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Fabrique bicentenaire, CBG-Mignot poursuit l'épopée du "soldat de plomb" artisanal

© AFP | Loïc Pemzec, patron de l'entreprise CBG-Mignot, dernière fabrique française de figurines de plomb, le 8 août 2018 à La Breille-Les-Pins (Maine-et-Loire)

LA BREILLE-LES-PINS (FRANCE) (AFP) - 

Figé dans un éternel galop, un grenadier charge sous les yeux de Napoléon, qui semble défier Ramsès et une Jeanne d'arc rutilante: au coeur de l'Anjou, CBG-Mignot, dernière fabrique française de figurines de plomb, perpétue une tradition vieille de 200 ans.

"Le petit soldat de plomb, c'était le jouet star du début du XXème siècle". Il "émerveille aujourd'hui les collectionneurs", résume dans son ancienne fonderie de Breille-les-Pins (Maine-et-Loire) le patron des lieux, Loïc Pemzec, plongeant doucement sa louche dans un "creuset" rempli de métal en fusion.

Savant alliage de plomb, d'étain et "d'un peu d'antimoine", la recette est précise, car "il faut que le soldat soit solide, mais souple", précise-t-il, sélectionnant l'un des moules de bronze et d'acier éparpillés devant lui.

En quelques secondes, le métal durcit et donne vie à un petit corps tiède, encore privé de tête.

"C'est un soldat de l'Empire. Je peux lui poser une tête de grenadier, de voltigeur, ou encore plier son bras, pour en faire un tambour ou un porte-drapeau", s'enthousiasme Loïc Pemzec, contemplant sa nouvelle recrue de cinq centimètres.

Qui qu'elle soit, elle ressemblera fidèlement au soldat "qui sortait de ce moule, en 1900", sourit-il.

Car l'entreprise, fondée à Paris en 1825 par Augustin Cuperly et Englebert Blondel, rapidement rejoints par Sosthène Gerbeau (C.B.G), puis par Henri Mignot, sera bientôt bicentenaire.

"Dans les années 1870, après la défaite face aux Prussiens, le gouvernement, veut redonner l'élan patriotique aux Français, et lance une grande promotion de l'armée", passant notamment "par le jeu", raconte M. Pemzec.

Portée par des dizaines de milliers d'enfants "plutôt aisés", qui "rêvent de diriger artilleurs et généraux", jusqu'à tenir entre leurs doigts la réplique de Napoléon, l'entreprise prospère.

"Début 1900, elle emploie 400 personnes rien que pour la peinture". Mais le développement de l'aluminium, dans l'entre-deux guerres, puis du plastique, contrarient l'épopée. Après une "traversée du désert", le jouet devient objet de collection.

- 12.000 possibilités -

Un temps fermée en 1992, la fabrique est installée en Anjou par Edouard Pemzec, père de Loïc et "très grand collectionneur", dont le grenier "regorge alors de 200.000 soldats", clowns, danseurs, gendarmes et autres "figurines civiles".

Aujourd'hui, l'ancienne fonderie est à l'arrêt et ne sert que pour les démonstrations. Empilés dans l'atelier, les "cinq à six mille moules d'origine" constituent un trésor.

"Les normes ont évolué, le contact avec le plomb est interdit. Pour continuer, il aurait fallu tout rénover et investir 400.000 euros", explique le dirigeant. "Une partie de la fabrication est donc sous-traitée", mais "le savoir-faire artisanal demeure".

La société partenaire basée à Paris s'occupe désormais du coulage des 300 pièces fabriquées chaque semaine, à l'aide de centrifugeuses et de moules en silicone, mais aussi de "l'ébarbage", correction des minuscules défauts du métal. Elle soude les accessoires, et applique un "enduit d'apprêt".

Le site angevin reçoit les commandes, "puisées parmi les 12.000 références du catalogue", crée des figurines originales "personnalisées" avec l'aide d'un sculpteur, "à partir de tableaux, de photographies", et accueille l'atelier de l'une des trois peintres chargées d'offrir aux figurines des expressions, uniformes et parures colorées.

La longue bâtisse abrite enfin, à l'étage, une exposition de plus de 100 m2, "pour beaucoup composée des collections familiales", où Marie-Antoinette côtoie en vitrine des romains, des croisés, des mousquetaires et quelques dinosaures pâlis par le temps.

"Nous avons deux tiers de soldats, dont une moitié issus des régiments de Napoléon, et un tiers de civils", issus notamment des appréciés "cirques, Tour de France et pompiers", détaille le propriétaire.

"Il faut compter 20 à 40 euros pour un personnage", et plusieurs centaines pour un "diorama", saynette agrémentée d'un décor. Les créations originales, pouvant atteindre des milliers d'euros, sont souvent "commandées par des entreprises ou institutions", comme Michelin, le Crazy Horse ou la gendarmerie nationale.

Mais les collectionneurs rivalisent d'inventivité, comme cet habitué, "qui voulait un sous-marin vu à la télévision", sourit M. Pemzec. Nostalgiques, ou très grands enfants, ils sont encore prêts à payer cher pour "figer leurs rêves" dans le métal.

© 2018 AFP