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Algérie : le gouvernement critiqué pour sa gestion de l'épidémie de choléra

Les Algériens sont de plus en plus inquiets depuis la réapparition du choléra.
Les Algériens sont de plus en plus inquiets depuis la réapparition du choléra. Capture d'écran France 24

Le gouvernement algérien est sous le feu des critiques de médias et des réseaux sociaux, lundi 27 août, concernant sa gestion de l'épidémie de choléra, confirmé chez 49 malades, dont deux sont décédés depuis début août.

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Le gouvernement algérien est sous le feu des critiques, alors qu’il lui a fallu deux semaines pour annoncer la résurgence du choléra dans le pays, dont la dernière épidémie d’ampleur remonte à 1986. Le dernier bilan officiel dénombre 49 malades, dont deux sont décédés.

>> À lire aussi : Le choléra fait un deuxième décès en Algérie, nouvelles régions touchées

Alors que des dizaines de patients souffrant de diarrhées aiguës étaient hospitalisés depuis le 7 août dans plusieurs régions, le ministère de la Santé et l'Institut Pasteur n'ont admis la responsabilité du vibrion du choléra que le 23 août. Trois jours après avoir publiquement exclu cette hypothèse.

"Il paraît clair que les autorités étaient au courant bien avant cette déclaration", affirme le quotidien francophone Liberté, disant être en possession d'une note de huit pages du ministère de la Santé, datée du 22 août et alertant les autorités préfectorales et les structures de santé sur la maladie. Le média en ligne TSA (Tout sur l'Algérie) indique, citant une source médicale, que "l'Institut Pasteur et le ministère de la Santé étaient au courant de la nature de la maladie au moins dès le lundi 20 août".

Le conseil de l’ordre national des médecins algériens dénonce la lenteur des institutions sanitaires. "Cette épidémie a commencé à Aïn Bessam, dans la wilaya de Bouira, mais ils ont visiblement sous-estimé les résultats. Plus tard, d’autres cas se sont déclarés à Boufarik”, détaille le président du conseil de l’ordre national des médecins, Mohamed Bekkat Berkani interrogé par le HuffPostMaghreb. "Ils ont mis longtemps, très longtemps à confirmer les cas de choléra." La gestion de la crise par le gouvernement est lacunaire, dénonce-t-il : "Le gouvernement est muet. Aucune gestion solide et rassurante."

Le ministre de la Santé se défend

Critiqué avec le reste du gouvernement pour son silence depuis le début de la crise, le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, a répondu, dimanche, à ces accusations, après avoir visité un des deux hôpitaux où sont regroupés des malades. "On ne peut pas annoncer la maladie avant le diagnostic positif, on était dans un cadre de suspicion. Dès qu'on a eu la confirmation on l'a dit", a-t-il expliqué, assurant que son ministère était "actif depuis le premier jour pour mettre en place une stratégie".

Présent sur le terrain en tant que médecin infectiologue, Dr Kadi cherche lui aussi à rassurer : "49 malades, ce n’est pas une épidémie pour nous. Ce sont des cas sporadiques de familles atteintes. Le traitement est facile si le diagnostic est précoce", précise ce médecin qui a répondu aux questions de France 24. "Maintenant que la source de contamination a été détectée par l'Institut Pasteur dans la wilaya de Tipaza, la difficulté principale n'est pas tant de soigner les malades que d'identifier les porteurs sains (qui ont la bactérie dans leur corps sans tomber malade) car ce sont eux qui diffusent la maladie. Nous leur donnons des antibiotiques."

La polémique n’est pas prête de s’éteindre cependant, dans un contexte où les hôpitaux manquent cruellement de moyens et de médecins. Beaucoup de jeunes diplômés "vont dans le privé ou dans un pays étranger", rappelait en janvier dernier le Dr Yassine Balhi, interrogé par France 24. "Plus de 13 000 médecins ont quitté l’Algérie pour travailler au Canada, en France ou ailleurs. C’est une véritable fuite des cerveaux."

La crise perce à jour des "dysfonctionnements et des zones d'ombre", selon le média en ligne TSA, qui s’interroge : "Faut-il 16 jours pour identifier le vibrion cholérique ?" Les hôpitaux algériens "disposent-ils de laboratoires de microbiologie et des outils nécessaires au diagnostic précoce des maladies infectieuses ? Des pathogènes ont-ils été recherchés chez les patients ? Si oui, les résultats de ces analyses ont-ils été cachés ?", poursuit TSA.

Le quotidien El Watan fustige de son côté "une gestion chaotique" de la crise par un gouvernement aux abonnés absents depuis l'apparition de la maladie. "Aucun des ministres concernés par cette situation, à savoir celui de la Santé, de l'Intérieur et des Collectivités territoriales, ainsi que celui des Ressources en eaux, n'a daigné s'adresser à la population", s'insurge El Watan.

"Phobie" et "psychose"

Le quotidien arabophone El Khabar estime que "le manque d'informations concernant l'origine de la maladie (...) a provoqué une phobie chez les Algériens". Liberté, qui se demandait lundi matin "mais où est donc passé (le ministre) Hasbellaoui ?", estime que "le silence assourdissant du gouvernement, au moment où la psychose a gagné les Algériens, reste inexplicable voire inexcusable".

La visite du wali (équivalent d’un maire) de Blida à l’hôpital de Boufarik a fourni un récent exemple de l’attitude des autorités. Le responsable a refusé que soit ouverte la grille qui le séparait d’une femme suspectée d’être atteinte du choléra, et qui l’interpellait sur sa situation personnelle. Les sites TSA et AJ+ ont diffusé les images.

L'absence et le silence des hauts responsables du pays sont également fortement critiqués sur les réseaux sociaux, certains internautes l'attribuant au refus des ministres d'interrompre leurs congés durant la semaine largement fériée de l'Aïd al-Adha.

Partagés entre colère et ironie, les internautes notent également qu'aucune campagne publique de prévention n'a été lancée et soulignent qu'aucune rubrique n'est dédiée à l'épidémie de choléra sur le site du ministère de la Santé.

Certains se plaignent des récurrentes pénuries d'eau alors que les autorités sanitaires appellent la population à se laver les mains plusieurs fois par jour… "Le gouvernement nous a tellement menti que personne ne croit son diagnostic et n'a confiance en nos structures sanitaires", déplore ainsi une internaute sur Twitter.

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