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Chine : fini l'enfant unique, Pékin encourage désormais la natalité

© Fred Dufour, AFP | Avec la politique de l'enfant unique, la Chine a assisté au développement d’une génération d’enfants capricieux, qui voulaient tout et à qui on donnait tout.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 31/08/2018

Pékin se prépare à supprimer d'ici 2020 les restrictions sur le nombre d'enfants par couple, mises en place dans les années 1970. La Chine, inquiète du vieillissement de sa population, encourage désormais la natalité.

Après près d’un demi-siècle de contrôle des naissances, la Chine s’apprête à vivre un tournant. Jiancha Ribao, un quotidien juridique officiel, a annoncé lundi 27 août que le gouvernement envisageait de mettre fin d’ici 2020 à la "politique de l'enfant unique". La Chine, inquiète du vieillissement de sa population, encourage désormais la natalité.

Yves Boquet, professeur de géographie à l’Université de Bourgogne, spécialiste de la Chine, revient pour France 24 sur les grandes étapes et les conséquences de cette politique.

France 24 : pourquoi et quand a été mis en place le contrôle des naissances en Chine ?

Yves Boquet : Dans les années 1970, les autorités avaient fait un recensement qui montrait qu’il y avait 100 millions de personnes de plus par rapport à ce qui était attendu. Au moment où le pays était en train de mettre en place une planification des plans quinquennaux, ils se sont aperçus que la population était un problème. À cette époque, ils ont commencé à doucement inciter les gens à ne pas avoir plus de deux enfants. La fameuse politique de l’enfant unique forçant les gens à ne pas avoir plus d’un enfant a été adoptée en 1979 au moment où la Chine s’ouvrait sur l’économie mondiale. Il n’a plus été permis aux Chinois d’avoir plus d’un enfant, mais avec des exceptions pour les minorités ethniques, c'est-à-dire les gens qui ne sont pas des Han, l’ethnie dominante. Les Tibétains et les Ouïghours, les minorités en particulier les plus remuantes, n’étaient pas assujettis à cette restriction.

Avec cette politique de l’enfant unique, il y a eu un effondrement de la fécondité. La Chine est passée largement en dessous des deux enfants par famille, avec presque un dans certaines régions, comme à Shanghai ou dans d’autres grandes villes. Puis, ils se sont aperçus que la croissance de la population ralentissait et qu’en même temps elle commençait à vieillir, un petit peu comme au Japon. Ils ont donc commencé à assouplir la législation, en particulier dans les campagnes, où les gens préféraient avoir un garçon. Si l’enfant à naître devait être une fille, un certain nombre d’avortements y étaient pratiqués, y compris très tard dans la grossesse. À la fin des années 1990 et dans les années 2000, dans certaines provinces, l'État a donc donné le droit aux paysans d’avoir un deuxième enfant si le premier était une fille.

Pourquoi les autorités ont-elles décidé aujourd’hui de supprimer la limitation des naissances ?

La Chine se retrouve dans une situation où la fécondité a beaucoup baissé et le vieillissement devient un problème majeur. Il y a de plus en plus de vieux Chinois et de moins en moins de jeunes Chinois pour payer les pensions. Les retraites coûtent cher à l’État.

À cause de la politique de l’enfant unique, le pays s’est aussi retrouvé avec un déséquilibre croissant entre le nombre de garçons et de filles. La moyenne dans le monde est de 105 garçons pour 100 filles, mais en Chine, on est monté à 118. Dans certaines provinces rurales, il était même de 125 ou 130. Beaucoup de garçons qui veulent se marier ne trouvent pas de filles. C’est un véritable problème de société. On a également assisté à un renversement complet au sein des familles. Dans une société confucéenne, il y a traditionnellement un grand respect envers les anciens. Mais avec la politique de l’enfant unique, l’enfant roi est devenu le seul enfant de la famille. On a assisté au développement d’une génération d’enfants capricieux, qui voulaient tout et à qui on donnait tout. Cela crée une génération d’enfants ou d’adolescents qui ne respectent plus l’ordre établi. La Chine essaie donc de combattre tous ces effets négatifs en relançant la fécondité.

Mais la société chinoise a aussi changé en quarante ans. Les femmes ne privilégient-elles pas désormais leur carrière ?

Cela dépend des endroits. Si vous êtes à Shanghai ou à Canton, dans de très grandes villes, cela peut être le cas. Il y a une occidentalisation d’une partie de la population chinoise. Certaines disent désormais qu’elles ne veulent pas être mère de famille avec quatre ou cinq enfants, mais avoir plutôt un emploi bien rémunéré et être une femme d’affaires.

Pensez-vous finalement que ce changement législatif changera les comportements ?

Il est difficile de forcer des gens à avoir des enfants. C’est plus facile de les forcer à ne pas en avoir. Il y a un pays qui a essayé par le passé, la Roumanie de Ceausescu dans les années 1980. On s’est retrouvé avec des montagnes d’enfants roumains dans des orphelinats. La Chine n’est pas une démocratie libérale, mais elle est plus ouverte. Le gouvernement chinois ne forcera pas les gens à avoir des enfants. Il y a aussi toujours un décalage entre les souhaits des familles et les gouvernants. L’État va regarder à l’échelle du pays, alors que les Chinois vont d’abord regarder l’intérêt de leur famille, qu’elle soit grande ou petite.

Première publication : 30/08/2018

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