faute dans l'affaire Benalla, affirmant avoir déjà croisé ce dernier, mais sans connaître ses fonctions exactes.

"Je me mets à sa place. Je pense que la connerie vient d’un échelon qui reste à déterminer à la préfecture de police. Il pense que ce n’est pas sa connerie à lui, tout le monde est en train de l’attaquer, il fait des réponses maladroites", affirme Benalla.

Les réponses d'Alexandre Benalla au Monde ne semblent pas contredire totalement la version du ministre de l'Intérieur : "Gérard Collomb m’identifie visuellement, il sait que je travaille à la présidence de la république. Je peux le croiser deux, trois, quatre fois par semaine sur des déplacements ou quand il vient à la présidence. Alors, est-ce qu’on se connaît ? Visuellement, oui. Est-ce qu’il sait qui je suis et ce que je fais exactement ? Je n’en suis pas sûr."

Alexandre Benalla raconte également sa rencontre avec le ministre de l'Intérieur après la manifestation du 1er mai : Quand il sort, il vient me voir et me serre la main : "Ça va ? Qu’est-ce que tu fais là ?", laissant entendre qu'il arrive au ministre de le tutoyer.

• Sur ses fonctions exactes à l'Élysée : "Je m'occupe des affaires privées du Président"

L'ancien chargé de mission a détaillé au Monde les modalités de son engagement auprès de l'Élysée : "Un contrat sur toute la durée du mandat, donc cinq ans, rémunéré 6 000 euros net, c’est le salaire de tous les chargés de mission."

Son rôle ? "Je dois m’occuper des affaires privées du président de la République, parce qu’il a une vie à côté de ses fonctions, avec Brigitte Macron, celle d’un Français normal." Il estime sa tâche complémentaire à celle du GSPR [Groupe de sécurité de la présidence de la République], chargé de la protection du président : "Eux ne prennent en compte que la sécurité. Par exemple, si le président va au théâtre, moi je vais tenir compte de la tranquillité du couple présidentiel, de l’image du président, etc."

Il justifie également sa présence sur le bus des Bleus lors de la descente des Champs-Élysées : "J'ai monté les réunions préparatoires, mais je n’ai pas donné l’ordre d’accélérer le rythme du bus ! Je suis juste là pour informer l’Élysée s’il y a un problème", décrit-il. "Et je ne m’occupe pas des bagages des joueurs !", assène-t-il, comme une réponse cinglante aux propos de Christophe Castaner, délégué général de LREM et porte-parole du gouvernement.

• Sur son badge d'accès à l'Assemblée nationale :"Je ne considère pas ça comme un passe-droit"

L'ancien "M. Sécurité" du président a disposé pendant plus d'un an d'un badge d'accès H, le plus haut niveau d'autorisation au sein de l'Assemblée nationale, qui donne même accès là l'hémycicle. La révélation a provoqué un tollé au sein de l'opposition parlementaire qui voit là une entorse à la séparation du pouvoir.

Alexandre Benalla ne voit pas le problème. Il affirme même avoir voulu disposer de cette carte pour… "aller à la salle de sport de l’Assemblée. C’est peut-être un caprice de ma part, je l’admets."

"Moi, je ne considère pas ça comme un passe-droit. C’est une demande de ma part, cette carte. J’en avais bénéficié d’une avant Emmanuel Macron, en tant que collaborateur parlementaire bénévole."

• Sur la question du port d'armes : "Il n'y a pas d'amateurisme là-dedans"

Dans le cadre de ses fonctions auprès d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla disposait d'un port d'arme. "Après enquête, et considérant que ma fonction est exposée, [on m'a autorisé] à acquérir un Glock et à le détenir dans l’exercice de ma mission."

Une première demande lui avait été refusée à la fin de l’année 2017. Mais Alexandre Benalla a alors mis l'accent sur le fait qu’il est en charge de la sécurité du QG de campagne d’En Marche. Il a alors obtenu l’autorisation de la Préfecture de police de détenir des armes, "des Glock 17, de mémoire mais dans le QG uniquement".

Alexandre Benalla assure avoir les compétences pour porter une arme. Il affirme être inscrit "dans un club de tir depuis des années", et "être réserviste de la gendarmerie". À ses yeux, "il n'y a pas d'amateurisme là-dedans, au contraire"

Avec AFP

>> À lire aussi sur France 24 : "Fadaises, trahison… les explications du président Macron sur l’affaire Benalla"

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