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EUROPE

En Italie, "un racisme exacerbé depuis l’arrivée au pouvoir de Salvini"

© Tiziana Fabi, AFP (archives) | Une manifestation contre le racisme, après la fusillade qui a fait six blessés parmi des migrants en février 2018 à Macerata, en Italie.

Vidéo par FRANCE 2

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 01/08/2018

L'Italie a connu ces derniers jours une série d'agressions racistes. Si le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini est accusé d'entretenir un climat de haine par son discours contre les migrants, les racines sont bien plus profondes.

C’est le visage en larmes, les yeux boursouflés, que l’athlète italienne Daisy Osakue est apparue sur les réseaux sociaux. Cette spécialiste du lancer de disque, née de parents nigérians, a été agressée lundi 30 juillet, par un automobiliste qui lui a lancé un œuf, près de Turin. Souffrant d’une blessure à la cornée, sa participation aux championnats d’Europe la semaine prochaine à Berlin est remise en question. Pour elle, cela ne fait pas de doute. Elle a été attaquée en raison de sa couleur. "C'était un coup prémédité", a-t-elle expliqué à sa sortie de l’hôpital. "Je ne veux pas utiliser la carte du racisme ou du sexisme, mais à mon avis ils cherchaient une personne de couleur. C'est une zone où il y a des prostituées de couleur et ils m'ont prise pour l'une d'entre elles".

Le vice-président du conseil et ministre de l’intérieur Matteo Salvini a réagi à l’agression de Daisy Osakue : "Toute agression sera punie et condamnée, je serai toujours au côté de qui subit des violences". L’homme fort du nouveau gouvernement italien, omniprésent et très populaire dirigeant de la Ligue (extrême droite), a cependant affirmé qu’il n’y avait pas d’augmentation des actes racistes en Italie : "Alerte au racisme en Italie ? Ne disons pas de bêtises !".

Pourtant, quelques jours auparavant, dans la nuit de samedi à dimanche, dans une petite ville au sud de Rome, c’est un Marocain qui a perdu la vie. Pris en chasse en voiture par des Italiens qui le soupçonnaient d'être un voleur, il a percuté un muret avant d'être frappé par ses poursuivants. Un Sénégalais a aussi été roué de coups à Palerme aux cris de "sale nègre".

"Une multiplication des actes graves"

Depuis plusieurs mois, ces actes se sont multipliés dans le pays, comme le note l’historienne Ludmila Acone, chercheuse associée à l’Université Paris 1. "Il y a eu 33 agressions à caractère raciste dans les deux derniers mois. C’est quand même très important", explique-t-elle. "Elles donnent l’impression d’une impunité. Il y a une multiplication des actes graves. Auparavant, cela aurait défrayé la chronique, alors que là, ils se succèdent".

Marie-Anne Bonucci, professeure d’histoire contemporaine à l'Université Paris 8, s’inquiète également de cette flambée de violences. Pour cette spécialiste de l’Italie, les discours anti-migrants très vigoureux de Matteo Salvini ne sont pas étrangers à ce phénomène : "Cela a contribué à propager un sentiment d’impunité. Des individus qui ne seraient pas passé à l’acte se sentent désormais autorisé à le faire". En février dernier, un jeune homme, ancien candidat sous l’étiquette de la Ligue du Nord, a ainsi ouvert le feu sur des personnes d’origine africaine à Macerata dans le centre de l’Italie, faisant six blessés. "Il y a un racisme exacerbé depuis l’arrivée au pouvoir de Salvini, mais il est aussi développé depuis longtemps", note cependant Marie-Anne Bonucci. "Les propos racistes sont assez fréquents dans les stades italiens. Une ministre d’origine africaine avait aussi été comparée à un singe en 2013 [Cécile Kyenge, ministre de l'Intégration de 2013 à 2014, d'origine congolaise, NDRL]".

"Une banalisation du fascisme"

Ludmila Acone constate également que ce racisme est rampant depuis plusieurs années. En plus de la banalisation du discours raciste, elle y voit aussi une banalisation du fascisme depuis le premier gouvernement de Berlusconi en 1994, soutenu notamment alors par la Ligue du Nord et l’Alliance nationale, héritière d’un ancien parti néofasciste. Pour preuve, attaqué par la gauche ou l’Église sur son discours anti-migrants, Mateo Salvini a répondu le 29 juillet par ces quelques mots empruntés d’un slogan de Benito Mussolini, le jour même de l’anniversaire de la naissance du Duce : "Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur". "Cela a beaucoup choqué. Tout le monde sait ce que cela veut dire. Lui-même l’a dit volontairement. Il a fait un rappel à cette tradition", décrypte Ludmila Acone.

Le tweet polémique de Matteo Salvini

L’historienne Marie-Anne Bonucci pointe un autre facteur dans l’histoire de l’Italie. Jusqu’au milieu du XXe siècle, le pays a surtout été une terre d’émigration, pour ensuite devenir, à partir des années 1980, un pays d’immigration : "On aurait pu imaginer un accueil plus favorable. La réaction d’hostilité est finalement d’autant plus forte que l’immigration est plus récente. Les choses se sont inversées".

Contrairement à la France, vieux pays d’immigration, l’Italie n’a pas non plus connu l’émergence d’associations anti-racisme aussi fortes que la Licra dès les années 1920 ou de SOS racisme dans les années 1980. "En France, il y a des garde-fous. Quand Christiane Taubira a été attaquée sur sa couleur de peau, il y a eu une réaction au plus haut sommet de l’État. On ne peut pas utiliser certains termes. En Italie, c’est permis. Il y a une sorte de tolérance", résume Ludmila Acone. "L’éducation civique est aussi inexistante. La question fondamentale, c’est finalement l’éducation", insiste-t-elle.

Pour cette spécialiste de l’Italie, le phénomène n’est pas près de se résorber. Il dépasse même le simple cadre du racisme et gangrène profondément la société : "Les Italiens ont voté dernièrement dans un état de colère. Avec la crise économique, vous avez une montée en puissance de la haine de la part de ceux qui sont déshérités et ceux qui craignent de le devenir. Ce n’est pas seulement de la haine contre les migrants, mais aussi contre les retraités ou encore les handicapés. C’est désormais tout le monde contre tout le monde".

Première publication : 31/07/2018

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