Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

Présidentielle au Cameroun, la demande de M. Kamto d'annulation du scrutin rejetée

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

L'affaire Khashoggi écorne un peu plus l'image de l'Arabie Saoudite

En savoir plus

LE DÉBAT

Disparition de Jamal Khashoogi : menaces sur la presse

En savoir plus

POLITIQUE

Perquisitions visant J-L. Mélenchon : Le leader de la france Insoumise en fait-il trop?

En savoir plus

FOCUS

Les Bosniens s'organisent face à l'afflux de migrants

En savoir plus

À L’AFFICHE !

"Galveston" : l’échappée américaine de Mélanie Laurent

En savoir plus

CAP AMÉRIQUES

Arabie Saoudite : les conflits d'intérêt de Donald Trump

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Objectif "Faim zéro" : Lambert Wilson décrit son nouveau combat

En savoir plus

L’invité du jour

Parents grâce à la GPA : "Nous ne sommes pas des familles différentes"

En savoir plus

Amériques

Crise avec l’Arabie saoudite : quelles conséquences pour le Canada ?

Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères et le Premier ministre Justin Trudeau.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 07/08/2018

Les relations entre Canadiens et Saoudiens se sont récemment encore détériorées, après une nouvelle vague d'arrestations de militants des droits de l'Homme dans le royaume. Si Riyad a sanctionné Ottawa, le Canada a les moyens de sa liberté de ton.

Prises de bec diplomatiques, ripostes économiques et liaisons aériennes supprimées : les relations, déjà crispées, entre Canadiens et Saoudiens se sont sensiblement tendues ces derniers jours. En cause, des tweets publiés la semaine dernière par le ministère canadien des Affaires étrangères après l'arrestation de militants pour les droits des femmes, dont Samar Badawi. Cette activiste est la sœur du blogueur Raif Badawi, incarcéré depuis 2012 en Arabie saoudite et dont la famille a été naturalisée canadienne après avoir trouvé refuge au Québec.

Ulcéré par le ton employé par la diplomatie canadienne, qui a "exhorté les autorités saoudiennes à remettre en liberté" les activistes arrêtés, Riyad a annoncé une série de mesures contre Ottawa. Outre l’expulsion de l’ambassadeur du Canada en poste à Riyad, et le rappel de son ambassadeur dans ce pays, la pétromonarchie a annoncé le gel de "toute nouvelle transaction concernant le commerce et les investissements" avec le pays nord-américain.

Les Saoudiens, qui ont rejeté toute ingérence dans leurs affaires, ont également suspendu des programmes de bourses universitaires pour leurs ressortissants au Canada et demandé aux 16 000 étudiants saoudiens de se rediriger vers d’autres pays. Une réaction ferme qui est une manière pour le prince héritier Mohammed Ben Salmane, aux manettes à Riyad, d’envoyer un avertissement aux Occidentaux qui seraient tentés de critiquer sa politique en matière de droits de l’Homme.

Un impact très limité

Si les universités canadiennes dépendent énormément de l’apport des étudiants étrangers, dont les Saoudiens représentent l’un des contingents les plus importants selon la presse locale, les mesures prises à Riyad ne risquent pas de pénaliser l’économie canadienne. "L’Arabie saoudite n’est que le 2e pays de destination des exportations canadiennes dans la région du Golfe, et seulement près de 10 % du pétrole importé par Ottawa provient de la monarchie saoudienne", rappelle François Rihouay, correspondant de France 24 au Canada.

Les échanges commerciaux entre les deux pays ne pèsent que 4 milliards de dollars canadiens (2,66 milliards d’euros), d’après les chiffres du gouvernement canadien, alors que les exportations vers l’Arabie saoudite ne représentaient que 0,24 % des exportations en 2016, selon la Banque mondiale. Lle dollar canadien n’a perdu que 0,3 % de sa valeur face au dollar américain après l’annonce du gel des relations économiques avec l’Arabie saoudite, selon Bloomberg. C’est avec le voisin américain qu’Ottawa réalise plus des deux tiers de son commerce international.

Le contrat militaire de vente de véhicules blindés canadiens d’une valeur de 15 milliards de dollars (12,94 milliards d’euros), signé en 2014 avant l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Justin Trudeau et l’émergence du prince héritier saoudien, n’est pas non plus concerné par ces mesures, puisque les représailles saoudiennes ne concernent que "les nouvelles transactions". Ce contrat, non vital pour les Saoudiens sur le plan militaire, avait pour but d’approfondir les relations entre les deux pays. Ce qui n’eut pas lieu, après l’arrivée aux affaires de Justin Trudeau. Ce dernier a confirmé le contrat d’armement, non sans faire grincer des dents dans son pays, tout en prenant ses distances avec un royaume souvent pointé du doigt pour ses violations des droits humains. Une posture qui a profondément marqué et irrité les Saoudiens, et tendu les relations entre les deux pays.

"Une diplomatie originale et courageuse"

En formulant des critiques frontales contre la politique répressive des Saoudiens, le gouvernement canadien se retrouve en phase avec les valeurs défendues par Justin Trudeau, qui s’est érigé en chantre des droits des femmes et des minorités. "Que les choses soient bien claires pour tout le monde (...) le Canada défendra toujours les droits humains au Canada et dans le reste du monde", a déclaré, lundi 6 août, Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères, réagissant pour la première fois à l'expulsion annoncée de son ambassadeur à Riyad, Dennis Horak.

"Les conséquences de cette crise seront relatives, car le Canada ne dépend pas de l’Arabie saoudite, d’autant plus que ses ressources naturelles lui permettent une liberté de parole, indique Gauthier Rybinski, spécialiste des questions internationales à France 24. Une liberté de parole tellement rare de nos jours qui tranche avec le silence assourdissant des autres chancelleries occidentales. Aucune d’entre elles n’a cru bon de soutenir Ottawa dans cette affaire, pour ne pas froisser Riyad, un géant pétrolier aux avant-postes contre l’Iran".

Et de conclure : "Voilà pourquoi les Canadiens ont peut-être leur chance, aujourd’hui, de proposer une diplomatie originale et courageuse. Car il y a l’idée au Canada, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, de se distancer de la diplomatie américaine et de ne plus être aligné sur Washington. La crise avec l’Arabie saoudite, aussi symbolique qu’elle soit, matérialise peut-être la naissance d’une diplomatie authentiquement canadienne, avec ses propres défis à relever".

Reste à savoir si d’autres pays du Golfe, une région sous influence saoudienne, comme les Émirats arabes unis ou le Bahreïn, qui ont manifesté leur soutien à Riyad dans cette crise, ne vont pas à leur tour prendre des mesures contre Ottawa.

Première publication : 07/08/2018

  • ARABIE SAOUDITE

    La crise diplomatique s'envenime entre le Canada et l'Arabie saoudite

    En savoir plus

  • ARABIE SAOUDITE

    Riyad expulse l'ambassadeur du Canada après des critiques sur les droits de l'Homme

    En savoir plus

  • ARABIE SAOUDITE

    La justice saoudienne s'en prend à Samar Badawi, la sœur du blogueur Raif Badawi

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)