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Sur le modèle russe, l'Iran s'essaie à la propagande en ligne à grande échelle

La campagne d'influence a touché le monde arabe, anglophone et hispanophone
La campagne d'influence a touché le monde arabe, anglophone et hispanophone iStock

L'Iran a mené une vaste opération d'influence en ligne depuis début 2017. Elle emprunte beaucoup au mode opératoire des Russes, pionniers en la matière.

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Ils s’appellent Alex Jackson, Alesia Inari ou encore Michael Gilbert. Ils étaient très actifs sur Twitter, Facebook ou encore Instagram. Rien ne les distinguait, à priori, du commun des internautes américains prompts à livrer leurs pensées sur les réseaux sociaux. Sauf qu’aucun d’eux n’existait réellement, a révélé la société de cybersécurité américaine FireEye, dans un rapport publié le 21 août. Google, Facebook et Twitter les ont depuis lors fait disparaître de leur plateforme.

Des faux comptes par dizaines et un air de déjà-vu. Entre début 2017 et août 2018, un réseau de sites d'informations bidons a inondé le Net d’articles relayés par des internautes à la réalité souvent discutable, comme à la grande époque de la campagne en ligne de propagande russe pour influencer l’élection présidentielle américaine de 2016. Sauf que cette fois-ci, les Russes n’y sont pour rien. Tout indique que des Iraniens sont à la manœuvre. Alertés, Google et Facebook estiment même que l’opération pourrait être coordonnée par le régime iranien. Ces comptes et sites étaient souvent enregistrés depuis l’Iran ou étaient liés à des entreprises iraniennes.

Encore plus ambitieux que les Russes

"C'est la première opération d'influence en ligne de grande ampleur qui n'est pas le fait de Russes", assure David Grout, directeur technique de FireEye pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique, contacté par France 24.

L’ambition des propagandistes perses dépasse même celle de leurs prédécesseurs russes. "La campagne russe s'adressait essentiellement au monde anglo-saxon afin de tenter d'influencer une élection, alors que dans le cas présent, les informations – qui couvrent un vaste éventail de sujets – sont diffusées aussi bien en anglais, espagnol ou encore arabe", note David Grout. L'opération iranienne cherche aussi bien à présenter Téhéran comme l'ami numéro 1 des Palestiniens, à dépeindre l'Arabie saoudite sous un jour défavorable ou encore à attaquer le président américain Donald Trump et mettre en valeur les alliés de l'Iran, comme le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro.

Les armes de cette vaste opération s'appellent Liberty Front Press, US Journal, Critics Chronicle ou encore Instituto Manquehue. Ce sont des sites d'information en apparence légitime, remplis d'articles aux contenus orientés pour promouvoir les intérêts iraniens. Leur page d’accueil affiche des informations générales sur les affaires du monde, souvent des reprises de médias établis comme le New York Times, pour mettre l'internaute en confiance. Le Critics Chronicle, qui traite de l'actualité britannique, met ainsi en avant le rapport de l'ONU sur la Birmanie ou le train de vie du prince Harry, des sujets qui semblent très éloignés des préoccupations de Téhéran.

La page d'accueil de Critics Chronicle donne l'impression qu'il s'agit d'un site d'information généraliste légitime.
La page d'accueil de Critics Chronicle donne l'impression qu'il s'agit d'un site d'information généraliste légitime.

"Dès qu'on creuse un peu, on tombe sur des contenus plus orientés qui ressemblent davantage aux fake news utilisées par les Russes durant la campagne présidentielle américaine", précise David Grout. Ce sont ces articles qui sont ensuite repris par les nombreux faux comptes sur les réseaux sociaux pour tenter de propager la bonne parole pro-Téhéran.

N'est pas la Russie qui veut

Là encore, les Iraniens ont emprunté au mode opératoire russe. Les profils des faux comptes sur Twitter ont pour la plupart été soigneusement travaillés, et certains donnaient leur avis sur des sujets très éloignés des intérêts iraniens pour brouiller les pistes. Ainsi, l'un d'entre eux, actifs sur le site communautaire Reddit, pouvait aussi bien poster des liens vers des contenus d'un faux site d'origine iranienne que se prononcer sur la question de l'indépendance de l'Écosse. Leur principale raison d'être n'en demeurait pas moins de se retweeter entre eux, partager leurs publications sur Facebook ou Instagram afin d’en augmenter la viralité.

Si l'ambition était au rendez-vous, les moyens déployés restaient en-deçà de l'effort de propagande russe. Téhéran ne dispose pas de sa propre Internet Research Agency, cette fabrique à fake news sise à Saint-Pétersbourg, qui a inondé le Web d'informations fabriquées de toutes pièces. La campagne iranienne n'a pas produit un tel déferlement de faux articles et repose surtout sur la reprise d'articles déjà existants légèrement retravaillés. "C'est une opération qui a pu être menée par une équipe de plusieurs dizaines de personnes", estime David Grout, alors que l'Internet Research Agency emploie plus de 400 personnes.

Mais ce n'est qu'un début dans cette nouvelle ère des campagnes d'influence en ligne. Pour David Grout, le succès de l'opération russe a ouvert les yeux d’autres États qui, utilisant déjà la propagande en ligne, passe à la vitesse supérieure. D'autres tentatives similaires, moins ambitieuses que la campagne iranienne, ont été observées par FireEye en Amérique Latine et en Europe de l'Est. "C'est le début d'une véritable tendance de fonds à utiliser ce type de campagne d'influence en ligne pour influencer l'opinion", juge David Grout. Et aussi probablement le commencement d'un jeu de chat et de la souris entre les grandes plateformes Internet comme Google ou Facebook pour repérer ces faux comptes et les propagandistes qui vont affiner leurs techniques pour échapper à cette vigilance. Avec comme enjeu : la fiabilité de l'information en ligne.

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