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Un ancien gardien de camp nazi expulsé vers l'Allemagne par les États-Unis

Une photographie prise en 1957 de Jakiw Palij.
Une photographie prise en 1957 de Jakiw Palij. US Departement of Justice, AFP

L'Allemagne a accepté d'accueillir un ancien gardien de camp SS âgé de 95 ans expulsé par les États-Unis, invoquant sa responsabilité "morale" au moment où elle est en passe de clore les dernières poursuites contre d'anciens nazis.

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Près de soixante-dix ans après son départ vers les États-Unis, Jakiw Palij a fait mardi 21 août le voyage retour vers l’Europe. Cet homme de 95 ans, né en Pologne, a été expulsé vers l’Allemagne, en raison de son passé comme gardien SS dans le camp de travail forcé de Trawniki, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Lublin, dans lequel plus de 6 000 Juifs ont été exterminés.

Il est arrivé à l'aéroport de Düsseldorf puis a été transporté vers un centre de soins gériatriques près de Münster. L’Allemagne a accepté de l’accueillir, invoquant sa responsabilité "morale" au moment où elle est en passe de clore les dernières poursuites contre d'anciens nazis.

"Avec l'admission de Palij, le gouvernement fédéral envoie un signal clair de la responsabilité morale de l'Allemagne", a expliqué un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères. Il est toutefois peu probable qu'il doive rendre des comptes à la justice. Il devrait finir ses jours dans une maison de retraite.

"Il n'y a pour le moment aucune information (qui permettrait) d'envoyer Palij devant un tribunal en Allemagne", a précisé le chef du département chargé d'élucider les crimes nazis de Ludwigsbourg, Jens Rommel, soulignant que son appartenance aux SS et son apprentissage effectué au camp ne suffisaient pas pour enclencher "une procédure de complicité de meurtre". Un tribunal allemand avait déjà ouvert une enquête préliminaire en 2015 à son sujet, close l'année suivante faute de preuves suffisantes.

Retrait de sa nationalité américaine

Jakiw Palij avait immigré en 1949 aux États-Unis et obtenu la nationalité américaine huit ans plus tard, prétendant avoir été un fermier pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais en 2003, un juge fédéral la lui a retirée parce qu'il avait menti sur son passé de SS. Le procureur avait estimé qu’en tant que gardien, il avait empêché les prisonniers de s'échapper et avait "contribué directement à leur massacre". Des accusations que l'intéressé a réfutées.

Depuis, les États-Unis ont essayé à maintes reprises, sans succès, de l'expulser vers la Pologne, l'Ukraine (où sa ville de naissance - à l'époque polonaise - se trouve aujourd'hui) et l'Allemagne. L'ancien garde SS a régulièrement été aux États-Unis l'objet de manifestations hostiles, de plus en plus fréquentes ces dernières années, devant son domicile new-yorkais.

Apaiser les tensions entre Berlin et Washington

Berlin a longtemps refusé de l'accepter sur son territoire car il n'avait pas la nationalité allemande. Ce changement de décision est susceptible d'apaiser les tensions diplomatiques récurrentes entre Berlin et le gouvernement de Donald Trump, qui avait jugé l'affaire "hautement prioritaire".

L'ambassadeur des États-Unis à Berlin Richard Grenell, un proche du président Trump, a salué "la volonté politique et l'engagement de plusieurs membres de l'équipe de la chancelière" Angela Merkel.

"Palij avait menti sur le fait d'être nazi et est resté aux États-Unis pendant des décennies. Son expulsion envoie un message fort : les Etats-Unis ne toléreront pas ceux qui ont facilité les crimes nazis", a expliqué la Maison Blanche dans un communiqué. Le centre Simon Wiesenthal a aussi salué son expulsion, jugeant qu'il ne méritait pas "le privilège de vivre aux États-Unis".

L'Allemagne a jugé et condamné ces dernières années plusieurs anciens SS pour complicité de meurtre : John Demjanjuk, Reinhold Hanning et Hubert Zafke ont tous été condamnés, illustrant la sévérité accrue, mais très tardive, de la justice allemande. Cependant, jusqu'ici, aucun n'est allé en prison en raison de leur état de santé.

Dernièrement, Oskar Gröning, dit le "comptable d'Auschwitz", a été définitivement condamné à quatre ans de prison, avant de mourir en mars à 96 ans, peu avant son incarcération.

Avec AFP

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