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Un an après l'attaque de Charlottesville, une rescapée témoigne

© Logan Cyrus, AFP | Sur les lieux de la manifestation d'août 2018 à Charlottesville, une pancarte : "Il n'y a pas de place pour la haine ici".

Texte par Yona HELAOUA , correspondante à Washington

Dernière modification : 12/08/2018

Un an après le rassemblement néo-nazi et l’attaque meurtrière de Charlottesville, une nouvelle manifestation d’extrême droite est prévue dimanche à Washington. Constance Young, qui a survécu à la voiture bélier, témoigne.

Il y a un an tout juste, Constance Young a vécu la peur de sa vie. Le 12 août 2017, à Charlottesville, en Virginie, un suprémaciste blanc a foncé au volant de sa Dodge Challenger sur une foule de citoyens protestant contre une manifestation d’extrême droite. Heather D. Heyer, 32 ans, est morte ce jour-là. Constance Young, elle, s’en est sortie, malgré une blessure au genou. Cette Afro-Américaine, victime de stress post-traumatique depuis le drame, suit aujourd’hui une psychothérapie pour s’en sortir. Mais ses souvenirs ont été ravivés ces derniers jours, par l'annonce d'un nouveau rassemblement de nationalistes et néo-nazis dimanche 12 août 2018, cette fois sous les fenêtres de Donald Trump. Une manifestation devant la Maison Blanche convoquée selon eux au nom de la défense des "droits civiques des Blancs".

La Washingtonienne de 35 ans, interrogée par France 24, se dit "bouleversée" : "J’ai davantage de cauchemars sur les lieux du drame que d’habitude. J’aimerais pouvoir dire que j’ai de l'espoir ou que je suis optimiste, mais ça n’est pas le cas. Les hommes du Klu Klux Klan représentent l'organisation terroriste la plus ancienne des États-Unis. On les a autorisés à se rassembler pour commémorer le meurtre d’Heather Heyer et les exactions contre des douzaines d’autres personnes."

Environ 400 membres de divers groupes d’extrême droite, réunis sous la bannière "Unite the Right 2" (Rassembler la droite 2) sont en effet attendus à Washington. Des contre-manifestations organisées par plusieurs mouvements anti-racistes sont prévues tout au long du week-end. Constance Young doit d'ailleurs s'exprimer sur le podium de l'un d'entre eux : "C'est important pour moi d’être là, car la menace du nationalisme blanc ne s'effacera pas de sitôt. Ces dégénérés ont récemment été encouragés par l’administration actuelle et il est important d'envoyer un message fort : leur rhétorique dangereuse et leurs comportements criminels ne sont pas les bienvenus."

"La police ne nous a pas protégés ce jour-là"

Du président américain Donald Trump, qui avait été lourdement critiqué l'an passé pour avoir renvoyé dos à dos les suprémacistes blancs et les anti-racistes, Constante Young n’attend "rien de raisonnable ou de décent  [cette année]". "J’espère seulement qu’il ne fera pas empirer la situation, comme il l'a fait il y a un an", ajoute-t-elle.

>> À lire aussi sur France 24 : "Le drame de Charlottesville fait ressurgir les liens entre le père de Trump et le Ku Klux Klan"

Difficile pour elle d’oublier cette journée de terreur : "La Virginie est un État 'open carry' [où les résidents ont le droit de porter leur arme de manière visible], donc ils étaient lourdement armés avec des armes automatiques, des boucliers, des armes chimiques et des couteaux", raconte-t-elle. Dimanche à Washington, toutes les armes seront interdites. Les organisateurs ont d'ailleurs officiellement appelé les participants à ne pas en porter et leur ont recommandé de "ne pas se battre" et de ne pas parler aux médias. La présence policière dans la capitale, une ville dont près de la moitié (49 % en 2017) de la population est noire, sera également largement renforcée pour éviter les débordements, a annoncé la mairie.

Une nouvelle qui ne rassure pas pour autant Constance Young : "La police ne nous a pas protégés ce jour-là. Ils nous ont clairement fait comprendre qu’ils n’interviendraient pas. Il y avait des policiers sur les toits avec des armes automatiques pointées sur nous, comme des snipers. Ils étaient habillés en civils, impossible de savoir s’ils faisaient vraiment partie de la police. Nous pensions qu’il s’agissait de néo-nazis : il a fallu plusieurs jours avant qu’on apprenne qu’il étaient flics. Même une fois que j’ai été renversée par la voiture, la police ne m’a pas aidée. Alors que j’étais visiblement blessée, aucun officier ne m’a demandé si j’avais besoin d’aide – à aucun moment. Ils m’ont même fait faire un détour pour rejoindre l’infirmerie."

"Un homme m’a dit qu’il voulait me lyncher"

Ce jour-là, la violence physique s'est accompagnée d'une violence verbale extrême : "Ils scandaient des slogans du style 'Sang et terre', 'Le privilège blanc est un mythe, mais le privilège juif existe'. Ils nous ont traités de singes, un homme à 60 cm de distance m'a même regardée dans les yeux et m'a dit qu’il voulait me lyncher avant de m'envoyer un baiser." Une scène du passé, mais pourtant bien vivace pour Constance Young, qui rappelle que ses ancêtres ont été esclaves pendant des générations et que ses parents et grands-parents ont connu la ségrégation : "Je fais partie de la première génération de ma famille à être née avec tous mes droits garantis par la Constitution américaine. Pourtant, le racisme systémique, mais aussi individuel, ne m’a pas épargnée." Elle raconte ainsi comment la maison familiale a été vandalisée plusieurs fois avec le sigle "KKK" [pour Klu Klux Klan], ou comment, petite, une camarade a refusé de l’inviter à son anniversaire, car son père n'admettait pas de Noirs chez lui.

Ces expériences ne l’ont pas empêchée d’être choquée par ce qu’elle a vu à Charlottesville : "Je n’avais jamais vu ou cru qu’aux États-Unis, une milice ou des nationalistes blancs pourraient être autorisés à terroriser une ville entière pendant des heures." De quoi la faire réfléchir, durant toute cette année, à propos du concept de liberté d’expression à l’Américaine et de ses éventuelles limites : "Je me suis renseignée sur la Convention européenne des droits de l’Homme. Bien que je comprenne comment la liberté d’expression puisse être couplée à un ensemble de valeurs, j’ai peur qu’aux États-Unis, les communautés les plus marginalisées soient les plus vulnérables à une restriction de ce droit."

>> À lire aussi sur France 24 : "Charlottesville marque-t-elle la limite de la liberté d’expression pour l’extrême droite américaine ?"

Un droit qui fonctionne à double sens. Les restaurateurs de la capitale américaine sont en effet eux aussi bien décidés à disposer de leur liberté d'opinion et d'expression. Certains ont déjà prévenu qu'ils se réservaient le droit de refuser de servir tout individu se présentant avec des symboles nazis ou harcelant leurs employés.

Première publication : 12/08/2018

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