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EUROPE

Crise de la livre turque, l’inquiétante onde de choc

© Murat Kula, service de presse de la présidence turque, AFP | Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours prononcé à Bayburt, le 10 août 2018, pour tenter de rassurer les marchés.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 15/08/2018

L’effondrement de la devise turque sur fond de fortes tensions diplomatiques entre Ankara et Washington survenu brutalement vendredi, suscite bien des inquiétudes auprès des marchés financiers.

La monnaie turque en pleine surchauffe. La livre turque (TRY) qui a perdu près de la moitié de sa valeur face au billet vert depuis le début de l'année, a enregistré vendredi 10 août, une baisse vertigineuse jusqu'à des plus bas historiques. La devise turque s'y échangeait à 6,43 livres pour un dollar à la clôture de Wall Street, soit une baisse de 13,7 % après avoir perdu jusqu'à 24 % au cours de la journée.

La crise turque a envoyé une onde de choc planétaire, entraînant dans son sillage les principales bourses européennes qui ont toutes clôturé dans le rouge, touchant particulièrement le secteur bancaire. "La Turquie est un pays intégré au système monétaire international, dont les emprunts privés turcs se concentrent en Europe, en particulier en France, en Espagne et en Italie, souligne Deniz Unal, économiste turque, sur France 24. La crise pourrait donc provoquer dans sa chute des difficultés sur l’ensemble du système monétaire européen."

Un pasteur américain au cœur de la crise diplomatique

La chute de la monnaie turque est liée à la défiance de plus en plus marquée des marchés envers la conduite des affaires économiques par Ankara. Mais elle a atteint son apogée ces dernières semaines, en raison d'une grave crise diplomatique avec les États-Unis qui a éclaté début août. Au centre des tensions, la détention en Turquie d'Andrew Brunson, un pasteur américain accusé d'espionnage. Pour obtenir sa libération, Donald Trump a exercé une pression économique sur Ankara en annonçant une hausse des taxes à l'importation de 50 % sur l'acier et de 20 % sur l'aluminium turcs. Le président Recep Tayyip Erdogan a riposté samedi 11 août en jurant qu'il braverait les menaces américaines. "Il est mauvais d'oser mettre la Turquie à genoux avec des menaces concernant un pasteur". Et de poursuivre, "Honte à vous, honte à vous. Vous échangez votre partenaire stratégique de l'Otan pour un prêtre".

Un discours victimaire qui n'étonne pas les observateurs. "Plus l’économie turque ira mal, plus le président turc va utiliser le pasteur pour dénoncer les agressions extérieures, alors que la Turquie a une grosse part de responsabilité dans son malheur", explique Gauthier Rybinski, chroniqueur international.

Face à cette déroute, Erdogan, qui fait face à l'un de ses plus difficiles défis économiques depuis son arrivée au pouvoir en 2003, a appelé ses concitoyens à la "lutte nationale" en échangeant leurs devises étrangères pour soutenir leur monnaie. "Si vous avez des dollars, des euros ou de l'or sous votre oreiller, allez dans les banques pour les échanger contre des livres turques. C'est une lutte nationale", a exhorté le chef de l’État dans un discours prononcé à Bayburt (nord-est).

Mais les interventions du chef de l’État turc n’ont pas rassuré les marchés, bien au contraire. "La prise de parole d’Erdogan pourrait participer au maintien de la crise, parce que les marchés voient toujours d’un mauvais œil l'interventionnisme d’un régime politique", explique Lise Barcellini, journaliste économique à France 24.

"Confiance perdue"

En suivant une course effrénée vers toujours plus de croissance et en soutenant des thèses économiques peu orthodoxes, Erdogan donne des sueurs froides aux marchés. "Les investisseurs étrangers sont en train de perdre confiance dans la politique économique de la Turquie qui est centralisée autour d’une seule et même personne, le président Recep Tayyip Erdogan", souligne Fatma Kizilboga, correspondante de France 24 à Istanbul.

Les marchés s'inquiètent notamment de l’attitude de la banque centrale turque qui rechigne à relever ses taux pour soutenir la livre et réguler une inflation qui a pourtant atteint près de 16 % en juillet en rythme annuel. Mais l’organisme bancaire, censé être indépendante mais en réalité soumis aux pressions du pouvoir, délaisse cet outil traditionnellement utilisé à travers le monde pour gérer cette situation. Erdogan, qui a un jour qualifié les taux d'intérêt de "père et mère de tous les maux", y est fortement hostile.

Silence des médias

Après sa victoire aux élections du 24 juin, Erdogan a en outre nommé son gendre, Berat Albayrak, à la tête d'un super-ministère des Finances, écartant certains responsables appréciés des marchés. "Les marchés ont perdu confiance dans la capacité d'agir en cas de nécessité du triumvirat formé par le président Erdogan, son gendre et ministre des Finances et la banque centrale", souligne Charles Robertson, analyste à Renaissance Capital.

Pendant que la livre turque s'effondrait vendredi, le gouvernement est resté droit dans ses bottes, multipliant les déclarations de défi qui n'ont pas rassuré les marchés.

La déroute de la monnaie nationale a également été spectaculairement absente des unes des journaux, poussant les économistes critiques à se tourner vers les réseaux sociaux pour commenter. "Les médias progouvernementaux détournent l'attention en diffusant des films et des séries", dénonce Mustafa, interrogé devant un bureau de change près du Grand Bazar d'Istanbul.

Première publication : 11/08/2018

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