Accéder au contenu principal
REPORTAGE

Fontenay-sous-Bois, première ville française à paver ses rues au nom de tous ses déportés

Deux pavés de la mémoire posés dans la ville de Fontenay-sous-Bois.
Deux pavés de la mémoire posés dans la ville de Fontenay-sous-Bois. Stéphanie Trouillard, France 24

Inspirée par ce qui se fait en Allemagne, Fontenay-sous-Bois va devenir la première ville française à rendre hommage à tous ses déportés avec des pavés de la mémoire. Ils vont être placés devant les habitations des juifs ou des résistants arrêtés.

Publicité

Dans une rue de Fontenay-sous-Bois, en banlieue parisienne, les passants ont le regard rivé au sol. Devant le 45 rue Saint-Germain, un reflet doré sur le trottoir vient perturber leur marche. Certains continuent leur chemin, tandis que d’autres prennent le temps de s’arrêter. De l’autre côté de la rue, dans sa boucherie, Sofiane s’est rendu compte de cette drôle d’agitation : "Il y a même des gens qui prennent parfois des photos".

Le jeune homme s’excuse. Il n’a pas eu lui-même la curiosité de lire ce qui est inscrit à quelques mètres de sa boutique sur deux plaques en laiton : "Ici habitait Lyba Wajs. Déporté de Drancy. 22.7.1942. Auschwitz. Assassiné. 27.7.1942". Dans le café juste à côté, le barman Amandio découvre lui aussi ces inscriptions : "Je ne les avais pas remarquées jusqu’à présent. Je n’en avais pas entendu parler".

Le 45 rue Saint-Germain, à Fontenay-sous-Bois, l'ancien domicile des époux Wajs
Stéphanie Trouillard, France 24

"Faire sortir l’histoire des livres"

Ces plaques ont pourtant été posées en avril dernier à l’occasion de la journée nationale de la déportation en hommage à deux habitants de cette ville du Val-de-Marne disparus dans les camps de la mort. Le couple Wajs, des juifs originaires de Pologne, avait été arrêté lors de la rafle du Vél d’Hiv. En tout, sept plaques ont été placées devant le domicile de Fontenaysiens déportés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Cette opération est à l'initiative de Loïc Damiani, adjoint au maire et délégué au patrimoine historique. C’est lors d’un voyage en Allemagne qu’il a eu cette idée. Il s’est inspiré des Stolpersteine (obstacle ou pierre d’achoppement en allemand) posés depuis 1993 par l’artiste berlinois Gunter Demnig pour honorer la mémoire des victimes du nazisme. "Cela inscrit la trace des habitants à l’endroit où ils ont vécu", explique cet historien et fils de déporté. "Cela permet de marquer l’espace public, de faire sortir l’histoire des livres et de la mettre dans le concret".

{{ scope.counterText }}
{{ scope.legend }}© {{ scope.credits }}
{{ scope.counterText }}

{{ scope.legend }}

© {{ scope.credits }}

"Un passé qui passe mal"

Alors que dans toute l’Europe, plus de 61 000 Stolpersteine ont été placés dans plus de 1 200 lieux, en France, ce type d’initiative est encore rare. Des pavés de la mémoire n’existent que dans quelques villes de Vendée, de Charente-Maritime et de Gironde. Certaines municipalités se montrent même hostiles à cette idée. En 2011, à La Baule-Escoublac, le conseil municipal avait refusé une telle installation conformément au principe de laïcité, alors même qu’il n’y a aucun motif religieux sur ces pavés. "C’est un passé qui passe mal. La police et la gendarmerie française ont arrêté dans une grande majorité les juifs et les résistants. Ce n’est pas très glorieux", souligne Loic Damiani.

Loïc Damiani,  adjoint au maire et délégué au patrimoine historique de la ville de Fontenay-sous-Bois
Stéphanie Trouillard, France 24

Au sein de la population, les premières réactions sont pourtant plutôt positives. "J’en avais déjà vu en Allemagne. Cela m’avait interloqué. J’ai trouvé cela très bien d’en voir ici. C’est important de se rappeler", estime ainsi Véronique, une habitante de Fontenay-sous-Bois qui passe tous les jours devant la plaque des époux Wajs. "La plupart des riverains sont contents. Il y a juste une dame qui a dit qu’elle trouvait cela morbide", ajoute Loic Damiani. "Cela peut être effectivement choquant, mais l’idée c’est de montrer avant tout leur vie, que ce sont des personnes qui ont vécu, qui se sont aimées et qui faisaient partie de la communauté".

Et pour mieux diffuser cette mémoire, Fontenay-sous-Bois a décidé de voir les choses en grand. Elle va ainsi devenir la première municipalité à poser des pavés pour toutes les victimes : "Nous avons décidé de le faire pour la totalité des déportés fontenaysiens qu’ils soient morts dans les camps ou qu’ils aient survécus, et pas juste pour deux ou trois par-ci par-là. Cela devrait représenter 150 personnes".

Le Mémorial de la Liberté de Fontenay-sous-Bois sur lequel est inscrit le nom des déportés
Stéphanie Trouillard, France 24

Ce travail va être réalisé progressivement au cours des prochaines années. Les sept plaques posées provisoirement sur les trottoirs vont être remplacées dès l’année prochaine par de vrais pavés enterrés dans le sol. L’artiste allemand Gunter Demnig sera présent pour l’occasion. Pour Loic Damiani, la mémoire des déportés de Fontenay-sous-Bois sera ainsi définitivement ancrée dans la ville : "L’idée des nazis était de les faire disparaître complètement. Nous leur redonnons un nom, une maison, une adresse. Nous rappelons leur vie".

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.