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La condamnation de Monsanto aux États-Unis relance le débat sur l'interdiction du glyphosate

© Robyn Beck, AFP | Des bouteilles de l'herbicide Roundup de Monsanto en vente dans un magasin à Glendale, en Californie, le 19 juin 2018.

Texte par Jean-Luc MOUNIER

Dernière modification : 13/08/2018

Monsanto a été lourdement condamné le 10 août en Californie pour ne pas avoir informé de la dangerosité du Roundup. C'est la première fois qu'un tribunal estime que l'herbicide a “considérablement” contribué à la maladie d'un plaignant.

Une première qui pourrait faire date. Vendredi 10 août, le jury d’un tribunal de San Francisco a considéré que Monsanto, filiale du groupe multinational Bayer, a agi avec “malveillance” et que son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient "considérablement" contribué à la maladie de Dewayne Johnson, le plaignant dans cette affaire, atteint d’un cancer en phase terminale après avoir vaporisé de l’herbicide Roundup pendant plusieurs années.

Le géant de l’agrochimie américain a été condamné en conséquence à dédommager le jardinier américain à hauteur de 289,2 millions de dollars (253 millions d’euros) : 250 millions pour les dommages punitifs et 39,2 millions d’intérêts compensatoires. Entre 2012 et 2014, Dewayne Johnson avait vaporisé sur des terrains scolaires d'une petite ville de Californie, dans l'ouest des États-Unis, du Roundup, dont le principe actif est le glyphosate, un désherbant aussi efficace que controversé, ainsi que du RangerPro.

Monsanto a immédiatement décidé de faire appel après la décision des jurés, défendant la qualité de son produit phare : “La décision d'aujourd'hui ne change pas le fait que 800 études scientifiques et les conclusions de l'agence américaine de la protection de l'environnement (EPA), des instituts nationaux pour la santé et des autres autorités de régulation à travers le monde soutiennent que le glyphosate ne cause pas de cancer et n'a pas causé le cancer de M. Johnson.”

Des centaines de plaignants, et le glyphosate

Le groupe Bayer risque gros à présent : ce jugement pourrait faire jurisprudence, et les plaignants derrière Dewayne Johnson pourraient être légion, ainsi que les dédommagements conséquents qui vont avec. Selon un décompte de CNN, “plus de 800 patients ont traîné Monsanto en justice en 2017, affirmant souffrir d’un cancer à cause du Roundup. Depuis, des centaines d’autres plaignants – des malades atteints de cancer, leur conjoint ou leurs héritiers – ont également poursuivi Monsanto pour des raisons similaires.” Près de 5 000 procédures similaires à celle de Dewayne Johnson sont actuellement à l’examen aux États-Unis, estime l’agence Reuters.

Le 11 août, au lendemain de la décision du jury, Bayer a fait des déclarations ne semblant pas aller vers un arrêt de la production du glyphosate, un agent actif qui suscite la controverse depuis des années. “Sur la base de preuves scientifiques, d'évaluations réglementaires à l'échelle mondiale et de décennies d'expérience pratique de l'utilisation du glyphosate, Bayer estime que le glyphosate est sûr et non cancérogène”, a affirmé un porte-parole de l’entreprise allemande.

Le constat n'est pas partagé par la Californie, l'un des États américains les plus impliqués dans la protection de l'environnement, ni par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui considère que cet agent actif est "probablement cancérigène pour les humains".

Les inquiétudes autour du glyphosate ont donné lieu à l'ouverture d'innombrables enquêtes aux États-Unis, et ont aussi déclenché un débat d'experts en Europe après des conclusions contradictoires. Mais malgré ces doutes, les pays de l’Union européenne ont voté de justesse en novembre 2017 en faveur du renouvellement pour cinq ans de l'autorisation de cet herbicide jugé dangereux par les défenseurs de l'environnement. Le glyphosate est aussi beaucoup utilisé dans le secteur agricole : il représente actuellement 25 % du marché mondial des herbicides.

Une décision “providentielle”, selon Nicolas Hulot

La condamnation de Monsanto a aussi résonné ce week-end jusqu’en France, où Nicolas Hulot a affirmé à Libération que “c’est le début de la fin de l’arrogance, de la suffisance de ce couple maudit Monsanto-Bayer”. “Cette décision confirme ce que de nombreux lanceurs d’alerte ont dit depuis tant d’années sur la dangerosité du glyphosate”, affirme le ministre français de la Transition écologique, qui parle d’une décision de justice “providentielle”.

Nicolas Hulot estime aussi que cette décision “vient corriger l’indifférence des politiques vis-à-vis de cette firme, qui dure depuis des décennies”, semblant ne pas trouver de contradiction avec l’engagement européen de la France pris fin 2017 de renouveler pour cinq ans l’autorisation du glyphosate. “J’aurais souhaité que l’Europe s’aligne sur les trois ans, ce qui me semble une échéance rationnelle”, précise-t-il, avant de rappeler que “le glyphosate est la molécule la plus employée en agriculture” : “On peut toujours avoir des effets de tribune en disant qu’il faut l’interdire demain matin, mais ce n’est pas réaliste.”

Pour Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, la décision rendue contre Monsanto est “la preuve qu’il faut sortir des pesticides”. Mais pour assurer cette sortie, le porte-parole du 3e syndicat agricole français souhaite que le gouvernement accompagne “par des politiques publiques le passage d'une agriculture aujourd'hui avec béquille chimique, vers une agriculture (...) où on arrête d'utiliser des produits qui sont en train de tuer les paysans et les paysannes."

Avec AFP et Reuters

Première publication : 13/08/2018

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