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Bénin : le projet de nouveau code électoral favorise les candidatures des riches

L'homme d'affaires Patrice Talon devenu président de la République du Bénin, en avril 2016.
L'homme d'affaires Patrice Talon devenu président de la République du Bénin, en avril 2016. Sia Kambou, AFP

Au Bénin, pour être candidat à la présidentielle, il faudra débourser une caution de 250 millions de francs CFA (environ 380 000 euros), selon une proposition de réforme du code électoral à moins de trois ans de l’élection présidentielle.

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Deux cent cinquante millions de francs CFA (environ 380 000 euros) : c'est la caution dont devront s’acquitter les candidats à la prochaine présidentielle au Bénin, fixée en 2021. C’est ce que prévoit la nouvelle réforme du code électoral adoptée, mardi 7 août, par la commission des lois de l’Assemblée nationale dominée par la coalition au pouvoir. Jusque-là, seulement 10 000 euros étaient exigés pour se présenter à une élection présidentielle.

Ce nouveau code doit être encore adopté en plénière par les députés, mais il suscite déjà de vives polémiques dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux. L’objectif de cette nouvelle disposition est de limiter le nombre de candidatures dans un pays qui compte près de 150 partis politiques.

Selon Orden Alladatin, rapporteur de la commission des lois, proche du pouvoir, ce nouveau code électoral vise à favoriser le regroupement des forces politiques. “Il faut pouvoir contenir la flopée de candidatures fantaisistes qu’on a toujours connues par le passé. Il faut qu’on ait des partis forts et non des individus et des hommes forts” a-t-il expliqué, jeudi, sur une chaîne télévision privée béninoise.

Lors de la présidentielle de 2016 qui s’est soldée par la victoire au second tour de l’homme d’affaires Patrice Talon, 33 candidats s’étaient présentés pour briguer la magistrature suprême. Un nombre de candidatures record dans l’histoire politique du pays.

Sélection par l’argent

Mais selon des observateurs, cette disposition aura pour conséquence l’exclusion des citoyens et créerait “une République des riches”. “Le pouvoir estime qu’en rehaussant le montant des cautions, il empêchera la multiplication des candidatures. C’est une sélection par l’argent. Celui qui a l’argent dans la société pour postuler au poste de président de la République devient un candidat sérieux”, explique Steve Kpoton, juriste et analyste politique béninois. Et d’ajouter : “C’est anti-démocratique de vouloir limiter des candidatures. Tous les citoyens qui le désirent doivent pouvoir se présenter. Conséquence (de ce projet de réforme, NDLR), on aura des présidents de la République qui seront des représentants des groupes financiers ou des groupes mafieux.”

Orden Alladatin rétorque que les candidatures sérieuses seront portées “par des populations ou des groupes politiques qui s’arrangeront pour trouver cette caution” qui sera remboursée dès lors que le candidat obtiendra 10 % des suffrages exprimés.

La nouvelle réforme du code électoral prévoit aussi la hausse du montant de la caution des partis politiques pour participer aux élections législatives prévues en avril 2019. Elle passerait de 8 millions (12 300 euros) à 200 millions de francs CFA (300 000 euros) par liste électorale. “C’est indécent pour un pays pauvre de fixer des montants comme cela et de dire qu’il y a des Béninois qui peuvent payer 250 millions de francs CFA de caution” déplore Nourou-Dine Saka-Saley, juriste et probable candidat aux prochaines législatives.

Si cette réforme est votée en plénière par les 83 députés que compte l’Assemblée nationale, le Bénin deviendrait l’un des pays où il faut payer le plus cher pour briguer la magistrature suprême. Loin devant les 85 000 euros de la République démocratique du Congo ou des 45 000 euros du Sénégal.

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