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En Saxe, l’extrême droite allemande à l’aise dans ses rangers

Les hooligans constituaient la plus grande partie de la manifestation de lundi 27 août à Chemnitz.
Les hooligans constituaient la plus grande partie de la manifestation de lundi 27 août à Chemnitz. Odd Andersen, AFP

Les démonstrations de force des hooligans et sympathisants d’extrême droite allemands depuis dimanche ne se sont pas produites par hasard à Chemnitz, en Saxe. Cette région de l'Est est considérée comme un terrain fertile pour ces groupuscules.

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Ils vont remettre ça. La ville allemande de Chemnitz, en Saxe, dans l'est de l'Allemagne, se prépare à une nouvelle manifestation de hooligans et autres sympathisants d’extrême droite, jeudi 30 août. Ils devraient répondre à l’appel du collectif "Pro-Chemnitz", à l’origine des rassemblements de dimanche et lundi 27 août, qui ont entraîné des affrontements violents avec les forces de l’ordre et des contre-manifestants.

Depuis trois jours, Chemnitz apparaît comme l’épicentre d’un soulèvement d’extrême droite qui secoue l’Allemagne toute entière. En apparence, ces rassemblements anti-immigrés auraient pu survenir partout ailleurs, dans une Allemagne où l’hostilité envers les réfugiés et demandeurs d’asile progresse. "À l’origine, il y a des hooligans d’extrême droite, comme il en existe dans d’autres villes allemandes, qui ont instrumentalisé la mort d’un jeune homme, pour mobiliser les foules", note Hans Vorländer, politologue à l’université de Dresde, contacté par France 24.

Mais les réactions des médias et des commentateurs sont rapidement passés des seuls événements au particularisme saxon. "Est-ce que la Saxe appartient encore à l’Allemagne ?", s’interroge le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung après cette flambée de violence, tandis que le magazine Stern s’agace qu’il "s’agit toujours de la Saxe" lorsque l'extrême droite fait les gros titres.

De Rostock à Chemnitz

Les faits sont têtus. La région occupe depuis des années la peu enviable première place du classement national du nombre de violences d’extrême droite, selon les services de renseignements allemands. Le mouvement populiste Alternative für Deutschland (AfD) y a obtenu son meilleur score au niveau national avec 25 % des voix, lors des élections législatives de septembre 2017. Les premières manifestations du rassemblement islamophobe Pegida se sont déroulées à Dresde, à l’automne 2014. Entre 2004 et 2009, le Parlement de Saxe était le seul en Allemagne à accueillir des députés d’un parti néonazi, le NPD.

Les manifestations et débordements racistes à Chemnitz de ces derniers jours s’inscrivent dans ce contexte. Même la scène hooligane locale y présente des spécificités qui semblent la rendre plus dangereuse qu’ailleurs. "Ils sont très politisés en Saxe et il existe, notamment à Chemnitz, des liens très étroits avec les camaraderies d’extrême droite et des groupes de sport de combat, ce qui leur permet de mobiliser très rapidement pour des rassemblements", explique Robert Claus, spécialiste allemand du hooliganisme, contacté par France 24.

Un problème longtemps nié par les politiques

Ces groupes exploitent depuis le début des années 1990 un certain désarroi identitaire qui serait propre à la Saxe. "Ils instrumentalisent le sentiment que les habitants de Saxe ne sont pas reconnus à leur juste valeur", explique Hans Vorländer. D’après ce chercheur, il existerait une sorte de chauvinisme saxon qui se nourrirait des accomplissements d’illustres personnages issus de ce Land qu'ils qualifient par ailleurs de "pays des ingénieurs". Les compositeurs Robert Schumann et Jean-Sébastien Bach, le philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz ou encore les écrivains Erich Kästner et Karl May – très populaires en Allemagne – sont quelques-uns des grands noms à avoir vu le jour dans cette région. Même les filtres à café viennent de Saxe, grâce à Melitta Bentz ! Ce chauvinisme serait d’autant plus facile à flatter qu’il se double d’une “incertitude économique liée au fait que la Saxe est frontalière avec deux pays, la Pologne et la République tchèque”, note le politologue de Dresde.

Les politiques ont, en outre, laissé les mouvements d’extrême droite distiller en toute impunité leur poison au sein d’une population fragilisée par le contrecoup social et économique de la réunification. Dans les années 1990, "les autorités régionales se sont attaquées exclusivement à la scène d’extrême gauche", rappelle Robert Claus. Pire, les ministres-présidents successifs - tous issus de la CDU (le parti de la chancelière Angela Merkel) - ont longtemps nié l’existence même d’une menace qui viendrait de l’autre côté de l’échiquier politique. Kurt Biedenkopf, à la tête de la région entre 1990 et 2002, s’est rendu célèbre en déclarant que les habitants de Saxe étaient "immunisés contre l’extrême droite". Sans relais au sommet de la région, la société civile qui, d’après Hans Vorländer, "alerte depuis des années sur la menace extrémiste", ne pouvait pas lutter efficacement.

Mais la situation semble avoir évolué avec l’arrivée au pouvoir de Michael Kretschmer (CDU) en Saxe en décembre 2017. "Il a commencé à s’attaquer aux problèmes sociaux en y mettant davantage de moyens financiers", constate Hans Vorländer. Il est encore trop tôt pour dire si cette nouvelle orientation politique permettra de réduire l’influence de l’extrême droite ou si elle va se heurter au contexte national de durcissement de l’opinion publique sur la question des réfugiés.

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