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Asie - pacifique

Imran Khan : ex-playboy, star du cricket et Premier ministre du Pakistan

© Aamir Qureshi, AFP | Imran Khan fait une allocution aux médias après avoir voté à Islamabad, mercredi 25 juillet, pour les législatives.

Vidéo par FRANCE 24

Dernière modification : 18/08/2018

Héros du cricket pakistanais au passé de jet-setteur, l'opposant Imran Khan a officiellement pris ses fonctions de Premier ministre, samedi. Parfois comparé à Donald Trump pour son populisme, l'ancien champion ne fait pas l'unanimité.

Il a remporté "le match de sa vie". L'ancien champion de cricket Imran Khan a été officiellement nommé Premier ministre lors d’une cérémonie où il a prêté serment, samedi 18 août. Véritable star dans son pays, Imran Khan avait mené son parti – le mouvement Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) – en tête des élections législatives, sans toutefois parvenir à obtenir la majorité au Parlement. Son premier défi consistera à former un gouvernement de coalition. Une première manche difficile pour cet ancien sportif rodé aux compétitions.

Pour emblème électoral lors de sa campagne, Imran Khan avait choisi une batte de cricket. Mais son passage des terrains de gazon au fauteuil de Premier ministre ne s'est pas fait en un jour.

Si "Immy", comme l’appellent ses partisans, a consacré les deux dernières décennies de sa vie à la politique, il fut celui qui, en 1992, alors capitaine de l’équipe nationale de cricket, mena le Pakistan à sa première – et seule – victoire en Coupe de monde. Dans un pays où le cricket est roi, il est aussitôt devenu une légende.

Le meilleur joueur de l'histoire du cricket pakistanais, issu d’une riche famille pachtoune de Lahore, a ensuite mis longtemps à être pris au sérieux sur le plan politique. Son parti, le PTI, c'est-à-dire le "Mouvement pour la justice au Pakistan", fondé en 1996, a longtemps dû se contenter d'une poignée de sièges.

"Imran Khan't" en 2013

Imran Khan a beau avoir étudié dans les meilleures universités pakistanaises et être diplômé d'Oxford, ses années de playboy à faire la fête, bien entouré, dans les boîtes de nuit de Londres pèsent sur sa crédibilité.

Son mariage, en 1995, avec Jemima Goldsmith, une riche héritière anglaise, amie de Lady Diana, est couvert par la presse people du monde entier.

C’est lors de la campagne des élections législatives de 2013 que sa popularité explose : les classes moyennes se retrouvent dans son discours contre la corruption et il affiche son ambition de devenir Premier ministre. Mais ce n’est pas son heure : "Imran Khan’t" ("Imran ne peut pas"), raille une partie de la presse.

Lors de ce scrutin, Imran Khan ravit toutefois la province du Khyber Pakhtunkhwa (KP), dans le nord-ouest du pays, et se pose ainsi comme premier parti d'opposition à l'échelle nationale face au PML-N de Nawaz Sharif.

Cinq ans plus tard, Imran Khan est désormais la principale figure de l’opposition et un boulevard s’offre à lui : Nawaz Sharif, ex-leader du PML-N, au pouvoir depuis 2013, est derrière les barreaux. Destitué de manière controversée du poste de Premier ministre l'an dernier pour corruption et interdit de se présenter depuis, il a été remplacé à la tête du parti par son frère Shahbaz, un adversaire de moindre poids pour Imran Khan.

Son profil suscite l’engouement des Pakistanais, lassés de voir les mêmes leaders de partis traditionnels issus de grandes familles monopoliser le pouvoir depuis des décennies.

La "marionnette" de l'armée ?

Surtout, même s’il s’en défend, il bénéficie du soutien de la puissante armée pakistanaise. "Il est leur marionnette. Il est là où il est grâce à l’armée et au ISI [le service de renseignement pakistanais, NDLR]", estime même, dans une interview accordée mardi au New York Times, C. Christine Fair, chercheuse à l'université de Georgetown, à Washington, et spécialiste du Pakistan.

Dépeint comme impulsif, ses tirades anti-establishment et ses sorties sur les réseaux sociaux lui ont parfois valu d’être comparé à Donald Trump. Un parallèle qu’il rejette complètement, lui qui surfe sur l’anti-américanisme.

Son programme pour le Pakistan ? L'avènement d'un "État-providence islamique". Car loin de son passé glamour de séducteur, Imran Khan affiche désormais un visage conservateur. Vivant "retiré" dans sa maison sur les hauteurs d’Islamabad, apparaissant régulièrement tout de blanc vêtu et chapelet à portée de main, il revendique être un musulman pieux et pratiquant.

Certains le surnomment "Taliban Khan" et l'attaquent pour ses appels répétés au dialogue avec des groupes insurgés violents et pour l'alliance - assumée - de son parti avec un religieux surnommé "père des Taliban", Sami ul Haq.

Loin des valeurs occidentales auxquelles il avait adhéré, il a récemment déclaré que le féminisme avait "dégradé le rôle de la mère".

Après son mariage de près de dix ans avec Jemima Goldsmith, avec laquelle il aura deux garçons, il a brièvement convolé avec une présentatrice télé, Reham Khan, avant d’épouser en troisièmes noces, début 2018, une femme présentée comme sa conseillère spirituelle, Bushra Wattoo. Sur les clichés pris lors de la cérémonie, on a pu voir la mariée porter un hijab blanc ainsi qu’un voile rouge dissimulant son visage. Samedi, lors de la cérémonie d’investiture de son mari, Bushra Wattoo s’est présentée en niqab blanc, ne laissant entrevoir que ses yeux. Une évolution qui laisse apparaître le conservatisme grandissant du nouveau chef du gouvernement.

Première publication : 18/08/2018

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