Accéder au contenu principal

Soudan du Sud : "Ni Kiir ni Machar ne pourront construire un pays"

Le président sud-soudanais Salva Kiir (à droite) et son adversaire politiqu Riek Machar (à gauche), lors de discussions de paix à Entebbe, en Ouganda, sous l'égide du président ougandais Yoweri Museveni, le 7 juillet 2018.
Le président sud-soudanais Salva Kiir (à droite) et son adversaire politiqu Riek Machar (à gauche), lors de discussions de paix à Entebbe, en Ouganda, sous l'égide du président ougandais Yoweri Museveni, le 7 juillet 2018. Sumy Sadurni, AFP

Le président sud-soudanais et son adversaire Riek Machar ont signé, dimanche, un accord de partage du pouvoir pour mettre fin à la guerre civile. Mais les perspectives d’amélioration de la situation humanitaire restent très minces.

PUBLICITÉ

Un espoir d’apaisement voit-il le jour au Soudan du Sud ? Le plus jeune pays du monde, né en 2011 après un long conflit avec le Soudan, est ravagé depuis fin 2013 par une guerre civile entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de l’ancien vice-président, Riek Machar. Les deux hommes ont conclu un accord, dimanche 5 août, au Soudan voisin, pour se partager le pouvoir et tenter de mettre fin à un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de quatre millions de déplacés.

"Cet accord marque l'engagement de toutes les parties pour un cessez-le-feu", a déclaré, dimanche, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Al-Dirdiri Mohamed. L'accord prévoit que Riek Machar devienne premier vice-président, et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

>> À voir : La guerre civile vue de l'intérieur

Les négociations à venir pour un accord de paix vont se poursuivre à Khartoum, la capitale soudanaise, a indiqué Al-Dirdiri Mohamed. Une fois qu'un accord final sera signé, les belligérants auront trois mois pour former un gouvernement de transition, qui sera au pouvoir dans le pays pour 36 mois.

Peu d’espoir de réconciliation

Mais une solution à la crise semble toujours aussi éloignée, même si les frères ennemis se réconcilient. Ce n’est pas la première tentative, entre les deux hommes, pour rétablir la stabilité du pays. En 2015, un accord de paix avait permis à Riek Machar, alors en exil, de revenir à Juba, la capitale sud-soudanaise, pour prendre la place de premier vice-président. Le cessez-le-feu avait vite été brisé et il avait dû repartir en Afrique du Sud en catastrophe, en juillet 2016, après de violents combats dans la ville. "Je ne vois pas pourquoi cet accord aurait plus de chance d’être respecté. Qui peut imaginer une paix durable entre ces deux personnages ? Salva Kiir est un soudard, et Machar, même s’il a fait des études, est un homme détruit. Ce n’est pas eux qui vont pouvoir construire un pays", explique Marc Lavergne, géopolitologue, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la Corne de l’Afrique.

Selon lui, le fait que l’accord ait été signé sous l’égide du Soudan, tenu d’une main de fer depuis 29 ans par Omar el-Bechir, accusé par la Cour pénale internationale de génocide et crimes contre l’humanité, est loin d’être un gage de réussite. Quant à l'embargo sur les armes imposé par l’ONU (qui entretient une force de 13 000 casques bleus dans le pays), il risque de n'avoir que bien peu d’effets dans cette région, où les trafics de marchandises, y compris d’armes légères, sont réguliers et difficilement contrôlables. Reste l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui regroupe les pays de la sous-région dont l’Éthiopie, le Kenya et l’Ouganda (foyer de plus d’un million de réfugiés sud-soudanais). L'institution s’est illustrée en médiateur actif dans la signature de l’accord, mais elle n’a pas les moyens techniques ou financiers de veiller à son application.

"Tout est dévasté"

Dans le jeune pays, qui a été frappé en 2017 par une grave famine, la situation économique, dépendant presque exclusivement de la rente pétrolière, est désastreuse depuis la chute des cours du brut. Dans l’État d’Unité, l’un des plus riches en or noir du pays, la production pâtit sévèrement de l’insécurité. Ce qui a des conséquences pour le Soudan, qui possède peu de pétrole depuis que son voisin a fait sécession en 2011, mais gère toujours les oléoducs, les raffineries et les ports d’exportation. "Kiir et Machar se sont aperçus qu’ils n’arrivent à rien en se combattant, que les fonds se tarissent, le pétrole ne sort plus, tout est dévasté… Quand Khartoum, pour qui cette situation est très handicapante, propose de les aider, ils se disent qu’ils pourront en profiter financièrement", continue Marc Lavergne.

En 2016, un rapport du groupe d'investigation The Sentry, dont l'acteur américain George Clooney est le cofondateur, accusait l'élite politique et militaire sud-soudanaise, en premier lieu le président Kiir et Riek Machar, de s'être enrichie durant la guerre civile.

>> À voir : le drame oublié des réfugiés sud-soudanais en Ouganda

Dans ces conditions, il semble peu probable que le pays puisse financer le gouvernement d'union nationale. Il doit intégrer 35 ministres, dont 20 pour le groupe de Salva Kiir et les 15 autres aux rebelles du SPLM-IO de Riek Machar. Le nombre de députés doit quant à lui passer de 330 à 550.  "Il y a dix États au Sud-Soudan. Le gouvernement de transition en demande 32, certainement pour en répartir le plus possible à des hommes politiques, ici et là. Cela suppose qu’il y aura 32 gouverneurs. Avec 550 députés, des suppléants, c’est toute une équipe et c’est un coût très élevé. J’ai beaucoup de peine à croire que cela marchera alors que, dans le même temps, le débit en termes de pétrole n’atteint pas les niveaux espérés par les uns et les autres", affirme Arnauld Akodjenou, conseiller spécial du HCR sur le Soudan du Sud, interrogé par RFI.

La situation humanitaire désastreuse du Soudan du Sud, qui compte plus de 12 millions d'habitants, risque de ne pas s'améliorer dans l'immédiat. "Ce pays n’est pas régi par des élites intellectuelles, mais par les fusils. Il n’y a personne de compétent aux commandes. Faut-il donc commencer par la paix, ou par l’installation de gens qui peuvent rétablir la paix ? À ce stade, il n’y a pas de réponse", lance Marc Lavergne. Les questions de développement, de réconciliation nationale, de reconstruction, ou encore de rapatriement des plus de deux millions de réfugiés devront attendre.

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.