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Premier pas vers une entente entre Damas et les Forces démocratiques kurdes

Bachar al-Assad lors d'un entretien à Damas avec un journaliste du Britain's Mail, le 10 juin 2018.
Bachar al-Assad lors d'un entretien à Damas avec un journaliste du Britain's Mail, le 10 juin 2018. Sana/AFP

Une délégation des Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde soutenue par Washington, s'est rendue pour la première fois à Damas vendredi, pour rencontrer Bachar al-Assad. Le signe d'une possible coopération à venir.

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Est-ce un tournant décisif dans la guerre en Syrie ? Pour la première fois depuis le début de la guerre civile, une délégation formée de responsables politiques et militaires du Conseil démocratique syrien, le bras politique des Forces de défense syriennes (FDS) – une coalition arabo-kurde soutenue par Washington – s’est rendue vendredi 27 juillet à Damas pour des discussions officielles avec le gouvernement. "C'est la première fois que la rencontre est officialisée. Il y a toujours eu des discussions informelles entre le régime syrien et les FDS, les deux parties ayant adopté une position de relative neutralité l’une vis-à-vis de l’autre, mais cette rencontre marque une étape importante. Les forces kurdes, majoritaire composante des FDS, se préparent à un retrait des troupes américaines de Syrie et veulent sécuriser leurs arrières, capitaliser sur leurs gains", explique Aron Lund, chercheur à la Century Foundation, un centre de réflexion basé aux États-unis.

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Les FDS gèrent environ 30 % du territoire, au nord et nord-est syrien, tandis que le régime a reconquis 60 % des régions du pays, après ses récentes victoires dans la Ghouta orientale et dans le sud de la Syrie, à la frontière jordanienne. "La priorité pour le régime syrien, c’est de se débarrasser des troupes américaines sur son sol. Les militaires américains se sont déployés dans des territoires contrôlés par les FDS pendant l’offensive contre le groupe État islamique (EI). Des négociations pourraient accélérer leur départ", poursuit Aron Lund. Environ 2 000 soldats américains sont actuellement stationnés dans la région de Manbij.

Des intérêts communs

"La coopération pourrait commencer par des ententes commerciales, la consolidation des frontières, la mise en place de checkpoints communs", soutient Aron Lund. Dans la région de Tabqa, proche de Raqqa, le plus grand barrage du pays – autrefois contrôlé par l’EI – a par exemple été remis en route depuis quelques semaines d’un commun accord entre les FDS et Damas.

Les deux parties ont des intérêts économiques communs. "Les Kurdes disposent aujourd’hui d’une administration autonome qu’ils ne pourront probablement pas garder, mais ils peuvent trouver certains avantages à un compromis avec le régime : le retour de services publics et des administrations étatiques qu’ils n’ont jamais eu les moyens de financer", explique Thomas Pierret, chargé de recherche au CNRS/Iremam (Institut de recherches et d'études sur les mondes arabes et musulmans) à Aix en Provence. Le gouvernement syrien, lui, voudrait reprendre un certain contrôle sur les champs pétroliers, essentiellement localisés dans des zones sous contrôle kurde. "Les revenus pétroliers représentaient environ un quart des revenus du gouvernement syrien avant la guerre, et il a clairement besoin de renflouer ses caisses", ajoute Thomas Pierret.

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Le coprésident du Conseil démocratique syrien, Riad Darar, a lui estimé lors des discussions à Damas que les pourparlers pourraient "faciliter l’entrée de l’armée dans les territoires à majorité kurdes à l’est de l’Euphrate" en échange d’une "reconnaissance par la Constitution syrienne des droits culturels kurdes". Samedi, dans un communiqué, le Conseil démocratique syrien a annoncé la création de "comités"chargés de poursuivre les discussions en vue d'une solution politique prévoyant une décentralisation.

"Cette rencontre à Damas constitue un premier pas, affirme Aron Lund. On est encore loin d’un compromis politique, qui amènera par exemple à la rédaction d’une nouvelle constitution". De nombreuses questions restent à régler, notamment sur l'avenir des combattants des FDS. "Ces miliciens formeront-ils une police locale en théorie subordonnée à Damas ou iront-ils jusqu'à réintégrer l’armée syrienne ? s'interroge Thomas Pierret.

Les FDS contrôlent la ville de Raqqa, prise en octobre 2017 aux jihadistes de l'EI
Les FDS contrôlent la ville de Raqqa, prise en octobre 2017 aux jihadistes de l'EI Delil Souleymane, AFP

Tout futur compromis dépendra de la flexibilité de Bachar al-Assad, qui a affirmé vouloir reprendre chaque mètre carré du territoire syrien, mais aussi des soutiens internationaux du régime et de l’opposition. "La Russie ne serait pas défavorable à une solution fédérale, tandis que l’Iran est hostile à toute forme d’autonomie des Kurdes", note Thomas Pierret. La position de la Turquie, troisième acteur clé en Syrie, sera aussi capitale. Elle est présente dans la région d’Idleb, dernier territoire contrôlé par l’opposition armée, avec environ 1 300 soldats, et soutient plusieurs milliers de combattants de milices rebelles (Ahrar el Sham, Faylaq al Sham, Suqour el Sham…). Toute offensive coordonnée contre eux entre le régime syrien et les FDS dans cette région constituerait une ligne rouge pour Recep Tayyip Erdogan.

La veille de la réunion à Damas, le chef de l'opposition syrienne en exil, Nasr al-Hariri, s'était dit favorable à une relance des négociations de paix avec le régime sous l'égide de l'ONU pour un règlement du conflit.

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